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Nous allons écrire ensemble...

1ère histoire :

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Dernière mise à jour : 23.04.08 - 08h27

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Il faisait beau ce jour-là et rien ne laissait prévoir ce qui allait m'arriver...
Je m'étais levée la tête claire, les idées aiguisées et j'avais envie de sortir, de marcher, de sentir le vent doux et la lumière dorée sur mon visage... C'est donc ce que je fis, sifflotant de contentement, heureuse de sentir mon corps respirer et fusionner avec la nature.
Je venais d'arriver au bout d'un petit bois lorsque le loup en sortit.
Mais alors Zorro est arrivé...
En fait, son vrai nom était Jules Roseau, postier, veuf, et un peu débile de son état.
Et Jules, était un condensé de l'Homme avec un grand "H". On pourrait presque croire que Pascal pensait à Jules en écrivant : "L'homme n'est qu'un Roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un Roseau pensant". Le loup, en voyant Jules, ne fit ni une, ni deux, non, il fit demi-tour, le poil hérissé et vert de peur.
Je restai seule face à Jules.
Il m'avait sauvé la vie, je devais le remercier :
- Merci, lui dis-je.
- De rien, c'était un petit loup, il n'vous aurait pas mangée.
Je me sentis un peu vexée.
- Tout de même... Il n'était pas si petit que cela !
- Mais si. J'crois ben même que j'ai reconnu le chien du père Ronais.
Qu'est-ce qu'il m'agaçait ce type ; à présent j'avais hâte de le quitter. Ma promenade était fichue, je voulais rentrer chez moi.
- J'vous accompagne ! déclara Roseau.

Tout le village savait que le postier était un peu débile, mais avoir un postier timbré n'était pas peu la fierté des habitants qui étaient heureux de contribuer ainsi à son insertion dans la société. En rentrant vers ma maison je devais forcément passer devant chez lui. Il habitait une jolie maisonnette, en pierre des carrières locales, recouverte de lierre. Tout cela donnait au bureau de poste un certain cachet...
Chemin faisant, Jules me raconta les voyages virtuels qu'il effectuait en lisant les cartes postales qu'il délivrait dans les boîtes aux lettres du village.

- Mais ça ne se fait pas !
J'étais profondément choquée et je lui expliquais que c'était très incorrect de lire du courrier qui ne lui était pas adressé. Il prit mal mon intervention :
- Ça ne se fait pas, ça ne se fait pas..., bougonnait-il, vous en avez des bonnes vous ! Faut quand même bien que je fasse passer le temps ! Parfois, je dois faire des trois kilomètres de marche pour apporter une lettre.
- Passez votre temps à autre chose, je ne sais pas, moi... passez-le à réfléchir !
- Ben... Réfléchir ? Quelle drôle d'idée ! À quoi ?
- À quoi ? À la vie, aux grands mouvements antinomiques de l'humanité, aux méandres et à l'ambiguïté de la culture collective ou encore, pensez au temps qui passe, c'est un bon passe-temps ça !
- Le temps n'passera pas plus vite pour autant !
Pourtant, la pensée qu'il pourrait réfléchir au temps qui passe pour faire passer le temps le rendait perplexe...
- Tout de même, dit-il après une maigre réflexion, en voilà donc un drôle de passe-temps : penser ! Pensez donc !
- Ah ? Cela ne vous arrive jamais ?
- Ben non, je ne suis qu'un postier un peu débile, un peu timbré, je distribue des lettres mais je n'en ai pas, et des cartes, et je ne le suis pas...
- Descartes ?
- Quelles cartes ? Vous savez, je ne suis pas un gros joueur, de temps en temps, je ne dis pas, et puis, je perds toujours...

- Allez, ne vous laissez pas aller.
Du fait Jules Roseau, se redressa et, alors que nous sortions de la forêt de chênes et passions à proximité d'une fontaine, déclara :
- Je plie, ok, et j'ai le dos rond, d'accord...
- Nous sommes presque arrivés : voici le rond-point.

- Oui, c'est cela ! Je ne romps point.
Nous étions arrivés à l'entrée de Coco-les-Oies, le village où nous habitions. C'est une petite bourgade animée et pimpante où les habitants se connaissent tous.

Un appel se fit entendre : "Ohé ? Ohé ?" Survint alors la mère Michelle : "J'ai perdu mon chat... comme d'habitude ! V'z'avez pas vu Mirza ? Je le cherche partout !"
Tous les jours nous entendions les mêmes cris de la Mère Michelle, nous n'y faisions même plus attention. Et comme tous les jours, c'est l'épicier, un homme rigolard que nous surnommions Lustucru, qui lui a répondu de sa voix bourrue : "Allez la mère Michelle, votre chat n'est pas perdu..."
Lorsque l'on vit dans un village, chacun connaît chacun, personne n'a de secret pour personne, tout se sait, tout se raconte.

Tout se sait ? Pas sûr... Un personnage échappait à cette règle et intriguait tous les villageois. Jean Némard, un jeune homme d'une trentaine d'années, habitait le village depuis plus de dix ans : après la mort de son oncle, c'est lui qui avait hérité de la ferme familiale et l'avait transformée en auberge. Les habitants du village n'avait pas vu cette succession d'un bon oeil et soupçonnait Jean Némard de toutes sortes de forfaitures. On disait que l'auberge était le lieu de rendez-vous de bandits et qu'il s'y tramait des complots terribles...
Justement, Jean Némard avec son air louche débusqua brusquement de derrière la barrière, nous regarda longuement sans dire un mot et s'en alla, comme s'il fuyait...
Le facteur prit un air gêné et s'excusa en marmonnant dans sa moustache un vague aurevoir et je me retrouvais seule. Je pris la route principale, "vous ne pouvez pas vous tromper, c'est toujours tout droit..."

Je marchais encore après ce périple... C'est alors que je remarquai que j'avais oublié les clefs et qu'en partant ce matin j'avais claqué la porte...
Il ne me restait plus qu'une solution : téléphoner à mon ami qui possède un trousseau. Je fouillais dans mon sac... "Non, ce n'est pas cela, c'est mon paquet de mouchoirs... Ahhh !"
Je sentis au bout de ma main une forme rectangulaire en matière plastique et me sentis soulagée. Je sortis l'objet mais, grande déception, l'objet n'était pas mon téléphone portable, mais la télécommande du poste de télé. Je m'étais trompée...

Oui, il ya des jours comme ça, des jours où l'on sort de chez soi vêtu du rideau du salon sans qu'on le remarque, des jours où la tête est toute encombrée de mottes de terre, des jours où rien ne va...
Néanmoins, c'était aussi le jour des hasards surprenants. Alors que j'étais submergée de désespoir, une voix un peu grise s'écria derrière moi : "Attendez, vous avez du courrier !"
Jules Roseau, toujours bien-pensant, venait me délivrer mon courrier.

L'enveloppe était rognée sur les coins, égratignée par les nombreuses mains qui l'avaient prise, triée, tamponnée, validée. L'adresse était écrite d'une plume malhabile et le timbre était collé à l'envers. Cela avait-il une signification ? Pourquoi m'était-il grisant de penser que j'allais attendre avant de l'ouvrir ?

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Participants : VoctirHogu, Boom, Jérémy, Jean-Marc, L'Amalo, Guy
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