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Amaury et ses rondeurs

Moi et mes rondeurs, un texte d'Amaury Watremez


Amaury
J'ai toujours été rond, gros, bas de poitrine, bouboule, obèse, boule de suif, un peu enrobé, enveloppé, gras, voluptueux, pulpeux, imposant. Quand j'étais tout petit, je ne pleurais que pour manger, il paraît, et j'étais déjà un bébé de poids dès la naissance, une publicité pour savons ou bien ressemblant à l'un de ces angelots joufflus en stuc que l'on trouve dans les églises baroques. Un rond pour le visage, deux ronds pour les joues, un rond pour le corps et deux bâtons pour les jambes, il n'est pas dur de me dessiner. Je possède en outre beaucoup de caractéristiques communes avec les ours. Il arrive que j'hiberne quand je suis crevé et il ne fait pas bon alors de me réveiller avant l'heure. Je suis de la même humeur qu'un grizzli le matin avant de prendre un café bien noir et un ou deux croissants. Parfois, quand j'entends de la musique, je me dandine et cela amuse les autres danseurs qui pour un peu jetteraient des pièces. Mais ils savent arrêter leurs rires car il arrive aussi que j'envoie quelques coups de pattes bien placés. Comme les ours, je suis aussi un grand sentimental et on peut alors me serrer dans ses bras sans grands problèmes, je ne ferai pas de mal, bien au contraire.

Pendant l'enfance, je ne me suis jamais posé de questions sur mon physique, grâce à l'amour de mes parents qui m'avaient tout de suite accepté tel que j'étais. J'avais aussi une coquetterie dans l'oeil gauche ce qu'un ours aurait bien trouvé utile pour la chasse car jamais ses proies n'auraient su s'il les regardait ou pas. Pendant une bonne partie de l'adolescence, cela a continué pareillement, un de mes amis m'avait trouvé un surnom : "Ma boule", ce qui donnait "Mau-Mau t'es ma boule". Je laisse cette blague pour expliquer l'origine de mon surnom ce qui, je pense, ne manquera pas de passionner les dizaines de biographes qui se pencheront sur mon existence plus tard, n'en doutons pas. J'ai alors regretté de ne pas ressembler à ces types, qui sur les écrans ou dans la vie, semblaient tellement sûrs d'eux, tellement à l'aise. Au lycée, j'étais le nounours de la classe, un "teddybear" pour les autres, j'étais "la petite boule stressée" que l'on voyait foncer au loin sur une des passerelles de la gare quand j'étais en retard. Je ne comprenais plus toutes ces choses, que les autres élèves m'appréciaient vraiment pour ce que j'étais alors que, moi, je ne voulais plus être moi. A l'université, c'était pire que tout, j'étais désespéré puis quelqu'un m'a vanté mes rondeurs voluptueuses. Mais pour moi qui ne voulais plus être moi, elle se moquait de moi, c'était certain.

J'ai trouvé une annonce qui se proposait de m'envoyer au Proche Orient pour y être au départ, professeur de français, c'est du moins ce que je croyais. Là-bas, mon apparence n'avait aucune importance et j'ai recommencé à trouver qu'être moi ce n'était pas si mal : les petits voleurs dans les rues de la Vieille Ville, je les connaissais tous au bout de six mois, m'appelaient "Boumba" ce que je n'ai pas besoin de traduire et quelqu'un que je voyais souvent avait décidé de me nommer "Boule de suif". Au début, ces surnoms m'agaçaient, puis finalement, "Boule de suif" dans le conte de Maupassant ne songe qu'à se faire accepter et se fait mépriser par des personnes beaucoup plus méprisables qu'elle dont elle sauve la vie, et quant aux petits voleurs, j'étais plus proche d'eux que bien des gens qui prétendaient connaître cette région du monde. Et ceux qui me connaissaient bien et que j'aimais ne m'appelaient plus seulement "Boumba" mais "Coeur blanc". Quand je suis rentré de ce pays qui est pour moi maintenant ma terre promise aussi, je suis retombé dans mes anciens travers, c'est comme si je n'avais rien compris à ce qui s'était passé pendant ces deux années heureuses malgré les fâcheux qui parfois me réduisaient comme d'autres avant à mon ventre, jaloux peut-être du bonheur que je vivais. J'ai réussi à dégonfler un temps de nombreux kilos en trop mais comme je ne voulais toujours pas être moi, cela ne servait pas à grand-chose.

Et puis, il y a quelques semaines, quelqu'un m'a donné ce désir de me retrouver enfin, mais chut, c'est un secret, je crois que je suis un peu amoureux...

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