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Nous allons écrire ensemble...

3ème histoire :

10  textes ajoutés
Dernière mise à jour : 19.06.08

bouton   Texte proposé par Selfcontrol

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Les tours projetaient leurs ombres sales sur la dalle humide. À chaque angle de rue on pouvait trouver des containers à ordures plus ou moins calcinés. De toute façon il y avait belle lurette qu'on ne se servait plus des poubelles, c'était beaucoup plus simple de balancer les sacs plastiques emplis de déchets directement par la fenêtre. Il y avait encore des carcasses de voitures brûlées depuis longtemps et qu'on ne se donnait plus la peine d'enlever.
Parmi elles, une épave de voiture de police. Cela avait dû être chaud pour l'équipe de flics qui s'était aventurée jusqu'ici : morts lapidés sous une pluie de caillasses ou cramés vifs...


Un vent glacial se faufilait entre chaque bâtiment. Au pied de chaque immeuble, des zombies avachis parlementaient à voix basse, les mains profondéments enfoncées dans des pantalons XXL et la tête encapuchonnée jusqu'au nez. Comme s'il devaient absolument dissimuler leur regard. En revanche les inévitables lecteurs Mp3 vomissaient un rap agressif et contestataire...
- Z'y va ! Lui eh ! Bouffon, t'es ouf !
- Qui c'est çui là ?
- Oh mec ! Qu'est-ce tu viens branler dans notre zone ?
Cela allait nécessairement déraper, c'est à moi qu'ils s'adressaient... Franchement, c'est vrai, qu'est-ce que j'étais venu glander dans cette zone ?
Je venais sauver Sawana...
Sawana : tout et rien, grandiose et minuscule, une idée qui surgit de nulle part, se transforme en roman fleuve, disparaît aussi sec.
Sawana, un côté pile, moche, fade, un côté face à vous damner.
Sawana, un sourire à mourir et justement, j'étais là pour lui, enfin... pour le retrouver !

Et pourtant je connaissais à peine ce mec. Je l'avais quelques fois rencontré chez sa soeur à Marseille. C'était pour elle, à sa demande, que j'avais quitté le soleil des calanques, les cigales et le pastis, pour venir me perdre dans cette banlieue du nord pourrie. Les quartiers nord de Marseille sont tout aussi glauques, mais avec le soleil en plus.
La banlieue, les bas quartiers, tout ce monde m'était inconnu et c'était la première fois que j'y venais.
Ceux qui m'avaient interpellé se tenaient devant moi en se dandinant légèrement ; ils ne semblaient pas agressifs, plutôt sur leurs gardes.
D'autres s'approchèrent, du même pas déhanché et somnolent, la même allure d'haricots verts penchés. Ils étaient une dizaine à présent qui me faisaient face, les yeux absents sous les visières de leurs casquettes ou les franges de cheveux qui zébraient leur visage.
Le dernier arrivé, plus âgé que les autres, s'avança vers moi, les dents serrés. Ma présence semblait ne lui inspirer que du dégoût : il cracha par terre devant mes pieds et jeta :
- Tire-toi, mec, on n'aime pas les fouteurs de merde ici !

Je résistais à une furieuse envie de prendre mes jambes à mon cou, de toutes façons je n'avais aucune chance de sortir indemne de ce traquenard !
J'éructais le nom de Sawana, et attendais... Leur réaction fut immédiate
: c'était clair, ils étaient surpris par mon apparent sang froid.
Un type me tapa sur l'épaule en disant "Toi mec, tu me plais !"

Alors, je me sentis plus grand : c'était évident, j'avais pris au moins cinq centimètres ! Et mes petits muscles venaient de se couvrir de platine...
"Vous... vous connaissez Sawana ? balbutiai-je.
Le type qui m'avait tapé sur l'épaule ricana et se tourna vers sa dizaine de potes restés en retrait dans l'ombre.
"Eh, les gars, y m'demande si on connait Sawana. On l'connaît, hein, Sawana ?"
La réponse vint sous la forme d'une hilarité générale et bruyante - mais je ne pus m'empêcher de constater qu'il y avait dans certains de ces rires une certaine nervosité.
"Ouais, on connaît Sawana, me dit mon interlocuteur. On l'connaît même bien. Qu'est ce tu lui veux, à Sawana ?
- Je viens de la part de sa soeur. Elle...
- Sawana il a pas d'soeur, mec.
- Si, elle habite Marseille et...
- Et toi tu viens d'Marseille aussi ?"
Le silence qui suivit cette question était poisseux de tension. Visiblement, de la réponse que j'allais donner dépendait la suite de l'entretien, la suite de ma quête de Sawana et peut être même une grosse partie de mon intégrité corporelle. Pas besoin d'être sociologue pour savoir que les types du coin avaient la haine de tout ce qui venait de Marseille. Une haine par principe, pour faire comme leurs modèles footballeurs ou rappeurs. Une haine qui servait évidemment les intérêts - financiers - de ces modèles et de leurs mentors, mais dont les loulous qui se trouvaient autour de moi n'étaient que les tristes pantins inconsciemment décérébrés. Il m'aurait fallu des heures pour leur expliquer qu'on se foutait d'eux et qu'ils n'avaient aucune raison valable de détester Marseille - et par extension tout ce qui dépassait leur quartier. Mais je n'avais que quelques micro-secondes pour répondre à la question. Comme j'avais la baraka, je répondis finalement.
"Oui, je viens de là-bas mais je...
- Alors tu dégages, sale fils de pute." m'interrompit mon interlocuteur en m'adressant un majeur bien dressé.
Et voilà. Fin de la baraka. Fin de l'entretien. Fin de la recherche de Sawana. Je n'avais plus qu'à retourner chez moi. Mieux valait s'éloigner vite fait de la bande qui me regardait en faisant des commentaires à voix basse.
Je m'enfonçais donc de nouveau dans la semi-pénombre de cette grande déchetterie à ciel ouvert. Je repérais au loin l'enseigne jaune et lumineuse d'un fast-food américain et me rendis compte que j'avais une dalle d'enfer. Petite fourmi perdue au milieu de ces immenses barres habitées, je me dirigeais avec hâte vers ce haut lieu de la mal-bouffe. Il faisait un froid de canard.
Soudain, une petite voix surgit de la pénombre.
"Eh mec !"
Je continuais mon chemin sans m'arrêter, mû par une sourde angoisse. Mais la petite voix m'appela de nouveau.
"Eh mec ! C'est toi qui cherche Sawana ?"
Je m'arrêtai net et me retournai pour faire face à mon mystérieux interlocuteur. Des marches d'escalier d'un bâtiment tout proche descendit un petit bout d'adolescente...

Elle avait une démarche glissante, presque aérienne. Il faisait trop sombre pour que je puisse distinguer ses traits. Elle s'arrêta à quelques mètres de moi et, sans bien comprendre pourquoi, je me sentis glacé.
Quelque chose émanait d'elle que je ne voulais même pas analyser. Elle posa une nouvelle fois sa question :
"Hein ? Tu cherches Sawana ?"
Sa voix était un peu rauque, traînante, enveloppante...
J'avais une boule dans la gorge. Je répondis un "Ouais" bafouillé, à peine audible...
La fille, arrivée à ma hauteur, me toisa d'un air impérieux mais comme teinté d'une certaine mélancolie. Je répétai :
"Oui, c'est moi qui cherche Sawana. Tu crois que tu peux m'aider ? Ou tu vas me rejeter comme les autres, sous prétexte que je viens de Marseille ?"
J'avais presque crié. Certes, j'avais peur, mais j'étais aussi frustré d'avoir été contraint d'abandonner. La jeune adolescente me regarda droit dans les yeux, d'un regard perçant, si profond que, de peur de tomber dans le gouffre de ses grands yeux noirs, je détournai le regard en me demandant si je n'aurais pas mieux fait de me taire.
Elle ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose, mais, au dernier moment, elle se ravisa. Elle répéta ceci plusieurs fois avant de bégayer, d'un air peu assuré, mais qu'elle tentait de masquer :
"Ça, c'est leur blem. Pas le mien.
Elle avait changé de posture. Je voyais bien que je l'avais destabilisée. Gardant mon avantage, je répondis :
- Très bien.
- Très bien, répéta-t-elle d'une voix plus confiante ; suis-moi.

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bouton   Chaque auteur peut corriger ultérieurement son propre texte ou suggérer une autre version à l'un des participants.
bouton   Attention : lisez bien le texte qui précède avant de composer la suite afin que le récit reste cohérent.
Participants : Selfcontrol, Martine, L'Amalo, Guy, Carlos, Knarf, Boom, Maria Mignot
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