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Madame Calsèque

Histoire vraie, seuls les noms ont été changés afin que Mme Calsèque puisse continuer à porter la bonne parole.

Le petit portrait de Madame Calsèque

Je suis autiste de haut niveau (Asperger), et il m’arrive de rencontrer des gens étonnants.
Récemment, j’ai fait la connaissance de Madame Calsèque.
C’est une femme triste, grise, étroite. Nous ne nous comprenons pas du tout.
Elle dit que je la vexe souvent.
Je n’ai pas de filtre et je dis les choses comme je les ressens, franchement — ce qui dérange certains.
Je n’ai pourtant aucune intention de blesser. Mais allez expliquer que je ne fais que dire la vérité…

Madame Calsèque a une fille qui, plus jeune, avait été diagnostiquée comme "retardée mentale".
Sa mère a dû faire des pieds et des mains pour modifier ce diagnostic en "autiste", qu’elle considère — dit-elle — plus valorisant.
Je ne connais pas sa fille. Je sais juste qu’elle est très douée en musique, qu’elle s’est mariée, et que le couple semble se débrouiller dans la vie.

Madame Calsèque s’étonne de mon besoin d’un accompagnement spécifique à l’autisme.
Elle me répond, sèchement :
– Il n’y a pas de service comme ça. Rien ! Débrouille-toi toute seule.
Ce genre de raisonnement me fait sortir de mes gonds — même si, malheureusement, elle n’a pas complètement tort.
C’est vrai : il n’y a quasiment pas de services d’accompagnement.
Surtout quand on a 76 ans et qu’on vit seule.
Alors je rétorque :
– Si ces services n’existent pas, il est peut-être temps de les créer !
Mais elle campe sur ses positions :
– Y’a pas ! Y’a pas, c’est comme ça !
Un ton martial, dressé sous la bannière d’un bon droit devenu sacré.
Je poursuis :
– Depuis 15 ou 20 ans, on comprend beaucoup mieux l’autisme, surtout dans ses formes Asperger. On commence — enfin — à réaliser que les autistes, eux aussi, vieillissent… et ont besoin de soins adaptés.
C’est alors que Mme Calsèque dégaine son monologue : un long inventaire de tout ce qu’elle a fait pour sa fille.
C’était déjà le cœur de notre première rencontre.

Mme Calsèque, sa fille et le vendeur

Et nous voilà, jeudi dernier, au même point.
– Il n’y a rien, c’est comme ça. Tu dois te débrouiller.
Elle recommence, une fois de plus, à me réciter tout ce que ELLE, elle, a fait.
Je lui précise que je ne parle pas de son cas personnel, mais de manière générale :

Je crois qu’elle a "bugué". Elle est restée figée, confite dans ses actions passées.
J’ai ri. Toute la scène virait au burlesque. Elle s’est fâchée, m'a dit que je l’avais vexée.

Elle me raconte une drôle d’histoire.
La semaine précédente, sa fille et son mari sont allés faire des courses dans un grand centre commercial.
Ils s’arrêtent à un stand de vente d’ordinateurs portables.
Le vendeur leur parle, leur montre un modèle, et ils finissent par l’acheter.
Le soir, la fille, toute contente de son achat, appelle sa mère pour lui raconter.
Et la mère s’insurge :
– Mais pourquoi tu as acheté ça ? Tu as déjà un PC de bureau ! Tu n'as pas besoin d'avoir un autre ordinateur !
(Petite précion, madame Calsèque ne pige que dalle à l'informatique.)
La fille se défend :
– C’est à cause du vendeur ! il a insisté !
Alors la mère part en guerre contre "l’abominable vendeur".
Je glisse alors, calmement :
– Son boulot, à lui, c’est de vendre. Un vendeur… vend.
Mais elle décide d’une toute autre lecture :
– C’est un truand. Ma fille est autiste. Il n’avait pas le droit !
– Elle lui a dit qu’elle était autiste ?
– Non, mais il aurait dû le voir…
Et là, j’ai éclaté de rire.
L'autisme n'est pas systématiquement visible ! Même les médecins n’arrivent pas à diagnostiquer correctement l’autisme. Et quand bien même ils y arrivent, ils ne savent pas toujours comment accompagner correctement.
Mais je lui ai quand même fait remarquer une chose : pour sa fille, à elle, elle ne dit jamais qu’il n’y a rien à faire.

Un Vendeur selon Madame Calsèque

Un vendeur, n’est pas un commerçant.

C’est un diagnosticien comportemental.
Un psychologue de surface.
Un éthique-marchand, capable de détecter les handicaps non visibles et de réfréner tout instinct de vente s’il soupçonne la moindre fragilité.

Il ne vend pas.
Il évalue, il soupèse, il interroge le ciel, il réclame un certificat médical.
Et s’il vend quand même, alors c’est un truand.

Aussi, pour encadrer cette profession à haut risque, voici un extrait de la Charte HETEPSU
(Hautes Études Techniques d’Efficacité et de Premiers Soins d’Urgence)

Extrait de la Charte HETEPSU
Diplôme obligatoire pour vendre un ordinateur ou trois poireaux
Le port de la blouse blanche est obligatoire.
Le stéthoscope est fourni.
Le bon sens, en option.

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