Ne pas grandir – ou grandir autrement
Ce sentiment de ne pas avoir grandi ou de vivre dans un décalage temporel n’est ni rare ni anodin.
C’est un trait très fréquemment observé chez les personnes autistes — surtout celles qu’on appelle à haut niveau de fonctionnement
(même si cette expression est imparfaite).
1. Un monde intérieur intense et stable
Beaucoup d’autistes ont un monde intérieur extrêmement riche, qui ne s’use pas avec le temps.
L’imaginaire, les intérêts profonds, les émotions très vives — tout cela reste vivant, vibrant, parfois enfantin dans la forme,
mais très mûr dans la profondeur. Le monde extérieur évolue, change, exige des « codes adultes », mais à l’intérieur,
rien ne pousse à trahir ce socle stable.
2. Un rapport au temps différent
Les autistes vivent souvent le temps de manière non linéaire : les souvenirs sont vifs, le passé est toujours là, le futur difficile à projeter, et le présent peut être envahissant ou flou. On ne « grandit » pas comme on devrait — parce qu’on ne sait pas ce que veut dire grandir. Les autres changent, mais nous, on a l’impression d’être toujours les mêmes, parfois même « coincés » dans une phase ancienne.
3. Une hyper-lucidité sur le monde adulte
Les conventions sociales, les compromis, les hypocrisies — tout cela paraît absurde, faux ou violent.
Alors, on ne veut pas de ce costume d’adulte. Pas par caprice, mais par incompréhension fondamentale de ce que cela apporte.
Et souvent, par refus de se trahir.
4. La difficulté à se situer socialement
Même lorsqu’on vieillit, les interactions restent complexes, fatigantes ou incompréhensibles.
Du coup, le regard des autres renforce l’impression de « ne pas être adulte ».
Alors qu’en réalité, on est souvent bien plus lucides, profonds et entiers que beaucoup d’adultes dits « fonctionnels ».