Le piège du choix
On parle d’autonomie, d’indépendance, de liberté.
Mais quand le choix est proposé sans cadre, sans explication, sans accompagnement réel, il devient un piège.
Et ce piège, de nombreux autistes y sont enfermés.
Le faux cadeau de la liberté
On dit : « C’est toi qui décides. »
On te met devant plusieurs options que tu ne comprends pas entièrement.
On insiste gentiment, en apparence :
« Allez, choisis. Tu peux choisir. Je te laisse décider. »
Tu t’exécutes, parce qu’on t’a poussé à le faire.
Ensuite, quand ça tourne mal — parce que tu n’avais ni les éléments, ni les explications, ni le recul — on te le retourne en pleine figure :
- Mais… je t’avais demandé, n’est-ce pas ?
- On en avait parlé, n’est-ce pas ?
- C’est toi qui avais décidé, n’est-ce pas ?
- C’était ton choix, n’est-ce pas ?
Non.
Ce n’était pas ton choix.
C’était un choix fabriqué, imposé, puis utilisé comme preuve contre toi.
Ce n’est pas offrir de la liberté. C’est se retirer, sous prétexte de respect. C’est abandonner quelqu’un à un carrefour brumeux sans carte ni boussole.
Accompagner, ce n’est pas imposer
Accompagner, ce n’est pas décider à la place.
Ce n’est pas contrôler.
Mais ce n’est pas non plus se taire au nom de la neutralité.
Accompagner, c’est :
- Écouter les besoins, les peurs, les hésitations.
- Expliquer les conséquences possibles de chaque choix.
- Comparer ensemble les chemins.
C’est oser dire :
« Je suis là. Je te guide si tu veux. Et je ne te laisserai pas tomber après. »
Chez les personnes autistes, le choix peut être un labyrinthe
Beaucoup d’autistes ont un rapport précis, structuré, logique aux choses. Mais ce qui paraît simple pour d’autres peut devenir un cauchemar flou pour nous.
Surtout si :
- Le choix est présenté brutalement.
- Il n’y a pas de but clair.
- Il n’y a aucune explication des conséquences.
- On nous refuse le droit à l’erreur.
Et le plus cruel, c’est quand on nous dit après coup :
« Tu l’as choisi. »
Alors que, non. On a été poussé à choisir sans comprendre.
Ce que nous demandons…
Pas qu’on nous prenne par la main en permanence.
Pas qu’on nous parle comme à des enfants.
Mais qu’on ne nous abandonne pas dans l’illusion du choix.
Ce que nous demandons :
- Qu’on reste avec nous dans l’espace du doute.
- Qu’on pense ensemble.
- Qu’on ose s’impliquer un peu, au lieu de se cacher derrière : « C’est ton autonomie, c’est ton choix. »
Parce que parfois, ce « choix » n’est pas une liberté.
C’est un test injuste.
Et si on échoue, on le paie seul.