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TURLUBUC

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Turlubuc contre Knock

Acte 3


Scène I


BECASSINE, LE TAMBOUR DE VILLE, RIOUX, TROQUENTIN

La salle d’attente.
Troquentin et Rioux sont debout, face à face, prêts à s’empoigner.
Troquentin (en boucle, de plus en plus fort) :
Dégoût. Nausée. Dégoût. Nausée. Dégoût. Nausée.
Rioux (en boucle, de plus en plus fort) :
Solidarité. Humanisme. Solidarité. Humanisme. Solidarité. Humanisme. Il faut condamner les goulags !
Troquentin
Je suis un révolutionnaire, vous n’êtes qu’un quetzal déplumé !
Rioux
Et vous, un pingouin sans éthique !
Troquentin
Oiseau-cloche visqueux !
Rioux
Jacamar !
Troquentin
Céphaloptère !
Rioux
Tichodrome !
Le tambour explique à voix basse à Bécassine :
Ce sont des noms d’oiseaux… Ils sont forts !
Bécassine, brandit une pancarte :
« HARICOT VERT ! »
Troquentin, à part.
Elle n’a rien compris…
Rioux
Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l'Ignorance…
Troquentin
Bon, on reprend ? Ma nausée remonte…
Rioux
Vos angoisses font du bruit, mais elles n’éclairent rien.
Troquentin
Et vos certitudes soignent peut-être, mais elles puent l’ennui.
Rioux
Vivre, c’est agir.
Troquentin
Agir, c’est fuir.
Rioux, en remontant ses manches.
Vous avez les mains sales !
Troquentin, en remontant ses manches.
Vous êtes un malentendu !
(A ce moment précis, ils s’empoignent. Cela ressemble à une danse, cha-cha-cha, puis ils se retrouvent par terre, se bagarrent au ralenti, les mouvements glissent harmonieusement.
On entend une musique, « La symphonie des jouets » de Haydn, et sur le fond de la scène en ombres chinoises, on voit des danseurs en tutu. Ils font des pointes, sans aucune synchronisation.
Turlubuc entre en rangeant son téléphone dans sa poche. Il reste interdit en voyant le spectacle.)
Turlubuc
Ne vous dérangez pas, faites comme si je n’étais pas là…
(Il va s’asseoir à côté du Tambour)

Scène II

LES PRÉCÉDENTS, KNOCK

La salle d’attente.
La porte d’entrée grince. On ne voit pas qui est le nouvel arrivant. Rioux et Troquentin sont occupés à s’étriper, les autres regardent le combat. Lorsque la porte s'ouvre, le tambour se lève et se dirige vers l'entrée.
La musique reprend crescendo : forte, fortissimo, puis pianissimo. Les danseurs saluent et s’assoient par terre, sans bouger. Silence…


Le tambour de ville, en tambourinant :
OYEZ, OYEZ ! Le docteur Knock vous présente ses compliments et annonce son retour. Dès demain, son cabinet sera à nouveau ouvert et il sera heureux de vous re-pigeonner comme par le passé !
Bécassine brandit plusieurs panneaux, l’un après l’autre :
« VIVE BECASSINE ! » « ENTREZ SANS FRAPPER ! » « AUJOURD’HUI : CASSOULET ! »
Knock, entrant :
Chers amis ! quel plaisir de vous revoir !
Troquentin, aide Rioux à se relever,
On a bien rigolé, hein ? J’ai encore du néant plein la tête… Dites, que pensez-vous du nihilisme ? Si l’enfer c’est moi, l’essence c’est vous, n’est-ce pas ?
Rioux, aide Troquentin à s’épousseter.
Tout à fait absurde, c’est bien vrai ! On se fait toujours des idées exagérées de ce qu'on ne connaît pas ! On va boire une bière ?
(Ils sortent ensemble. Knock serre des mains au hasard, remet des magazines en place)
Turlubuc, à Knock
Et le coucougagna ? Vous n’avez pas voulu mourir ?
Knock
J’ai hésité, mais il fait beau, je n’aime pas mourir quand le ciel est bleu…
Bécassine, brandit un panneau.
« CIEL BLEU, SLIP JOYEUX ! »
(Le tambour de ville lui enlève le panneau des mains, et lui tend une bouteille de cognac. Bécassine se détourne pour boire au goulot et disparaît en titubant derrière son petit bureau.
Knock remet sa blouse blanche et, vivement, prend son stéthoscope du cou de Turlubuc.)

Turlubuc
Aïe ! Vous m’avez fait mal !
Knock
Sans blague ? Vraiment ? Ne vous inquiétez pas, je vais vous soigner…

Il l’entraîne vers son cabinet, mais Turlubuc résiste. Le tambour de ville accourt et prête main forte à Knock. Bécassine revient avec deux ou trois panneaux.

Bécassine, brandissant des pancartes :
« TROUDUK ! » « POURRI ! » « KAKATOÈS ! »

(Elle les brise, l’une après l’autre, sur la tête de Turlubuc qui rouspète « AÏE ! AÏE ! AÏE ! » en protégeant sa tête. Il s’assied finalement sur la chaise du cabinet de Knock.
Le tambour de ville et Bécassine sortent du cabinet, bras dessus, bras dessous.
Les danseurs en tutu passent sur le devant de la scène, saluent le public et sortent du plateau.
Turlubuc et Knock, en tutu et se tenant la main, les suivent en esquissant un pas de danse. Ils saluent le public et sortent.
Bécassine brandit un panneau « ON FERME ! », le Tambour de ville jette des roses vers le public. Tous deux sortent ensemble.
La lumière baisse, musique légère…)



becassine

Acte 1   Acte 2   Acte 3


Certaines répliques de cette comédie sont inspirées des œuvres de Molière, Jules Renard, Albert Camus et Jean-Paul Sartre, auxquels vont mes remerciements respectueux et reconnaissants.
Les citations sont reproduites à titre d’hommage et d’analyse littéraire, sans but commercial.
Le personnage de Bécassine est inspiré de la création de Joseph Pinchon et Maurice Languereau.
Tous les droits restent la propriété de leurs ayants droit respectifs.
⇒  Remerciements particuliers à Inthéa pour ses encouragements et son soutien sans faille.


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