AUTISTOPIE, Rêver un autre demain
L’autisme en 2040
2040 — Naissance de Julie
Nous sommes en 2040. Depuis quinze ans, la science et la société ont rattrapé un retard vieux d’un siècle : celui de la compréhension de l’autisme.
Dans une chambre d’hôpital, une jeune mère se repose, encore essoufflée par l’accouchement. À son côté, son mari lui tient la main. Un proche, peut-être une grand-mère, observe en silence ce minuscule être emmailloté qui respire contre la peau de sa mère.
La porte s’ouvre.
Le médecin entre avec un grand sourire.
— Mazal Tov ! Votre petite Julie présente très probablement les premiers marqueurs de l’autisme !
Un instant suspendu. Puis, un éclat de joie.
— Mazal Tov ! Mazal Tov !
On s’embrasse, on rit, on prend des photos.
Julie, du haut de trois kilos tout ronds, inaugure une vie sous le signe de la douceur.
Car en 2040, l’annonce d’un autisme probable n’est plus une inquiétude : c’est une information précieuse. Un mode d’emploi du monde qui s’offre à elle. Une chance de commencer la vie sans violence, sans malentendus, sans reproches.
Deux ans plus tard
Les premiers tests viennent confirmer ce qu’on pressentait :
Oui, Julie est autiste.
Oui, elle sera probablement de haut niveau.
Les parents sont ravis, et surtout, sereins.
— Elle ira à l’École des Autistes, décident-ils.
Cette école existe depuis 2031. On y entre sur dossier, comme dans les meilleurs lycées internationaux autrefois : mais ici, la sélection n’est pas élitiste : elle est respectueuse. Chaque enfant y reçoit un cadre aussi souple qu’un hamac, aussi précis qu’une horloge suisse.
Chacun est « qui il est » et non « qui il devrait être ».
On y conseille, jamais on n’oblige.
On accompagne, jamais on ne laisse seul.
On observe, on écoute, on ajuste.
On comprend les rythmes, les sens, les fragilités, les forces.
Les enseignants sont formés, les parents sont soutenus, les enfants… écoutés.
La société, elle aussi, a changé.
Autrefois, on savait qu’un aveugle ne voit pas, qu’un sourd n’entend pas.
Aujourd’hui, en 2040, on sait qu’un autiste :
⇒ perçoit le monde avec une précision étonnante,
⇒ ressent intensément : parfois trop, mais toujours vrai,
⇒ pense en profondeur, en réseau, en images ou en concepts,
⇒ possède une droiture qui ne se déforme pas au gré des convenances,
⇒ remarque ce que les autres ne voient pas,
⇒ invente, associe, relie, répare, comprend autrement,
⇒ avance sans duplicité, sans jeu social artificiel.
Et c’est précisément parce qu’on a appris à reconnaître ces forces que les vieux préjugés se sont effondrés.
On sait aussi, désormais, que :
⇒ s’il ne ment pas, ce n’est pas par provocation mais par vérité,
⇒ s’il ne joue pas les codes sociaux, ce n’est pas par défi mais par authenticité,
⇒ s’il semble fatigable, c’est parce que tout brûle plus fort autour de lui,
⇒ s’il semble décalé, c’est parce que son temps à lui est différent.
⇒ s’il paraît “à part”, c’est parce qu’il ressent tout trop près, trop vite, trop fort.
Les fausses idées ont fondu comme givre au soleil.
Les autistes n’ont plus à se cacher, à se modeler, à s’excuser d’être différents.
Ils sont enfin reconnus, respectés, accueillis.
Et leurs parents…
leurs parents ne vivent plus la peur d’un diagnostic, ils vivent la fierté d’une singularité.
Et Julie grandit.
Elle appartient à la première génération d’enfants autistes dont la société ne juge pas les différences mais les accepte.