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Expressions revues et corrigées

ras le bol

Les expressions françaises adorent exagérer, se tordre, se prendre au pied de la lettre… et parfois, elles ne tiennent plus debout.
Autant de situations revisitées, pour le plaisir de malmener la langue et de faire rire les neurones.

Prendre ses jambes à son cou

Un zigoto est poursuivi par un pingouin nain armé d'une baïonnette.
Il file aussi vite qu'il peut, mais le pingouin nain fonce, sur sa trottinette à piles, et la distance s’amenuise…
Le zigoto n’a plus le choix.
Il prend ses jambes, les pose autour de son cou comme une écharpe, et — cheveux au vent — serre les dents et actionne un petit ventilateur caché sur son postérieur.
L’impulsion est phénoménale : il quitte le sol.
Mais le pingouin nain n’a pas dit son dernier mot.
Il utilise sa baïonnette comme une rame et se rapproche à grande vitesse du zigoto.
Ce dernier ne s’avoue pas vaincu.
Le ventilateur-fessier projette une telle poussée qu’il décolle vraiment, monte en altitude, et au passage… décoiffe la Tour Eiffel.
Plus tard, il se posera tranquillement sur un huitième étage.
Comme quoi, prendre ses jambes à son cou peut donner de l’élan.


Marcher sur des œufs

Un ami m'a raconté son dernier exploit : reporter dans un journal, il avait filmé une bagarre terrifiante entre trois éléphants, un papillon, deux canards et cinq employés du métro parisien. Pour y parvenir, il dut faire preuve de prudence, se dissimulant autant que possible, en marchant sur des œufs sans négliger la direction du vent.
J'étais pétrie d'admiration.
Quel homme ! Incroyable ! J'étais si fière d'être l'amie d'un type qui accomplit un tel exploit !
"Whaohhh, lui dis-je sans retenue, comment as-tu fait ça ?"
Il prit un air modeste et avoua :
"C'étaient des œufs durs..."


Mettre les pieds dans le plat

Une anecdote véridique — enfin, presque.
Le héros est un lointain parent, qui habitait tout près.
Un fin cuisinier.
Gros, mais fin cuisinier.
Un repas avait été organisé pour célébrer les 60 ans de Gertrude, son épouse aînée.
Dix invités étaient présents, dont le vétérinaire, le maire et l’adjoint du maire — tout deux pairs.
On avait aussi convié un grand-duc et un petit hibou, placés prudemment à l’opposé du vétérinaire.
L’appartement était minuscule, la cuisine encore plus, et l’organisation… discutable.
Notre cordon-bleu d’angoisse, cuisinier en herbes amères — cuisait son chef-d’œuvre comme il le pouvait, posant même le plat par terre, faute de place.
Le plat, justement : une merveille.
Une symphonie d’arômes, un équilibre subtil de saveurs, un véritable chef-d’œuvre culinaire.
Une quintessence d'arômes généreux et envoûtants.
Les invités venaient d’arriver, s’installaient, discutaient.
Quand soudain, un cri retentit dans la cuisine :
— M… ! gémit mon parent, d’une voix à la fois tonitruante et désespérée. J’ai mis les pieds dans le plat !
Adieu, veaux, vaches, cochons, et couvées de saveurs raffinées.
La chaussure, plantée dans le fond du plat, refusa même de se décoller — signe que la catastrophe était totale.
Le cuisinier, suant, avoua :
— J’ai sans doute trop salé les lacets.
Ce qui, il faut l’admettre, ne manquait pas de sel.


En avoir ras le bol

J’ai pris un bol.
Celui dans lequel je mange ma soupe : Mickey qui danse avec Donald, et l’oncle Picsou qui virevolte avec Minnie.
Je l’ai longuement observé — une analyse s’imposait, on est d’accord ?
J’ai tenté une expérience : je l’ai rempli à ras ; le bol.
De soupe à la tomates et aux petits croûtons, évidemment.
Ben, même le bol plein, il ne se passait rien.
On m’a dit de poursuivre l’expérience, alors j’ai rempli un deuxième bol.
Puis un troisième.
Puis un quatrième.
À part un certain écœurement — parfaitement contrôlé, je précise — aucun changement notable.
Mais après le sixième bol, une révélation m’a frappée :
Oui.
J’en avais vraiment ras le bol.


Filer un mauvais coton

En parlant d'un voisin, quelqu'un m'a dit qu'il filait un mauvais coton.
— Il faut lui parler ! dis-je.
— Comment faire ? Ses fréquentations sont douteuses... Mafia... Je n'ose pas, moi !
Et le délateur de partir en courant.
Moi, je suis allée dans une mercerie, et j'ai donné au voisin mon achat : du bon coton à filer, 100 % pur mouton des Andes.


Prendre la mouche

Chaque fois qu'on me blesse, je pars à la chasse aux mouches.
Je les traque et, dès que j'en aperçois une, j'abats mon filet à papillon et lui passe une laisse au cou.
Je la ramène ensuite à l'endroit même où j'ai subi l'ignominie et la présente devant les auteurs du méfait.
Ils font une moue dubitative, haussent les épaules et disent encore :
"Oh ! toi, on ne peut pas te parler, dès qu'on te dit quelque chose qui ne te plaît pas, tu prends la mouche !"
Ben, oui. Que voulaient-ils que je prenne ? Une caisse à savon ? un rhinocéros ? une armure de chevalier ? une chemisette ?
Non, mais des fois ! Les gens sont vraiment difficiles.


Dos d’âne

En voiture, un panneau avertit : « Attention dos d’âne ». Panique. Je descends chercher la bête.
Comment l’appeler ? Houhou ? Cadichon ? Nestor ? Mimi-mi ? Le doute m’assaille.
Peut-être que le panneau ne s’adressait pas à moi, mais à l’âne lui-même :
« Attention aux voitures, petit ! »
On devrait organiser une battue pour le retrouver. Il a bon dos, l’âne.


Mettre de l’eau dans son vin

On dit que mon voisin a mis de l’eau dans son vin.
C’est son choix, il devient raisonnable.
Mais quand on sait qu’il buvait du Château-La Fritte, un cru d’exception à robe dorée et bouquet de pommes de terre, on peut se demander si ce n’est pas un gâchis monumental. Il y a des crimes œnologiques qui devraient être punis.


Avoir un chat dans la gorge

En tant que représentant sérieux de la communauté féline, je proteste : jamais aucun chat n’a élu domicile dans la gorge de qui que ce soit.
C’est humide, bruyant, sans coussin ni radiateur. Injure professionnelle !
Les chats exigent qu’on cesse de les accuser d’entraver les cordes vocales et proposent de remplacer l’expression par :
« J’ai un mouton dans la voix », ce qui est déjà plus cohérent.


Ne plus avoir un radis

On dit parfois : « Il n’a plus un radis. » Drame, misère, catastrophe financière.
Franchement, il y a pire : ne plus avoir de beurre, de chocolat ou de café. Les radis, on s’en remet.
Et puis, il reste toujours les fanes pour faire une soupe. Moi, quand je n’ai plus un radis, il me reste encore des idées.


Le ciel leur tombait sur la tête...

Nos ancêtres les Gaulois : enfin la vérité
On nous enseigne depuis toujours que nos ancêtres les Gaulois étaient braves et ne craignaient qu’une seule chose : que le ciel leur tombe sur la tête.
Légende, disent certains.
Mythe, affirment d’autres.
Eh bien non.
Cette semaine, le professeur Jean Peuplu, assisté de son équipe de scientifiques émérites, a révélé la vérité. Après neuf années de recherches assidues — y compris sous les coins des placards — les savants ont découvert qu’à l’époque gauloise, il était fréquent que le ciel se brise comme un miroir et que des morceaux en tombent pile sur la tête de nos ancêtres.
Heureusement, quelques heures plus tard, le ciel cicatrisait et reprenait son aspect habituel.
Les causes de ces perturbations restent mystérieuses.
Certains évoquent des indigestions célestes.
D’autres penchent pour un burn-out philosophique : « Suis-je ? Ne suis-je pas ? »
Une équipe plus téméraire avance même que des vers intestinaux cosmiques auraient rongé la paroi fragile du ciel, juste au-dessus du territoire gaulois. On précise que les morceaux de ciel tombés sur Terre n’ont jamais pu être retrouvés.
Le professeur Peuplu a été dûment félicité pour cette découverte capitale… et cuve actuellement son succès sous sédatifs puissants, surveillé avec précaution par des infirmiers armés.


Poser un lapin

L'origine de cette expression remonte au XVIIᵉ siècle.
Un monsieur Jean, qui habitait dans une fontaine — connu sous le nom de Jean de La Fontaine — avait un petit élevage de bêtes de toutes sortes : des corbeaux, des huîtres, des camemberts, des laitières, des baudets...
Un jour il vit un petit lapin qu'il ne connaissait pas.
Jusqu’alors, il avait marqué grand intérêt pour un lièvre — vous le connaissez, celui qui courait si lentement qu’il s’était ramassé la honte en traînant derrière une tortue snobe.
Suite à cette défaite mémorable, honteux, le lièvre jura qu’on ne l’y reprendrait plus et s’enfuit.
Ceci pour expliquer qu'il quitta ses copains et qu’il fut remplacé par un lapin.
Bien vite, celui-ci s’attacha à son maître qu’il suivait à chacun de ses pas.
« Tiens, dit Jean, je vais en faire une fable. »
Il réalisait son projet lorsque Molière lui donna un rendez-vous :
« Monsieur, dit-il en alexandrins, vous êtes invité à la cour du Roi. Sans blague, vous serez le chouchou du royaume. »
Jean, fier comme un paon, hésitait cependant ; il craignait les embrouilles des courtisans.
Il se tâta, « j’y vais-t'y, ou j’y vais-t’y pas ? »
Deux pas en avant, deux pas en arrière, il est l’heure, le roi royal va faire son entrée, et Jean, prit sa décision et s’en alla en courant :
« Adieu donc ; fi du plaisir que la crainte peut corrompre ! »
Le lapin, seul, resta, et ce n’est que lui que sa Majesté rencontra.


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