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Autistory – Témoignage

Témoignage d’une autiste de haut niveau (Asperger) qui a grandi à une époque où ce handicap n’était pas connu, et que survivre n’était, souvent, qu’une question de chance.

Dans les années 50 et plus, personne ne savait ce qu’était l’autisme Asperger.

Une toupie tourne autour d’une toute petite fille accroupie au sol, en boule.
Elle se protège des projectiles en papier qu’on jette sur elle, où il est écrit : 
« Tu es sauvage », « Tu es bête », « Tu es folle », « C’est de ta faute ».

enfance

La petite fille a grandi. Elle bourre ses poches de petits cailloux. Pourquoi ?
Elle-même ne le sait pas, ils ont une odeur qui la rassure.
La toupie tourne toujours autour d’elle. Dans un mouvement de spirale, la jeune fille quitte la France et arrive en Israël, où le soleil l’accueille en lui ouvrant ses rayons.

Je suis une adulte à présent. Je joue avec des taches de couleurs.
Ma palette me sert de raquette. Comme des joueurs de ping-pong, les personnages laids de mes tableaux se relaient pour me les renvoyer. Certaines taches se fixent sur des toiles, d’autres se bousculent.
Je me cache derrière les plus grandes.

taches de couleurs

Les taches de couleur me poursuivent, elles me font des croche-pieds.
L’une d’elles, toute blanche, me fait tomber. Il n’y a plus que du blanc :
je suis dans un hôpital, enfermée dans une ronde qui tourne encore et encore.
Tout est bruit, tout est spirale.

Une femme veille sur moi. Elle tente de comprendre la danse chaotique, de l’apprivoiser.
Elle m’écoute, me tend la main. Grâce à elle, le rythme s’apaise, peu à peu.
Pour finir, elle danse avec moi, et je reprends pied.

La danse est finie. Je tombe à terre, épuisée et seule. Les gens deviennent de plus en plus flous. Ils disparaissent. Il ne reste que le vide. Je suis allongée sur du vide.

Des bruits m’agressent. Je me retourne sur le ventre et me bouche les oreilles.
La toupie revient, costumée en juge. Elle décolle mes mains de mes oreilles et me susurre :
« Tu es autiste ! »
Je me redresse, étonnée : « C’est quoi l’autisme ? »
Elle me répond en haussant les épaules et en s’éloignant :
« Regarde sur Internet ! »

Comme projetées par un souffleur invisible, des pièces de puzzle tourbillonnent et se collent à ma peau, sur chaque millimètre. J’étouffe un peu. Mais peu à peu, les pièces s’emboîtent.
Enfin, ma nouvelle peau apparaît. Je me redresse sur la pointe des pieds.

« Vous savez quoi ? Je suis autiste ! »
Mais des voix se moquent de moi :
« Mon neveu est Asperger, tu n’es pas du tout comme lui. »
« La fille de ma voisine est Asperger, elle n’est pas du tout comme toi ! »

Un œil clignote. Il me regarde sans bienveillance. Il m’accuse :
« C’est de ta faute. Tu dois changer… »

Les personnages laids de mes anciennes toiles surgissent du ciel.
Ils dansent autour de moi, bruyants et intrusifs, comme des ombres déformées, répétant avec des voix robotiques :
– Tu dois changer.
– Tu es différente !
– Pourquoi es-tu si bizarre ?

Ces voix tournent, grandissent, s’entrelacent. Une tempête oppressante. Je hurle.
Je ne peux plus lutter.

Le monde se morcelle comme un kaléidoscope. Chaque détail devient vivant, vibrant.
Les objets s’animent. Mais cette fois, ils incarnent des facettes de l’autisme :

Une horloge cassée qui tourne à l’envers, reflet de mon rapport au temps.
Une pile de livres qui s’écroule en marmonnant, image des injonctions incompréhensibles.
Des yeux flottants dans l’air, regardant tout à l’écart, reflet de mon point de vue unique.

Le chaos se calme. Je regarde par la fenêtre : le ciel bleu est revenu. Dans ce silence retrouvé, les fragments se réassemblent.
Mon autisme s’épanouit sans limites ni jugements.

Un soleil se marre. Ça me fait du bien.
« Apprends à vivre avec cette impossibilité de comprendre ceux qui ne te comprennent pas. »
Je rigole en écho.

Parce qu’à travers l’autisme, je vois un monde que personne d’autre ne voit.
L’écran se ferme sur nos rires. Une voix forte parle au monde :

« Et si vous appreniez à comprendre d’autres que vous-mêmes ?
Changer son regard est parfois le plus grand des défis. »

J’aurais voulu coller un petit caillou au bout de cette page, pour clore mon témoignage. Mais les lois du Web ne l’autorisent pas…

Cher lecteur,
si toi aussi tu portes une histoire à raconter,
ou si, simplement, tu aimes les petits cailloux,
alors merci d’en parler, à ta manière, où que tu sois.

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Bonjour, je suis autiste...
כשאתם תצפו בסרטון הזה, אולי תחשבו שזה לא ייתכן...


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