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Le traducteur professionnel : une espèce menacée
ou la robotisation du monde

Virginie Ségard

© Virginie Ségard, 2009 - Cet article est protégé par le droit d'auteur. Tous droits réservés.

Biographie

Virginie Ségard
Virginie Ségard est née à Boulogne-sur-Mer, en France, en 1978. Après avoir vécu et travaillé en Europe et au Moyen-Orient, elle est arrivée à Moncton, au Nouveau-Brunswick, en septembre 2005, pour y remplir les fonctions de traductrice-réviseure et chargée de projets. Elle a obtenu la résidence permanente canadienne en septembre 2006 et a présenté une demande de citoyenneté canadienne en avril dernier.
Virginie est determinée à partager ses compétences et talents linguistiques, et à agir au sein de sa communauté. Elle est membre de la CTINB, la Corporation des traducteurs, traductrices, terminologies et interprètes du Nouveau-Brunswick, depuis septembre 2007 et a obtenu le double agrément (sur dossier et à l'examen) en juin 2009. Elle défend corps et âme l'authenticité chez les gens et dans leurs actions. Elle définit la traduction comme une science créative.
Virginie travaille actuellement comme pigiste, mais souhaite décrocher un poste permanent à temps plein. Elle a vécu et travaillé sur trois continents. Par ailleurs, elle s'intéresse beaucoup à la psychologie et à la nutrition, car pour elle, la santé mentale et une alimentation saine sont essentielles au bien-être général.
Virginie est titulaire d'un DESS (Diplôme d'études supérieures spécialisées) en langues, traduction et technologies, d'un DEA (Diplôme d'études approfondies) en langues et cultures en contact, d'une maîtrise en langues modernes et de plusieurs certificats dans différentes disciplines. Elle possède également une expérience en enseignement des langues et a fondé son institut de langues au Moyen-Orient en 2004. La traduction et l'enseignement sont pour elle très complémentaires. Ses riches expériences de vie parfois très douloureuses ont fait d'elle une femme très résistante ayant l'esprit ouvert, une grande faculté d'adaptation et une bonne capacité d'écoute. Elle souhaite donner un vrai sens à sa vie en partageant les valeurs qui lui tiennent à coeur.

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Introduction

J'aurais très bien pu aussi intituler cet ouvrage « Il faut sauver le traducteur Humain ». Le traducteur professionnel sait se définir. Il connaît ses valeurs. Malheureusement, il est aussi conscient des dangers qui menacent son activité. Serait-il une espèce en danger critique d'extinction comme le loup roux ou le tigre de Sibérie?
Le présent ouvrage n'a aucune intention accusatrice. Il s'agit d'un traité de sensibilisation. Cet ouvrage, j'ai longtemps cru l'écrire avec l'énergie du désespoir.
Cependant, si j'ai pris la résolution de l'achever, c'est que j'ose encore espérer que la flamme vacillante de l'espoir continue de briller. Je l'ai écrit pour tenter de redonner un sens à ma vie dans le monde actuel frappé par ce qui semble être une perte irrémédiable de tout civisme et de toute humanité. Les gens pressés m'indisposent et me rendent mal à l'aise.
Les gens qui ne sont plus – l'ont-ils jamais été? – capables de suspendre un instant la course effrénée de leur vie pour humer le suave parfum d'une fleur au printemps, admirer un ciel étoilé par une nuit de pleine lune ou écouter le doux chant d'un oiseau au lever du jour, ces gens-là me font peur ou plutôt, ils me font pitié.
Ce traité s'adresse non seulement au traducteur professionnel, mais plus encore et surtout au public qui le menace. Il vise à sensibiliser à la nature même de la traduction professionnelle les personnes extérieures à cet univers. Il s'adresse également aux personnes qui travaillent dans le domaine de la traduction sans toutefois manifester de sensibilité à l'égard de ce qu'est réellement une traduction, la transformant de ce fait en un simple produit de consommation et tenant un discours fade entièrement axé sur le rendement et l'argent. La traduction devient alors un instrument de profit dans un milieu insensible et manipulateur où le traducteur professionnel fait des pieds et des mains pour sauver sa peau.

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La place de la traduction professionnelle

La traduction est pratiquement aussi ancienne que la parole et l'écriture et s'est imposée à toutes les époques comme moyen de communication entre des peuples de langues et de cultures différentes. Néanmoins, ce n'est qu'au cours du XXe siècle, sous l'effet de la multiplication des échanges et de l'accélération des communications, que la traduction s'est réellement établie en tant que profession.
Le premier pays consommateur de traductions au monde est le Canada, suivi par la Suisse et la Belgique. Le point commun à ces pays est d'avoir au moins deux communautés linguistiques : francophone et anglophone pour le Canada, wallonne et flamande pour la Belgique, et quatre communautés pour la Suisse : germanophone, francophone, italienne et romanche. La traduction est donc le moyen par excellence de jeter un pont entre les habitants de ces pays. Toutefois, il existe aussi des communautés linguistiques plus homogènes qui éprouvent le besoin de communiquer avec d'autres communautés linguistiques vivant dans des pays étrangers, afin d'établir des relations commerciales diplomatiques au niveau des affaires extérieures, ou d'échanger des connaissances techniques et scientifiques. La traduction joue là encore un rôle de premier plan, et les pays qui font une grande consommation de traductions sont les sept grands pays industrialisés formant le G7, à savoir les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie, le Canada, l'Allemagne et le Japon. Les langues les plus demandées sont les langues européennes, l'anglais venant largement en tête, suivi indifféremment par le français, l'allemand, l'espagnol, l'italien et le néerlandais, et, plus rarement d'autres langues telles que le russe, l'arabe et le japonais. C'est dire le rôle essentiel que joue le traducteur professionnel soucieux de la qualité et du moindre détail.

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Qu'est ce qu'un traducteur professionnel?

Le traducteur professionnel est à la fois un artisan des mots et un amoureux du langage.
Il sait communiquer élégamment, choisir les mots justes afin de véhiculer l'idée de départ dans le plus grand respect de l'auteur tout en tenant compte des particularités culturelles et sociolinguistiques propres à la langue cible. Le traducteur professionnel doit aussi pouvoir faire preuve d'un esprit critique très développé et posséder d'excellentes capacités d'analyse et de synthèse, ainsi que des qualités rédactionnelles et stylistiques, et un goût prononcé pour la recherche.
Pour rester fidèle à ses valeurs, le traducteur professionnel a le devoir d'observer scrupuleusement un code de déontologie rigoureux et l'entière liberté d'accepter le travail qu'on lui propose ou de refuser tout projet allant à l'encontre de son éthique. Il a donc non seulement des devoirs, mais aussi des droits qu'il doit savoir exercer.

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L'éthique du traducteur professionnel

Le traducteur professionnel est avant tout une personne qui a un profond respect d'ellemême. Il a, par conséquent, un profond respect à l'égard de ce qu'il fait, de son travail. C'est ainsi que son travail peut être respecté et qu'il peut prétendre lui-même à des marques de respect de la part des gens qu'il côtoie – ses clients, ses collègues, le milieu de la traduction professionnelle, etc.
Le traducteur professionnel n'acceptera jamais de traduire dans une langue autre que sa langue maternelle, car il est conscient de ses limites et recherche une qualité et une exactitude exemplaires. Il peut traduire dans plusieurs combinaisons de langues, mais toujours dans le même sens. Il transpose des textes écrits d'une langue de départ (source) dans une langue d'arrivée (cible), la langue source étant sa langue de travail et la langue cible, sa langue maternelle. Ce n'est qu'en traduisant vers sa langue maternelle, celle dont il connaît toutes les ficelles parce qu'il est amoureux de sa langue, parce qu'il aime son métier et qu'il le respecte, celle qu'il se doit de dominer sous tous les angles et dont il a le devoir de se faire un ambassadeur, que le traducteur pourra reproduire les tournures idiomatiques et le ton du texte. Je ne crois pas au bilinguisme parfait. Il y a toujours une langue dominante.
Quoiqu'il ait grandi dans un foyer bilingue, un traducteur reste conscient du fait que l'une des deux langues est sa langue dominante quand bien même il domine l'autre langue. De plus, à moins d'être un génie, il se limitera généralement à deux ou trois combinaisons de langues. Le traducteur professionnel s'abstiendra d'entreprendre un travail dans un domaine de spécialisation sortant du cadre de ses compétences. Il pourrait bien sûr répéter comme un perroquet ce qu'il lit sur Internet ou dans des ouvrages spécialisés. Erreur fatale. Personne ne peut prétendre parler intelligiblement et précisément d'un sujet qui ne l'intéresse pas.
Personnellement, je n'accepte jamais de traduire des textes techniques. Je les laisse aux traducteurs professionnels techniques. Mon cerveau n'est pas formé pour ce genre de textes. À chacun sa spécialité. Le traducteur professionnel ne cherchera jamais à voler le travail d'un autre. Il a ses domaines de prédilection qu'il ne cesse d'enrichir au fil de ses lectures et de ses recherches. En outre, le traducteur n'acceptera jamais de traduire un texte qui constitue lui-même la traduction de l'original rédigé dans une autre langue étrangère, à moins que l'auteur ne l'y autorise expressément, ce qui fut le cas lorsque j'ai traduit un site Web danois en français à partir de la version anglaise. Il est alors impératif de faire preuve d'une extrême vigilance et de remanier au besoin les phrases erronées sur le plan grammatical et syntaxique. Enfin, le traducteur se défendra d'apporter au texte toute modification ou déformation de quelque nature que ce soit.
Le traducteur professionnel n'acceptera jamais de traduire plus de 1 500 à 2 000 mots par jour, car il sait que traduire ne rime pas avec produire. Le rendement normal d'un traducteur professionnel digne de ce nom ayant au moins cinq années d'expérience est de 250 mots l'heure. Sachant qu'un traducteur est un être humain et qu'il a des besoins naturels et sachant aussi qu'une journée de travail de plus de huit heures conduit doucement à la dépression et à la folie... vous savez autant que moi faire ce simple calcul. Il est humainement impossible et professionnellement immoral de traduire quotidiennement plus de 2 000 mots nouveaux – c'est-à-dire sans répétition. Si le traducteur professionnel fort d'au moins cinq années d'expérience traduit tout au plus 250 mots l'heure, est-il nécessaire de préciser que le traducteur débutant en traduira moins? Ce traducteur débutant doit nécessairement se faire encadrer pendant les cinq premières années de sa carrière. Dans le cas contraire, qui peut me dire comment il progressera? L'étudiant frais émoulu de l'université, diplôme de traduction en poche, fonce tout droit dans le mur s'il croit pouvoir se mettre à son compte et traduire immédiatement en indépendant. Non seulement il fait une énorme erreur, mais il entache la profession et menace l'univers de la traduction professionnelle.

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Le traducteur professionnel face au bricoleur des mots

Le traducteur professionnel n'est malheureusement pas à l'abri d'écervelés qui croient que l'on peut s'improviser traducteur du jour au lendemain. Le jour se lève, je me réveille. Tiens, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de mon cuir aujourd'hui? Et si je faisais de la traduction pour arrondir ma fin de mois? Voilà une plaisanterie qui peut faire très mal. Le traducteur professionnel est malheureusement victime d'une espèce sans scrupules que j'appellerai le « bricoleur des mots », celui-là même qui ôte le pain de la bouche du professionnel en offrant des services de pacotille à des tarifs dérisoires. C'est ainsi que j'ai vu une offre me passer sous le nez en proposant un tarif de 20 £ pour une page de traduction de 109 mots, ce qui me paraissait tout à fait raisonnable étant donné qu'un traducteur professionnel a conscience de ce qu'il vaut et propose toujours un tarif minimum. D'autant plus raisonnable qu'il s'agissait d'un message d'Erin Brokovitch à des travailleurs ayant été exposés à l'amiante et souffrant, trente ans plus tard, de mésothéliome et de cancer du poumon. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais personnellement, je ne plaisante pas avec la traduction et encore moins avec des textes de ce genre. Un autre hurluberlu s'est prostitué en acceptant de faire la traduction pour 5 £, certainement pardessus la jambe, exactement comme une prostituée en fin de compte... Eh oui, traduire à de tels tarifs, c'est se prostituer. Quand on en vient à confondre traduction et prostitution, on change de métier et on laisse les professionnels faire leur travail en paix. Quand la vie de personnes est en jeu et qu'une erreur de traduction peut la mettre en danger, on laisse faire les connaisseurs. L'amateur n'a rien à faire ici. La traduction est une affaire de professionnels. Un point c'est tout. Iriez-vous opérer un malade si vous n'y connaissiez rien à la médecine et que vous ne possédiez aucune expérience, ni aucun diplôme dans la discipline? Iriez-vous construire une maison si vous n'aviez aucune notion de maçonnerie?
Pourquoi donc ne pas respecter de la même façon le métier du traducteur?

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Ce qui distingue le traducteur professionnel

Le bricoleur des mots est celui qui croit qu'il suffit de connaître une langue pour être en mesure de traduire. Il se met le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. La traduction requiert un réel savoir-faire linguistique et langagier. Outre la maîtrise de la langue, le traducteur doit être capable de faire face à d'autres considérations, telles que les règles de typographie – qui diffèrent d'une langue à l'autre –, une orthographe et un style irréprochables, de la cohérence, de la rigueur, une faculté d'adaptation et une information spécialisée. À travers la traduction transparaissent à la fois les qualités linguistiques du traducteur et sa personnalité. Ainsi, aux antipodes du bricoleur des mots, le traducteur professionnel est un artisan des mots, un créateur, un sculpteur. À l'instar du joaillier, il taille, cisèle et polit. Comme le joaillier sélectionne les meilleures pierres et les outils les plus appropriés, le traducteur professionnel façonne sa traduction comme un bijou d'art. Dès lors qu'il connaît les moindres rouages des processus et stratégies de traduction et de transfert, qu'il est conscient des pièges et des erreurs de traduction et qu'il a appris à les discerner et à les contourner, il peut travailler de façon autonome et se concentrer sur l'aspect artistique de la traduction. Maintenant qu'il manie ses outils avec brio, il peut composer une oeuvre d'art. Parvenir à ce stade demande plusieurs années d'expérience. Ce n'est qu'une fois que tous les mécanismes sont dominés que la traduction passe dans le domaine de l'art. Comme le musicien sensible au rythme exécute sa pièce sans fausse note, le traducteur professionnel perçoit la musicalité du texte et cherche à articuler ce dernier de manière à le rendre fluide et original. Il cherche à créer une harmonie entre le fond et la forme en vue d'atteindre l'accord parfait. Cependant, comme tout musicien professionnel, il n'est pas à l'abri d'une fausse note. Du moment qu'il préserve le rythme, la fausse note peut se fondre dans l'oeuvre et passer presque inaperçue. Bien qu'étant curieux de nature, le traducteur professionnel ne peut pas tout connaître. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il a tendance à se spécialiser. Tout dépend du savoir-faire.
Comme une pâtissière peut confectionner un succulent gâteau avec les ingrédients et les ustensiles les plus simples, le traducteur n'a pas besoin des outils les plus perfectionnés et de logiciels hautement sophistiqués pour donner naissance à une traduction de grande qualité. S'il n'a pas l'esprit prédisposé à traduire et qu'il n'a pas la sensibilité d'un artiste, il aura beau avoir à sa portée tous les outils de traduction du monde, cela ne fera pas de lui un traducteur professionnel. Avant d'en arriver là, le traducteur débutant doit être bien encadré pour bénéficier d'un apprentissage sérieux et approfondi, et être sensibilisé à toutes les facettes de la traduction. Le traducteur professionnel est assez humble et modeste pour vingt fois sur le métier remettre son ouvrage. Il a la sagesse de se remettre sans cesse en question pour continuer d'apprendre et s'améliorer à l'infini, car comme Socrate, il sait qu'il ne sait rien. Voilà ce qui le distingue du voleur, du bricoleur des mots. Je n'ai d'ailleurs jamais prétendu les comparer, pour la bonne et simple raison qu'ils sont incomparables. Rien ne les unit. Ils n'ont aucune affinité. Des années-lumière les séparent. L'un a la sensibilité du naturaliste. L'autre a une pierre à la place du coeur, il transcrit des textes machinalement, tel un robot désarticulé. Le traducteur professionnel sait percevoir les nuances. Il a l'oreille musicale. Une personne insensible à la musique classique ne sera jamais un traducteur professionnel. La musique et les langues font partie du même univers.
La musique et la traduction sont toutes deux à la fois une science et un art. On parle d'ailleurs de musicologie, étude de la musique, et de traductologie, étude de la traduction. Comme on enseigne la théorie, l'esthétique et l'histoire de la musique, on peut enseigner la théorie et les règles de la traduction. L'application de ces théories et de ces règles transforme la science en art. Je dirai donc que la traduction est une science créative. Le traducteur professionnel possède un don pour l'écriture. Il ne se contente pas de transcrire, il écrit. Sa traduction devient une oeuvre à part entière, elle n'est pas le simple reflet du texte de départ. Elle ne doit pas s'effacer dans l'ombre de l'oeuvre originale. Notons que la traduction technique doit être considérée à part. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je n'ai jamais accepté de faire de la traduction technique, car dans le domaine technique, la traduction perd tout son côté artistique et créatif. C'est quand il faut traduire du texte et non plus des listes de pièces de machines ou d'ingrédients que la traduction prend tout son sens et devient une activité d'une inépuisable richesse qu'il faut préserver avec passion et protéger de ses féroces ennemis.
Le traducteur professionnel est un esprit voyageur, naturellement curieux de tout. Sa sphère de connaissances est sans limite. Il est ouvert à tous les domaines du savoir. Il est avide de découverte. Son goût pour les voyages et les cultures est sans borne. Il a la plume créative et voue un intérêt particulier pour les arts. Un traducteur sans créativité est comme une plante sans eau : il ne fleurit pas.

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Reconnaître la traduction comme une profession à part entière

La traduction est une activité professionnelle comme toutes les autres, attestée par des diplômes et certificats. On ne demandera pas à un étudiant en chirurgie, pour sa première intervention, de procéder à une opération à coeur ouvert. Son apprentissage est progressif. Il acquiert son expérience par palier, en commençant par des interventions relativement faciles. Pour cela, il a besoin d'un encadrement et d'un suivi étroits. Il en va de même pour le traducteur. Il ne peut pas immédiatement voler de ses propres ailes. Il doit accepter d'apprendre et profiter de l'expérience de ses aînés. Il doit consentir à faire ses preuves sur des textes relativement faciles pour passer à des écrits d'une difficulté moyenne et enfin s'attaquer, après plusieurs années d'expérience, à des textes plus ardus. Seulement, la traduction est encore bien loin d'être reconnue comme une profession à part entière. On peut distinguer deux types d'agences de traduction et de clients. Il y a ceux qui vous reconnaissent comme un être humain et vous respectent en tant que tel. Ceux-là vous offrent des tarifs décents et fixent des délais raisonnables. Ils se font malheureusement de plus en plus rares. Et puis il y a la catégorie des vampires, ceux qui veulent profiter de votre savoir et de vos compétences pour une bouchée de pain. Ils vous prennent pour une boîte de sardines sur laquelle on appose une étiquette de prix et que l'on expose sur les étagères du supermarché pour la vendre à un consommateur qui la cuisinera à sa sauce préférée. Or, le traducteur professionnel sait ce qu'il vaut et ne veut pas se laisser tondre la laine sur le dos par des minables qui croient qu'il suffit de dictionnaires pour pouvoir traduire. La catégorie des traducteurs professionnels et le domaine de la traduction en général doivent être protégés. Le traducteur professionnel a un besoin urgent de reconnaissance et de respect. Pour cela, il lui faut une structure bien définie dont l'accès sera strictement interdit aux imposteurs et aux charlatans de la traduction. Bien qu'il existe des registres et des répertoires de traducteurs, on trouve malheureusement aussi des sites spécialisés dans le domaine de la traduction ou plutôt de l'idée plus que déformée que la majorité des gens se font de la traduction, une usine à faire des mots insipides pour en tirer un maximum de profit. Sur ces sites, n'importe qui peut s'inscrire gratuitement. Personne ne pourra vérifier si la personne est véritablement titulaire des diplômes qu'elle soumet. Rien ne dit que c'est elle qui subit les tests de sélection qu'elle reçoit dans le cadre du processus de sélection des candidats. Résultat : la personne est embauchée, et c'est la catastrophe. La traduction professionnelle doit faire l'objet d'une légifération. Le traducteur professionnel doit être protégé par une législation, et son activité doit s'inscrire dans un cadre légal, à l'abri de toute imposture.

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Qu'est ce qu'une traduction professionnelle?

Quand on lit une traduction professionnelle, on n'est pas en mesure de dire qu'il s'agit bel et bien d'une traduction. Il m'arrive souvent de commencer à lire un livre et de m'arrêter subitement pour revenir à la page de couverture et m'apercevoir que mon intuition ne m'a pas trompée. J'avais bien deviné qu'il s'agissait de la traduction française maladroite d'un ouvrage écrit par un auteur étranger. Le texte est truffé d'anglicismes. Le temps des verbes est mal choisi. Le style laisse à désirer. Bref, l'ensemble est bancal et très peu idiomatique. Il sent le bricolage à plein nez. L'auteur a fait traduire son livre pour trois fois rien à un marchand de pacotille, ce dont il ne se rend pas compte puisqu'il n'est pas à même d'évaluer la qualité d'une langue qu'il ne maîtrise pas. Ce qu'il ne sait pas non plus c'est que, ce faisant, il perd de sa crédibilité. L'ouvrage original a beau être irréprochable, la traduction est loin de l'être. Or, ce que le lecteur va juger n'est pas l'oeuvre originale, mais celle qu'il a sous les yeux et entre les mains, à savoir la traduction.
Une traduction est toujours perfectible, mais elle ne pourra prétendre approcher la perfection que si elle est effectuée par une personne qui a formé et sensibilisé son esprit aux mots, à l'écriture, à la musicalité de la langue. Même si le traducteur professionnel s'efforce de rendre le texte original le plus fidèlement possible, il sait qu'une traduction est toujours perfectible et que la perfection est inatteignable. Avis à tous ceux qui se croient parfaits : redescendez de votre petit nuage – la perfection n'est pas de ce monde. Il suffit de regarder autour de soi pour s'en convaincre. En revanche, la traduction doit être ainsi faite que le lecteur ne sera pas en mesure de la flairer. Il la lira en pensant lire une oeuvre originale. C'est que le traducteur aura rendu le contenu du texte de départ et le style de l'auteur dans la plus grande objectivité. Même si étymologiquement toute traduction est une trahison (se reporter à l'adage italien « traduttore traditore » qui signifie « le traducteur est un traitre »), le traducteur professionnel fera en sorte qu'elle le soit le moins possible. Une bonne traduction se doit d'être idiomatique et exemplaire sur le plan grammatical. Le traducteur professionnel doit employer une terminologie très précise et posséder un bon bagage de connaissances professionnelles dans la spécialité propre au texte source. Afin de produire une excellente traduction, le traducteur professionnel doit maîtriser parfaitement les deux langues en jeu dans sa combinaison de travail.
De plus, le choix et la position des mots sont d'une importance capitale. Pour cette raison, je suis convaincue que le traducteur professionnel doit être un locuteur natif de la langue dans laquelle il traduit, autant pour des questions d'idiotismes que par souci de précision et d'exactitude. Les dictionnaires et les manuels de grammaire ne suffisent pas – loin s'en faut – à élaborer une bonne traduction. En se fiant exclusivement à ces ouvrages, on propose une traduction littérale qui ne se soucie guère des dissemblances entre la langue source et la langue cible sur le plan de la sémantique, des règles grammaticales, du choix des formes grammaticales et de l'agencement des éléments linguistiques. Le traducteur professionnel doit également connaître la culture des deux pays et y être très sensible. Il doit avoir de vastes connaissances socioculturelles pour être en mesure de bien comprendre et interpréter le texte original. Il doit en effet tenir compte des particularités culturelles du pays associé à la langue cible. Qui plus est, le traducteur professionnel doit s'efforcer de conserver le ton du texte et ne pas perdre de vue le public visé par le texte cible – sa traduction – afin de rédiger dans le style approprié. Une bonne traduction exige par ailleurs une analyse approfondie et une recherche poussée. C'est pourquoi la traduction reste le produit d'un travail artisanal et de l'intelligence humaine. Il va de soi qu'aucun outil de traduction ne peut permettre d'obtenir un résultat précis et correct. Les traducteurs professionnels peuvent dormir sur leurs deux oreilles : ils ne sont pas près de disparaître et de se voir remplacer par des logiciels et des programmes de traduction. En est-on si sûr?
Sans filet de protection ni bouée de sauvetage, le traducteur professionnel est voué à disparaître, dévoré par les requins et les rapaces imperturbables.

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Le piège de la technologie

Je pense personnellement que la technologie joue un rôle important dans le domaine de la traduction en général. J'entends bien sûr un certain type de technologie. Les outils de « traduction » que l'on trouve dans une section spéciale de moteurs de recherche tels que Google (Outils linguistiques), Yahoo (Babel Fish), Reverso, SYSTRANet, etc. sont quant à eux bien loin de remplacer la traduction humaine. Ces outils sont très limités en ce sens qu'ils négligent de nombreux aspects du texte source et une grande quantité de facteurs qu'un cerveau humain normalement constitué et formé à la traduction professionnelle peut traiter et prendre en compte dans le processus complexe de la traduction, à savoir le style, le domaine de spécialisation, la terminologie, les différences culturelles, le contexte, etc. Le tableau ci-dessous présente un exemple de traduction automatique :

TEXTE ORIGINAL "TRADUCTION" DE GOOGLE EN 2002 "TRADUCTION" DE GOOGLE EN 2009 MA TRADUCTION
Chess is a game, played by two players. One player plays with the white pieces, and the other player plays with the black pieces. Each player has sixteen pieces in the beginning of the game: one king, one queen, two rooks, two bishops, two knights, and eight pawns. Les échecs sont un jeu, joué par deux joueurs. Un joueur joue avec les morceaux blancs, et l'autre joueur joue avec les morceaux noirs. Chaque joueur a des morceaux de seize dans le commencement du jeu: un roi, une reine, deux freux, deux évêques, deux chevaliers, et huit gages. Chess est un jeu joué par deux joueurs. Un joueur joue avec les pièces blanches, et l'autre joueur joue avec les pièces noires. Chaque joueur a seize pièces au début du jeu: un roi, une reine, deux tours, deux évêques, deux cavaliers, et huit pions. Le jeu d'échecs se joue à deux. L'un des joueurs joue avec les pièces blanches, l'autre, avec les pièces noires. Au début de la partie, chaque joueur dispose de seize pièces : un roi, une reine, deux tours, deux fous, deux cavaliers et huit pions.
Rook Freux Rook La tour
The rook moves in a straight line, horizontally or vertically. The rook may not jump over other pieces, that is: all squares between the square where the rook starts its move and where the rook ends its move must be empty. (As for all pieces, when the square where the rook ends his move contains a piece of the opponent, then this piece is taken. The square where the rook ends his move may not contain a piece of the player owning this rook.) Le freux se déplace une ligne droite, horizontalement ou verticalement. Le freux peut ne pas sauter pardessus d'autres morceaux, celui est: toutes les places entre la place où le freux commence son mouvement et où le freux finit son mouvement doivent être vides. (quant à tous les morceaux, quand la place où le freux finit son mouvement contient un morceau de l'adversaire, alors ce morceau est pris. La place où le freux finit son mouvement peut ne pas contenir un morceau du joueur possédant ce freux.) La tour se déplace en ligne droite, horizontalement ou verticalement. Le tour mai de ne pas sauter par dessus les autres pièces, à savoir: toutes les places entre la place où la tour commence son déménagement et où le tour se termine son déménagement doit être vide. (Comme pour toutes les pièces, lorsque le tour de la place où se termine son déménagement contient une pièce de l'adversaire, puis cette pièce est prise. La place où le tour se termine son déménagement mai pas une pièce du joueur possédant ce tour. La tour se déplace en ligne droite, horizontalement ou verticalement. Elle ne peut pas sauter pardessus d'autres pièces, c'est-à-dire que toutes les cases situées entre la case d'où part la tour pour réaliser son coup et celle où elle termine son coup doivent être vides. (Comme pour toutes les pièces, lorsque la case sur laquelle la tour termine son coup contient une pièce de l'adversaire, cette pièce est alors prise. La case sur laquelle la tour termine son coup ne doit contenir aucune pièce du joueur à qui appartient cette tour.)

Cette traduction de Google est intéressante à examiner, et nous allons en faire une étude de cas. Prenons par exemple le terme piece. En 2002, le « traducteur » de Google traduisait ce terme par morceau, comme s'il s'agissait d'un morceau de sucre, alors que le terme exact ici est pièce. On parle bien en effet d'une pièce de jeu d'échecs, et non d'un morceau de jeu d'échecs, ce qui prête d'ailleurs à sourire. Le « traducteur » de Google est tout simplement inapte à reconnaître le contexte du texte qu'il « traduit », ce que seul le traducteur humain est en mesure de faire. Il est incapable d'introduire des nuances et de les saisir. Seul le cerveau humain est doué pour cet exercice. Il convient de noter que ce « traducteur » produit de fréquents non-sens. Citons notamment la traduction de sixteen pieces par des morceaux de seize, ce qui est dénué de toute signification. Il faut bien sûr traduire ici par seize pièces. Par ailleurs, il est incapable de s'exprimer dans un style correct. Plus loin, on peut lire que in the beginning of the game est traduit par dans le commencement du jeu, que l'on traduirait en bon français par au début de la partie. Le « traducteur » de Google ne se soucie guère davantage des répétitions, alors que – par souci de légèreté – la langue française a tendance à les éviter. Même s'il s'agit d'un texte plutôt technique, cela n'empêche pas un minimum de recherche stylistique et de correction du français.
Si l'on considère à présent le deuxième extrait, la traduction de rook par freux fait à nouveau abstraction du contexte des échecs. L'une des traductions possibles de rook est en effet freux, mais cette traduction serait adaptée dans un contexte ornithologique et non dans le contexte actuel où le mot rook ne peut être traduit que par tour, l'une des pièces du jeu d'échecs. Il en va de même, dans le premier extrait, pour bishop qui, dans le contexte religieux serait en effet traduit à juste titre par évêque. Or, dans le contexte des échecs, ce terme prête à sourire, car il est déplacé et ne figure pas dans le vocabulaire du joueur. Ici, le terme bishop est à traduire exclusivement par fou. Les termes knight et pawn sont eux aussi improprement traduits par chevalier et gage qui pourraient parfaitement convenir dans un contexte différent mais qui, ici, doivent être traduits respectivement par cavalier et pion. Bref, le Français qui compte apprendre à jouer aux échecs n'a pas fini de s'arracher les cheveux... et je n'ai relevé ici qu'un extrait, mais toute la traduction du site sur les échecs est à l'avenant.
Il suffit d'observer attentivement le tableau ci-dessus pour s'apercevoir que la traduction automatique n'a fait aucun progrès en l'espace de sept ans. On pourrait même parler de régression. On observera notamment un énorme manque de cohérence entre les deux paragraphes. En 2009, le « traducteur » de Google ne sait plus traduire le mot chess en français. Le deuxième paragraphe est entièrement décousu, déstructuré. Le reste se passe de commentaires. Je vous laisse admirer le grand art!

Notons que le niveau des autres outils de traduction (Babel Fish, SYSTRANet et Reverso) est comparable.
Pour résumer, cette traduction automatique est totalement inexploitable. Elle est donc bien loin de remplacer le traducteur humain qui n'a pas à voir en elle de quelconque menace et a encore bien de l'avenir. Cela va sans dire que si je m'étais servie de Google pour traduire en français ce mode d'emploi anglais d'un jeu d'échecs électronique, le résultat aurait été un véritable galimatias, et cette traduction aurait été par ailleurs très préjudiciable à la bonne image de marque de l'entreprise qui m'a demandé de faire cette traduction, pour laquelle je me suis servie exclusivement de mon cerveau, de mon expérience dans le domaine et d'ouvrages de référence spécialisés et fiables.
On aura donc compris que la traduction automatique ne peut en aucun cas faire concurrence au traducteur humain qui peut se rassurer. Ce sera une véritable révolution le jour où l'ordinateur pourra penser comme un être humain et sera capable de percevoir toutes les nuances entre les mots et de reconnaître le contexte à traduire. Cela est-il d'ailleurs envisageable et souhaitable?
Toutefois, certains clients n'ayant pas le moindre scrupule font traduire leur texte par un traducteur automatique pour ensuite avoir le culot de s'adresser à des traducteurs professionnels auxquels ils demandent sans vergogne de se charger de la révision. C'est ainsi que j'ai perdu un emploi de traductrice en osant soulever le caractère scandaleux d'une telle pratique. Réfléchissez une seconde. Ne percevez-vous pas dans cette pratique honteuse la disparition assurée du traducteur professionnel? Ne comprenez-vous pas que le client, par appât incontrôlé du gain, recourt aux services du traducteur professionnel pour obtenir un résultat irréprochable à un prix dérisoire? Le client, lui, est-il conscient que le traducteur doit passer dix fois plus de temps à tenter de recoller les pots cassés? Sait-il qu'il méprise le traducteur professionnel, qu'il dénigre son travail et sa raison d'être? Comprend-il qu'il est l'assassin de la traduction professionnelle et de ce qui la rend si palpitante, son côté créatif, sa touche personnelle et unique? Non, le client moyen est une sangsue. Tout ce qui l'intéresse, c'est de faire le plus de profit possible en réduisant le traducteur à l'esclavage. N'est-il pas indécent à l'outrance de faire traduire à moins de 2 cents le mot? Le gagne-pain du traducteur, c'est le mot. Celui du photographe, c'est la photographie. Où peut-on obtenir un développement de qualité professionnelle pour 2 cents la photo? Tout comme il est scandaleux de voler les heures de réflexion et de création d'un artiste en téléchargeant gratuitement de la musique et des films sur Internet, il est honteux de dédaigner à ce point la noble occupation du traducteur, la beauté de l'écriture, la créativité qui règne dans l'activité de traduire en professionnel.
Certaines personnes n'ayant aucune formation en traduction s'aventurent à traduire elles-mêmes et foncent tout droit dans le ravin pour n'avoir pas eu recours aux services d'un traducteur professionnel. L'ingénieur, le technicien ou le spécialiste d'un certain domaine peuvent-ils décemment traduire un texte traitant de leur domaine de spécialisation? Disposent-ils de la formation très spécifique d'un traducteur? À ces questions, je répondrai résolument non, car nul ne peut s'improviser traducteur, qui est un métier exigeant des compétences précises et une concentration maximale. À l'inverse, le traducteur peut acquérir une formation technique ou spécialisée dans certains domaines, en se documentant de façon très régulière sur les sujets en question. L'idéal est que le traducteur détienne un diplôme dans une autre discipline que la traduction. En général, c'est par la pratique et l'expérience de la traduction dans certains secteurs particuliers auxquels il va de préférence se limiter que le traducteur pourra acquérir le vocabulaire spécialisé et technique. Le traducteur peut oeuvrer dans plusieurs domaines de spécialisation apparentés et fournir un travail professionnel de qualité. En revanche, il est loin d'être sûr qu'un technicien, connaissant quand bien même son domaine sur le bout des ongles, puisse fournir une traduction de qualité, et ce, pour les raisons susmentionnées.
Seul le client sensibilisé à ces réalités sera prêt à offrir des tarifs et des délais acceptables, à tout simplement reconnaître le traducteur professionnel à sa juste valeur et à respecter sa dignité. Cette catégorie de clients, qui se raréfie malheureusement à une vitesse foudroyante, comprend l'activité du traducteur professionnel et lui fournit, en accompagnement du texte à traduire, une brochure explicative, des schémas, des annotations ou d'autres documents destinés à aider le traducteur dans ses recherches terminologiques et à l'éclairer sur certains termes techniques.
Nous avons parlé du danger que représente la technologie. Il existe toutefois des programmes de traduction assistée par ordinateur (TAO) tels que Trados, Déjà Vu, Wordfast, etc. qui peuvent s'avérer très utiles pour le traducteur professionnel. Ils permettent au traducteur de récupérer les phrases en langue cible qu'il a déjà traduites et qui sont stockées dans une mémoire de traduction. Les dictionnaires en ligne comme Termium, Le grand dictionnaire terminologique, Eurodicautom – la banque de données lexicographique multilingue de la Commission européenne – et d'autres dictionnaires électroniques généraux et spécialisés sont également des outils d'une grande utilité pour le traducteur professionnel.
Internet est aussi très utile aux fins de recherche terminologique. Tous ces outils sont mis à la disposition du traducteur professionnel qui est seul responsable d'évaluer les résultats et de questionner leur pertinence dans le contexte à traduire, car ces outils ne sont malheureusement pas fiables à 100 p. cent et ne peuvent pas servir de référence sûre au traducteur professionnel. Comme leur nom l'indique, ce ne sont que des outils. Par conséquent, la technologie appuie le traducteur. Le cerveau humain est bien trop complexe pour être reproduit dans une machine. Les logiciels, les outils et les machines ne sont que des compléments utiles dans le cadre du processus de traduction. En tant que traductrice professionnelle qui se respecte, j'utilise donc ces outils avec beaucoup de discernement. Le rôle du traducteur commence là où s'arrête celui de la technologie. J'entends par là que la technologie est limitée et que le cerveau humain comble les lacunes et compense les imperfections des divers programmes dont il dispose. La traduction s'inscrit dans le domaine de la création dont seul le cerveau humain est capable.

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Que faire pour protéger le traducteur professionnel?

Sur les sites consacrés à la traduction que j'ai mentionnés plus haut, on peut lire des messages d'une absurdité sans borne et des déclarations aussi farfelues les unes que les autres. Avant de lire l'exemple qui suit – qui n'est hélas qu'un exemple parmi tant d'autres – soyez certain d'être bien assis au fond de votre chaise et accrochez votre ceinture. Un hurluberlu prétend pouvoir traduire 7 500 mots en huit heures. De deux choses l'une : soit il s'agit d'un extraterrestre dont le cerveau est équipé d'une puce ultrapuissante, soit cette personne traduit des textes comme elle irait sortir les poubelles sur le trottoir. Bref, j'aimerais voir le produit fini... sans aucun doute une bouillie indigeste! Cerise sur le gâteau, la majorité des clients ne savent pas distinguer ces brouillons nauséabonds d'une traduction professionnelle de qualité supérieure.
C'est ainsi que les traducteurs professionnels font malheureusement partie des victimes d'un monde tristement dirigé par l'argent et le rendement, d'un monde qui part à la dérive. Je suis de ceux qui ne se résignent pas à devenir l'esclave d'un tel monde en jouant le jeu d'entreprises qui cherchent inlassablement à obtenir les tarifs les plus bas tout en exigeant une qualité irréprochable dans des délais dignes de la science-fiction. La traduction s'automatise. Le traducteur professionnel est déshumanisé. Il est en train de mourir. Il est grand temps de venir à sa rescousse, de lui redonner sa dignité et de rendre à la traduction ses lettres de noblesse.
Réduire la traduction à un outil de profit, prolétariser les traducteurs et l'univers de la traduction, c'est briser l'harmonie du silence de la nature. Ce que je veux dire, c'est que le traducteur professionnel sait trouver le mot juste et prend le temps de le faire. Il jubile à l'idée de trouver l'accord parfait. C'est la mélodie du bonheur. Il est en harmonie avec lui-même et lutte pour éviter que ses détracteurs ne viennent rompre cette précieuse harmonie. Que celui qui ne sait pas s'exprimer se taise. Prolétariser le traducteur revient inévitablement à anéantir la créativité naturelle et essentielle de l'artisan qu'il doit être. C'est transformer la traduction en un produit bourré d'additifs et de colorants artificiels. J'ai souvent entendu le proverbe : « chasser le naturel, il revient au galop ». J'aimerais tant chasser l'artificiel créé par la ribambelle d'outils de traduction pour que revienne au galop la traduction naturelle, empreinte de créativité et d'authenticité, de la personnalité et du style unique de son auteur, le traducteur professionnel.
Nous faisons des campagnes pour protéger les espèces animales en voie d'extinction. Le traducteur professionnel est une espèce humaine menacée de disparition. Pourquoi donc ne pas le protéger lui aussi? Cet ouvrage invite tous les traducteurs professionnels qui se respectent à sensibiliser leur entourage et exhorte les pirates de la traduction à cesser leur carnage.
Tout est une question de sensibilisation aux vraies valeurs de la traduction. Il s'agit de lui redonner tout son sens. De retourner aux racines. De freiner la course insensée à l'argent, au rendement, à la productivité. Il est urgent de prendre conscience des risques de cette façon d'agir qui pousse les gens à bout, les conduisant à commettre l'irréparable, les menant tout droit à la dépression et au suicide. Il s'agit de retrouver des comportements humains si l'on veut éviter une robotisation internationale. Le monde est en train de perdre sa poésie. Sauvons-la! La traduction fait partie du domaine des lettres et des arts. Luttons pour qu'elle ne bascule pas dans celui de la robotique.

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Conclusion

Si ce projet de sauver le traducteur professionnel et le monde de la traduction professionnelle au sens large semble déraisonnable, il paraît que les vrais progrès sont l'oeuvre d'hommes et de femmes déraisonnables. Tous les espoirs sont donc permis. Le temps presse. Il faut sauver le traducteur Humain. À bon entendeur, salut!

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Professional Translators: an Endangered Species
Or, the Robotization of the World


Biography

Virginie Ségard was born in Boulogne-sur-Mer, France, in 1978. After living and working in Europe and the Middle East, she arrived to Moncton, NB, in September 2005 to work as a Translator/Reviser and Project Lead. She became a permanent Canadian resident in September 2006 and applied for Canadian citizenship back in April this year. Virginie is determined to share her language skills and talents and to be an actor in her community. She has been a member of the CTINB (Corporation of Translators, Terminologists and Interpreters of New Brunswick) since September 2007 and received double certification – both on dossier and through examination – in June 2009. She is a strong believer of authenticity in people and actions. She defines translation as a creative science. Virginie is currently working as a freelancer but wishes to find a permanent full-time position. Virginie has lived and worked on three continents. She is very interested in psychology and nutrition as well as she thinks mental health and healthy eating are essential to a full well-being. Virginie holds a Secondary School Honour Graduation Diploma (DESS) in Languages, Translation and Technologies, a post-master's qualification (DEA) in Languages and Cultures in Contact, a Masters Degree in Modern Languages and several certificates in different fields. She also has experience in teaching and founded her own language institute in the Middle East in 2004. She considers translation and teaching to be very complementary. Her rich – and sometimes very distressing – life experiences made her very resilient, open-minded, adaptable and a good listener. She wants to give a real sense to her life by sharing the values she cherishes.

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Introduction

I could also have entitled this book "Saving Translator Human".
Professional translators know how to define themselves. They know their values.
Unfortunately, they are also aware of the imminent threats to their activity. Are they a critically endangered species just like the red wolf or the Siberian tiger?
This work is not meant to blame anyone. It is intended to raise public awareness.
Recently, I thought I was writing it with the strength born of despair. However, I finally resolved to complete it because I still dare believe the flickering flame of hope is not yet dying. I wrote it so that my life makes sense again in a world stricken by what seems to be an incurable loss of any public spirit and humanity. Rushing people annoy me and make me feel ill at ease. I am scared by, or rather feel pity for, people who are no longer able – have they ever been, I wonder – to suspend the wild course of their lives for a while to inhale the pleasant fragrance of a flower in spring, contemplate a starry sky on the night of a full moon or listen to a bird's sweet melody at dawn. Have they ever been able to I wonder? It scares me just to think about it.
This treatise is not only aimed at the professional translator but also and especially at those who threaten him. It is intended to make people outside the professional translation sphere aware of the very nature of this activity. It is also aimed at people working in the translation field who still don't really know what a translation is, thus turning it into a mere consumer good and delivering a dull speech totally centered on performance and money.
Therefore, translation becomes an instrument of profit in a cold environment of manipulation in which the professional translator is scrambling to stay afloat.

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The position of professional translation

Translation is almost as old as speech and writing, and has always existed as a means of communication between people of different cultures and languages. However, translation only really became a profession during the 20th century, with intercultural exchanges increasing and communications speeding up.
The world's largest consumer of translations is Canada, followed by Switzerland and Belgium. What these countries have in common is that they are home to at least two linguistic communities – French-speaking and English-speaking in Canada, Walloon and Flemish in Belgium, and four communities in Switzerland – German-speaking, French speaking, Italian and Romansh. Therefore, translation is the way to build a bridge of understanding between the inhabitants of these countries. However, there are also more homogeneous linguistic communities that feel the need to communicate with other linguistic communities living in foreign countries so as to establish diplomatic trading relationships at the level of external affairs, or to exchange technical and scientific knowledge. Here again, translation plays a key role, and the highest consumers are the seven major industrialized countries forming the G7: the United States, Great Britain, France, Italy, Canada, Germany and Japan. The greatest demand is for European languages, with English topping the list, and followed by French, German, Spanish, Italian and Dutch and, more rarely, by other languages such as Russian, Arabic and Japanese. This demonstrates how crucial the part played by professional translators concerned with quality and minute detail is at this moment in history.

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How do we define a professional translator?

A professional translator is both a wordsmith and a language-lover. He is a stylish communicator who selects the right words to convey the initial idea with the utmost respect for the author while considering the cultural and sociolinguistic particularities of the target language. A professional translator must also be able to demonstrate he has a very sharp eye and excellent abilities of analysis and synthesis, as well as editorial and stylistic qualities, not to mention a strong taste for research.
To stand by his values, the professional translator makes it his duty to comply with a stringent code of ethics in every respect and is absolutely free to accept the work he is offered or to decline any projects that run counter to his ethics. Thus he does not only have duties, but he also has rights that he must be able to exercise.

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The professional translator's ethics

A professional translator is basically someone who has a profound respect for himself.
Therefore, he deeply respects what he does – his work. As a result, his work can be respected and he, in return, can expect signs of respect from people he is in contact with – his clients, colleagues, the professional translation community, etc.
A professional translator will never accept to translate into a language that is not his mother tongue, since he is mindful of his limitations and seeks exemplary quality and precision. He may translate in several language pairs, but always in the same direction. He transposes texts from a source language to a target language, the former being his working language and the latter, his mother tongue. Only by translating into his mother tongue will the translator be able to reproduce the idioms and the tone of the text. He knows the ropes in his mother tongue because he is passionately fond of it, because he loves his job and respects it – it is the language he is obliged to master from all angles and of which he should be the ambassador. I do not believe in perfect bilingualism. There is always a dominant language. Even though he grew up in a bilingual home, a translator remains aware that he has a dominant language despite having mastery of the other language of the pair. Moreover, unless he is a genius, he will generally limit himself to two or three language pairs.
A professional translator will refrain from starting a project in a specialization field beyond the scope of his expertise. He could, of course, merely parrot what he reads on Internet or in specialized books. This would be a fatal mistake. Nobody can pretend to intelligibly and precisely talk about a topic he has no interest in. I for one never accept to translate technical texts. I leave them to professional technical translators. My brain is not developed for these kinds of texts. Every man to his special field. A professional translator will never try to steal work from someone else. He has his favourite fields that he keeps enriching from his readings and research. Besides, a translator will never accept to translate a text that itself is a translation of the original text written in another foreign language, unless the author expressly gives him the permission to do so: this was the case when I translated a Danish website into French from the English version. In this scenario, it is imperative to be very watchful and to revise grammatically and syntactically incorrect sentences if necessary.
Finally, a translator will refrain from altering or distorting the original text in any way.
A professional translator will never accept to translate more than 1,500 to 2,000 words a day since he knows that translation and production do not go hand in hand. The normal rate of work of a professional translator worthy of the name with at least five years of experience is 250 words per hour. Knowing that a translator is a human being with natural needs and that a work day of over eight hours slowly leads to depression and madness... you can do the math as well as I can. It is humanly impossible and professionally immoral to daily translate more than 2,000 new words – with no repetition that is. If a professional translator with at least five years of experience translates no more than 250 words per hour, is it necessary for me to say a novice translator will translate less? It is a must that the novice translator be trained and supervised during the first five years of his career. If not, who can tell me how he will improve? A student newly graduated from university – with a translation degree – is on the road of a race to the bottom if he thinks he can set up his own business and immediately translate as a freelancer. Not only does he make a huge mistake, but he also soils the profession and threatens the world of professional translation.

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Professional translators versus the wordfiddler

Unfortunately, the professional translator is not safe from scatterbrains who believe they can just suddenly become translators overnight. A new day is dawning; I wake up and wonder how I can spend my time today. What about doing translation to supplement my income? This can be a rotten trick. The professional translator is sadly the victim of some unscrupulous "wordfiddler", someone who takes the bread out of the professional translator's mouth by offering his cheapjack services at derisory rates. That is how a project slipped through my fingers as I offered to translate a 109-word page of text for a lump sum of GBP20, which seemed to me totally reasonable considering a professional translator knows what he is worth and always sets a minimum rate – all the more reasonable that the text was a message from Erin Brokovitch to ordinary working people who had been exposed to asbestos and, thirty years later, were suffering from mesothelomia and lung cancer. I do not know about you, but there is no joking with me over translation, let alone with this kind of texts. Another crank prostituted himself as he accepted to do the translation for GBP5, in a slipshod way for sure, all in all just like a prostitute... I am afraid so. Translating at such rates comes down to prostituting yourself. When you come to confuse translation and prostitution, it is time for you to make a career change and let professionals do their job in peace. When lives are at stake and a translation mistake can put them in great danger, you leave the job to experts. Mere amateurs are not welcome here. Translation is a professionals' business – period. Would you operate on a patient if you knew nothing about medicine and you had neither experience nor degrees in the field? Would you build a house if you had no idea about bricklaying? Why not respect the translator's profession in the same way?

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What distinguishes the professional translator

A wordfiddler is someone who thinks knowing a language is enough to translate. He is kidding himself. Translation requires real linguistic and language expertise. Besides his mastery of the language, the translator must be able to face other considerations such as typography rules that vary by language, spelling and style beyond reproach, consistency, rigour, adaptability, and specialized information. Through his work, not only does the translator show his linguistic qualities but also his personality.
Thus, the wordfiddler and the professional translator are worlds apart. The professional translator is a wordsmith, a creator, a sculptor. Like the jeweller, he cuts, carves and polishes. Just as the jeweller selects the best stones and the most appropriate tools, the professional translator shapes his translation like a gem. From the moment he is familiar with all translation and transfer processes and strategies, and is aware of translation pitfalls and mistakes that he learnt how to perceive and bypass, he can work independently and focus on the artistic aspect of translation. Handling his tools brilliantly, he can now produce a work of art. Only after several years of experience can you reach this stage. Only when all mechanisms are mastered can translation belong to the world of art. Just as a musician plays his piece smoothly with a sense of rhythm, the professional translator feels the musicality of the text and tries to structure it in such a way to make it flowing and original. He attempts to create a perfect harmony between content and form. However, like any professional musician, he can still strike a wrong note. As long as he maintains the rhythm, the wrong note can merge into the piece and almost go unnoticed. Although he is curious by nature, it is not possible for the professional translator to know everything. That is the reason why he tends to specialize. It all comes down to expertise. Just as a confectioner can make a delicious cake with the simplest ingredients and utensils, a translator does not need the most sophisticated tools and advanced software to deliver a high-quality translation. If he does not have the state of mind and predisposition to translate and the sensitivity of an artist, having all the translation tools available in the world will not make a professional translator of him.
Before he can reach that level, a junior translator should be properly supervised to benefit from a serious and thorough training, and become aware of all faces of translation. A professional translator is humble and modest enough to hone his work carefully. He has the wisdom to always question himself so he can keep learning and continuously improve. Just like Socrates, he knows he knows nothing. That is what sets him apart from the thief, the wordfiddler. I never pretended to compare them anyway, simply because they are not comparable. Nothing binds them together. They have no affinity with each other. They are light years apart. One has the sensibility of a naturalist. The other has a heart of stone – he transcribes texts mechanically, like an upset robot. A professional translator understands the depth of language. He has a musical ear. A person who is insensible to classical music will never be a professional translator. Music and languages are part of the same universe.
Music and translation are both art and science. These sciences are called musicology – the scholarly study of music, and translatology – the scholarly study of translation. Just as music theory, aesthetics and history, translation theory and rules can also be taught. When put into practice, these theories and rules turn science into art. That is what makes me say translation is a creative science. The professional translator has a gift for writing. He is not a mere transcriber – he is a writer. His translation is a complete work, not the mere reflection of the source text. It should not fade away behind the original work. Note that technical translation is to be considered separately. That is the very reason why I never accepted to do technical translation, because in technical fields, translation loses its artistic and creative touch. Only when it is a text and not a list of mechanic parts or ingredients does translation take on its full meaning and become an activity of invaluable richness that should be passionately preserved and protected against its fierce enemies.
The professional translator is a wayfaring mind, naturally curious about everything. His knowledge sphere is boundless. He is open to all areas of knowledge. He is eager to discover, having a strong taste for travel and cultures. He has a creative pen and a great deal of interest in arts. A translator without creativity is like a plant without water: he does not bloom.

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Acknowledging translation as a full profession

Translation is a professional activity like any other, attested by degrees and certificates.
A surgery student will never be asked to perform an open-heart surgery for a first operation.
He learns progressively. He gains experience in stages, starting with relatively easy operations. For that, he needs to be closely supervised, and his progress should be monitored. The same goes for the translator. He cannot stand on his own two feet at once.
He must be ready to learn from his senior colleagues. He must agree to show his ability with relatively easy documents before he can work on fairly difficult texts to finally take on challenging projects after several years of experience. Translation is still a long way from being recognized as a full profession, however. Translation agencies and clients fall into two groups. In the first one, you find those who acknowledge you as a human being and respect you as such. They offer you decent rates and set reasonable deadlines. Unfortunately, they are dwindling in numbers. The other group is the one of bloodsuckers, those offering you peanuts in exchange for your knowledge and skills. They mistake you for a sardine can with a price tag on it, displayed on supermarket shelves to be sold to consumers who will then cook it in their favourite sauce. But the professional translator knows what he is worth and does not let himself get walked all over by a pathetic bunch who believe dictionaries are all they need in order to translate.
The category of professional translators and translation in general are to be protected. The professional translator urgently needs to be recognized and respected. That is why he needs a well-defined structure barred to hacks and quacks. Although there are translator registries and directories, sadly there are also websites that specialize in translation or rather the distorted idea most people have of the translation field - a wishy-washy word factory in a race for profit. Anyone can register on these websites for free. No one will be able to check if the person actually possesses the diplomas they claim. How can I tell he is the one who takes the tests he receives as part of the translator selection process? He then gets hired, which is a disaster!
Professional translation must be legislated. The professional translator must be protected by laws, and his activity must be part of a legal framework, totally safe from shams.

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How do we define a professional translation?

When you read a professional translation, you cannot actually tell it is a translation. I often start reading a book and suddenly stop to flip back to the cover page and realize I guessed right. It is indeed the clumsy French translation of an original work by a foreign author. The text is packed full of Anglicisms and written in a poor style. Verb tenses are inappropriate. In short, the whole work is very flawed and not idiomatic. It clearly sounds like a rush job. The author had his book translated by a junk dealer for next to nothing, which he is not aware of since he is not in a position to judge the quality of a language he does not know. He is not aware either that – doing so – he is losing credibility. However perfect the original work might be, its translation is far from being satisfactory. Now, the reader will not judge the original text, but rather the translation he has in front of him.
A translation can always be improved, but it will only approach perfection if it is done by someone who is sensitive to words, writing and the musicality of language. Even if the professional translator does his best to render the original text as faithfully as possible, he knows a translation is never perfect since perfection is unachievable. To all who think they are perfect: come back down to earth – nothing is perfect in this world. Any doubt? Just look around. That being said, translation must be done in such a way that the reader cannot scent it. He reads it thinking it is an original work, meaning the translator could render the content of the source text and the author's style with the greatest objectivity. Even though any translation is etymologically a betrayal (refer to the Italian phrase "traduttore traditore", which means "a translator is a traitor"), the professional translator will make every effort to contradict this statement. A good translation must be idiomatic and grammatically correct. The professional translator must use very specific terminology and be very familiar with the text field. In order to deliver a top-quality translation, the professional translator should possess a fine command of both languages at stake.
Furthermore, word selection and position are of utmost importance, which makes me say the professional translator has to be a native speaker of the language he translates into both for idiomatic reasons and for the sake of precision and accuracy. Dictionaries and grammar books alone are far from being enough for a good translation. Referring exclusively to these resources, you deliver a word-for-word translation that does not account for differences between target and source languages in semantics, grammar rules, choice of grammatical forms and organization of linguistic elements. The professional translator should also know and be sensitive to the culture of both countries. He must have a broad socio-cultural knowledge base to be able to fully understand and interpret the original text. He must indeed consider the cultural peculiarities of the country associated with the target language. In addition, the professional translator must try to preserve the tone of the text and never lose sight of the readership the target text – his translation – is intended for so that he writes in the appropriate style. A good translation also requires a thorough analysis and extensive research. This is why translation is the product of artisanal work and human intelligence. It is clear that no translation tool can give an accurate and exact translation. Professional translators can sleep well and rest assured – they are not likely to disappear and be replaced by translation software and programs. Are we so certain? Without any safety net or life buoy, the professional translator will die, eaten alive by unflappable sharks and vultures.

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The pitfalls of technology

I personally believe technology plays an important role in translation and in the translation industry - not all kinds of technology though. For example, "translation" tools found in special sections of search engines such as Google (Language Tools), Yahoo (Babel Fish), Reverso, SYSTRANet, etc. cannot replace human translation. They are very limited in the sense that they disregard many aspects of the source text and many factors of the translation that a human brain can process and take into account in the complex translation process – style, specialization field, terminology, cultural differences, context, etc. Below is an example of automatic translation:

ORIGINAL TEXT GOOGLE "TRANSLATION" IN 2002 GOOGLE "TRANSLATION" IN 2009 MY TRANSLATION
Chess is a game, played by two players. One player plays with the white pieces, and the other player plays with the black pieces. Each player has sixteen pieces in the beginning of the game: one king, one queen, two rooks, two bishops, two knights, and eight pawns. Les échecs sont un jeu, joué par deux joueurs. Un joueur joue avec les morceaux blancs, et l'autre joueur joue avec les morceaux noirs. Chaque joueur a des morceaux de seize dans le commencement du jeu: un roi, une reine, deux freux, deux évêques, deux chevaliers, et huit gages. Chess est un jeu joué par deux joueurs. Un joueur joue avec les pièces blanches, et l'autre joueur joue avec les pièces noires. Chaque joueur a seize pièces au début du jeu: un roi, une reine, deux tours, deux évêques, deux cavaliers, et huit pions. Le jeu d'échecs se joue à deux. L'un des joueurs joue avec les pièces blanches, l'autre, avec les pièces noires. Au début de la partie, chaque joueur dispose de seize pièces : un roi, une reine, deux tours, deux fous, deux cavaliers et huit pions.
Rook Freux Rook La tour
The rook moves in a straight line, horizontally or vertically. The rook may not jump over other pieces, that is: all squares between the square where the rook starts its move and where the rook ends its move must be empty. (As for all pieces, when the square where the rook ends his move contains a piece of the opponent, then this piece is taken. The square where the rook ends his move may not contain a piece of the player owning this rook.) Le freux se déplace une ligne droite, horizontalement ou verticalement. Le freux peut ne pas sauter pardessus d'autres morceaux, celui est: toutes les places entre la place où le freux commence son mouvement et où le freux finit son mouvement doivent être vides. (quant à tous les morceaux, quand la place où le freux finit son mouvement contient un morceau de l'adversaire, alors ce morceau est pris. La place où le freux finit son mouvement peut ne pas contenir un morceau du joueur possédant ce freux.) La tour se déplace en ligne droite, horizontalement ou verticalement. Le tour mai de ne pas sauter par dessus les autres pièces, à savoir: toutes les places entre la place où la tour commence son déménagement et où le tour se termine son déménagement doit être vide. (Comme pour toutes les pièces, lorsque le tour de la place où se termine son déménagement contient une pièce de l'adversaire, puis cette pièce est prise. La place où le tour se termine son déménagement mai pas une pièce du joueur possédant ce tour. La tour se déplace en ligne droite, horizontalement ou verticalement. Elle ne peut pas sauter pardessus d'autres pièces, c'est-à-dire que toutes les cases situées entre la case d'où part la tour pour réaliser son coup et celle où elle termine son coup doivent être vides. (Comme pour toutes les pièces, lorsque la case sur laquelle la tour termine son coup contient une pièce de l'adversaire, cette pièce est alors prise. La case sur laquelle la tour termine son coup ne doit contenir aucune pièce du joueur à qui appartient cette tour.)

It is interesting to study this "translation" by Google. Take the word piece for instance. In 2002, this word was translated by Google as morceau, as if it were a cube of sugar while the correct word here is pièce. A chess game is played with pièces, not morceaux, which actually sounds funny. Google "translator" simply does not have the ability to recognize the context of the document it translates. Only a human translator can do that. Google "translator" is not able to introduce and understand nuances. Only the human brain is good at it. Note that this "translation" is full of meaningless words and phrases. Among them is the translation of sixteen pieces by des morceaux de seize, which is an absolute nonsense. That should naturally be translated as seize pièces. Moreover, Google "translator" is not able to use a proper style. Further on, in the beginning of the game is translated into French as dans le commencement du jeu, which would be translated as au début de la partie in proper French.
Google "translator" is quite indifferent to repetitions where French language tends to avoid them for a lighter style. Even though the text is somewhat technical, that is no reason to give up on style and accuracy.
Moving on to the second extract, the translation of rook as freux is another proof that the context of chess is totally overlooked. One possible translation of rook is actually freux, but this word would fit in a text about ornithology. In a text dealing with chess, the only correct translation is tour, one of the chessmen. The same goes – in the first extract – for bishop, which would rightly be translated as évêque in a religious context. Now, in the context of chess, this term makes you want to laugh because it is out of place and does not belong to the chessplayer's vocabulary. The word bishop is to be translated exclusively as fou here. The words knight and pawn are also improperly translated as chevalier and gage, which could fit perfectly in a different context but must be respectively translated as cavalier and pion in our example. Anyway, a French person who intends to learn how to play chess will tear his hair in despair... and this is just one extract, but the whole translation of the website on chess with Google is pitiful.
From the table above, we may notice that automatic translation has not really made any progress in seven years. We could even say it is on the decline. Of particular note is the huge inconsistency from one paragraph to the next. In 2009, Google "translator" does not remember the French equivalent for chess. The second paragraph is totally scrappy and disjointed. The rest speaks for itself. I will leave you to your admiration of this work of art!
It should be noted that the level of the other three translation tools (Babel Fish, SYSTRANet and Reverso) is very similar.
To sum up, this automatic translation is totally unexploitable. Automatic translation programs are far from replacing human translators who should not view them as threats or competitors – there are still good times ahead. It goes without saying that if I had used Google to translate these English directions for use of an electronic chessboard into French, it would have been a tedious nonsense, and the translation could have been very detrimental to the good image of the company I translated for. I did the job using only my brain, my experience in the field and reliable, specialized reference books.

Thus, it is clear that automatic translation cannot compete with human translators who can rest assured. There would be an absolute revolution when computers can think like human beings, understand all nuances of languages and recognize the context of the document to translate. Is this what we want and is it ever conceivable?
Nevertheless, some unscrupulous clients have their texts translated by automatic translation programs, and then have the nerve to shamelessly ask professional translators to take care of the revision. That is how I lost a translation job as I dared mention how outrageous such a practice is. Just think about it. Don't you feel this shameful practice is inexorably driving the professional translator into the ground? Don't you understand that the client – driven by an uncontrolled lure of gain – turn to professional translators to get services of the highest quality at a rock bottom price? Is the client aware that it takes the translator much more time to try to patch things up? Does he know how contemptuous he is of the professional translator, how he runs down his work and his raison d'être? Does he understand he is the assassin of professional translation and of what makes it so exciting, its creative aspect, and its personal and unique touch? For sure not – the average client is a leech. He is just interested in making as much money as possible while enslaving the translator. Isn't it indecent to the utmost degree to have someone translate for less than 2 cents a word? The translator's source of income is the word. The photographer's one is the photography. Where can you get a film processed by professionals for 2 cents per photo?
Just as it is shocking to steal hours of reflection and creation from an artist by freely downloading music and movies on Internet, it is shameful to be so disdainful of the noble occupation of the translator, the beauty of writing, the creativity prevailing in professional translation.
Some people who have no education in translation whatsoever venture to translate by themselves and come a cropper for not using the services of a professional translator. Can engineers, technicians and experts in a specific area decently translate a text about their specialization field? Did they receive the very specific education a translator received? My answer to these questions is definitely no. No one can just suddenly become a translator for translation is a demanding profession requiring specific skills and maximum concentration.
However, a translator can gain technical or specialized knowledge of certain fields by regularly gather information on the subjects. Ideally, the translator will possess a degree in a discipline other than translation. It is generally with practice and translation experience in certain fields to which he preferably confines himself that a professional translator will take the specialized and technical vocabulary in. A translator can work in several similar specialization fields and still deliver a high-quality professional result. I am not sure though that a technician – although he has his field at his fingertips – can deliver a quality translation, for the exact same reasons I gave earlier on.
Only if he is aware of these realities will a client be ready to offer decent rates and set acceptable deadlines, and to simply recognize the translator's true value and respect his dignity. This category of clients – unfortunately vanishing like lightning – understands the activity of the professional translator and provides him with resources such as an explanatory pamphlet, diagrams, notes or other documents to help him with his terminology search and enlighten him on technical terms.
We mentioned the danger posed by technology. However, computer-assisted translation (CAT) programs such as Trados, Déjà Vu, Wordfast, etc. can be very useful to the professional translator since they increase performance as the translator can retrieve the target language sentences that have already been translated and are stored in a translation memory. Also, online dictionaries like Termium, Le grand dictionnaire terminologique, Eurodicautom – the European Commission's multilingual lexicographical database, and other online general and specialized dictionaries are useful aids for the professional translator.
Internet is also very helpful for terminology research. All these tools are available to the professional translator who is solely responsible for evaluating the results and questioning their appropriateness for the context since these tools are unfortunately not 100% reliable.
As the name indicates, they are only aids. Technology is therefore supporting the translator.
The human brain is far too complex to be reproduced in a machine. Software, tools and machines are only useful complements in the translation process. As a self-respecting professional translator, I am therefore very cautious when using these tools. The role of the translator starts where the one of technology ends. I mean to say that technology is limited, so the human brain fills the gaps and makes up for the imperfections of the various programs available to him. Translation is a creative task, and only humans can be creative.

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What can we do to protect professional translators?

On the aforementioned translation websites, you can read blatantly absurd messages and statements each more cranky than the other. Before reading the following example, which is sadly just one example among many others, make sure you are well settled not to fall off your chair and fasten your seat belt. A crank pretends he can translate 7,500 words in eight hours. It is got to be one thing or the other: he is either an extraterrestrial being with a superpowerful chip in his brain or he translates texts just as he would take the trash out on the sidewalk. Anyway, I would like to see the final product... gobbledygook for sure! The icing on the cake is that most clients cannot make any difference between these funky stews and a topnotch professional translation.
That is how professional translators are unfortunately the victims of a world that is sadly ruled by money and productivity – a drifting world. I am one of those who are not resigned to become enslaved to such a world by playing into the hands of companies tirelessly trying to get the lowest rates while expecting top quality for projects given insane deadlines.
Translation is on its way to automation. The professional translator is dehumanized. He is dying. The time has come to rescue him, restore his dignity and help translation regain its glory.
Bringing down translation to a profit tool, proletarianizing translators and the world of translation is just breaking the harmony of the silent nature. What I mean to say is the professional translator takes time to find the right word. He is jubilant about finding the perfect concord. For him, it is the sound of music. He is in harmony with himself, fighting to stop his detractors from breaking this precious harmony. Those who have no literary talent would do well to keep quiet. Proletarianizing the translator inevitably comes down to destroying the natural and essential creativity of the artisan he must be. It means turning translation into a product crammed with additives and artificial colorings. So many times I have heard the saying "what is bred in the bones comes out in the flesh". I wish it was not true about translation. I wish the artificial atmosphere created by an overabundance of translation tools could go away so that natural translation comes back to life, stamped with creativity and genuineness, and the personality and unique style of its author – the professional translator.
There are campaigns for the protection of endangered animal species. Professional translators are an endangered human species. Why shouldn't they be protected as well? This article invites all professional translators to make people around them aware of this serious problem and urges translation swindlers to stop the carnage.
It is just a matter of raising awareness of the true values of translation so that it takes back on its full meaning. Return to roots. Curb the insane race for money, performance and productivity. It is urgent to realize the risks behind this way of behaving that pushes people to the limit, giving way to tragedy – depression and suicide. It is time to act as human beings again to avoid international robotization. The world is losing its poetry. Let's save it!
Translation is part of the literary world. It is an art. Let's fight together so that it does not swing over into the world of automation.

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Conclusion

If this project of saving professional translators and the world of professional translation at large seems unreasonable, real progress is said to be resulting from the actions of unreasonable men and women. Our hopes could not be higher then. A word to the wise.

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La page de Virginie Ségard
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