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PORTRAIT

Henri VALACHMAN



La Médaille des Justes n'est pas juste une médaille...


M. Levyne remet la médaille à la famille Monod
M. Levyne remet la médaille
à la famille Monod
Le 30 septembre dernier, Gérard et Madeleine Monod, propriétaires du Château de Montgardé, ont reçu à titre posthume le titre de "Justes parmi les nations", pour avoir sauvé 2 enfants juifs et leur mère sous l'occupation.
Une cérémonie très émouvante pour rendre hommage au courage et à l'humanité.
Sous l'égide du Comité français Yad Vashem, plus de 150 personnes avaient fait le déplacement pour assister à la cérémonie et honorer la mémoire du couple Monod, toutes générations confondues.
La médaille des Justes est la plus haute distinction décernée par l'Etat d'Israël. Seuls 2646 français l'ont reçue à ce jour.
"Cette médaille", explique M. Levyne, délégué régional du Comité français pour Yad Vashem, "n'est ni une récompense, ni une décoration. C'est bien plus. C'est un véritable témoignage de gratitude éternelle envers ceux qui ont pris des risques en sauvant des juifs pendant l'occupation".
Séquence émotion et fierté pour Anne-Marie et Simone, les filles de Gérard et Madeleine Monod.

UNE HISTOIRE DANS L'HISTOIRE

Propriétaires d'un complexe hospitalier à Paris, M. et G. Monod avaient été prévenus par leur pasteur du danger que couraient Denise, 8 ans, et Henri, 17 ans, ainsi que leur mère lors des rafles nazies. Leur père, Zadoc Valachman avait été arrêté en 1941 puis déporté et gazé à Auchwitz en 1942. Cette famille devait donc être cachée.
Le couple Monod a alors fait venir les enfants dans sa propriété de Montgardé et a placé Henri dans la famille de métayer du château, les Hague. Il y travailla comme jardinier et eut la vie sauve. Denise, quant à elle, a été placée à l'orphelinat situé dans le domaine et tenu par les soeurs Diaconesses dans lequel elle resta 6 mois et dont elle partit précipitamment à l'annonce d'un contrôle imminent. La petite fille resta finalement cachée dans l'appartement de la famille Monod jusqu'à la fin de la guerre.


JUSTE MERCI POUR LA VIE !

Denise et Henri Valachman
Denise et Henri Valachman
"J'ai gagné 64 ans de vie, gardé ma soeur et réussi à fonder une famille".
Henri Valachman, très ému, aux côtés de sa soeur Denise, a tout simplement remercié les Hague de l'avoir accueilli et d'avoir été pour lui une vraie famille pendant ces 4 ans passés dans les Yvelines. Denise, à son tour, les larmes aux yeux, s'est exprimée avec une grande humilité pour rendre hommage à ces Justes qui "ont eu le courage de lui sauver la vie". Un discours très émouvant, sobre et d'une grande dignité.


LE DEVOIR DE MÉMOIRE


4 élus du Conseil municipal des Enfants se sont joints à la cérémonie pour représenter les petits Aubergenvillois mais aussi pour lire un discours. Les jeunes conseillers ont été très touchés par cette remise de médaille.
Claire : je suis venue en renfort au cas où l'un des 2 membres du CME qui devaient lire le discours serait absent. J'ai lu et relu le texte avant la cérémonie pour ne pas bafouiller. Même si je ne suis pas intervenue, je suis très contente d'avoir été là. C'était très émouvant. L'histoire d'Henri et Denise est vraiment très triste. Je me souviens exactement de ce qu'ils ont dit et raconté. J'ai surtout retenu que grâce aux gens qui les ont accueillis, ils ont pu rester en vie. C'était important que l'on soit là, pour témoigner nous aussi auprès des enfants de ce qui s'est passé dans l'histoire.

Sources : AUBERGENVILLE INFOS - Novembre-Décembre 2007
De confession protestante, Gérard et Madeleine possédaient des parts dans le complexe hospitalier des Diaconesses à Paris XIIème, rue du Sergent Bauchat et sont mis au courant par le Pasteur Lauga qu'une famille juive est recherchée. Le père, Zadoc Valachman est arrêté en 1941 puis déporté à Auschwitz le 25 juin 1942 par le convoi n°4, il y sera gazé le 12 août 1942.
Il faut d'urgence que Madame Valachman et ses 2 enfants – Henri et Denise - soient mis en sécurité. Sur recommandation de Gérard et Madeleine Monod, parents de 5 enfants, la maman Cyla Valachman est cachée comme infirmière à l'hôpital des Diaconesses à Paris où elle restera employée jusqu'à la Libération.
Henri, alors âgé de 17 ans, est envoyé au Château de Montgardé appartenant à Monsieur et Madame Monod où il travaille comme jardinier chez les Haag, fermiers-métayers sur la propriété. Denise, 8 ans, séjourne pendant 2 mois à l'orphelinat situé sur la propriété des Monod et fréquente l'école du village d'Aubergenville.
Des religieuses ayant été averties de l'imminence d'un contrôle et d'une rafle éventuelle, Denise est ramenée d'urgence à Paris où elle reste cachée dans l'appartement de Gérard et Madeleine, avenue Henri Martin.

à la Libération, Denise et Henri retrouvent leur mère.

Tous 3 doivent leur survie à la conduite héroïque de Gérard et Madeleine : Henri Valachman et Denise Alliany leur en sont reconnaissants et expriment leur gratitude aux habitants et employés municipaux du village d'Aubergenville.

Sources : LES JUSTES DE FRANCE - YAD VASHEM

30.09.2007 - Remise de la médaille des justes

à Noémie et Gérard Monod...

Plusieurs d'entre vous m'ont demandé pour quelles raisons Yad Vashem avait attribué la Médaille des justes à mes parents, Noémie et Gérard Monod. Je leur ai répondu qu'ils auraient la réponse lors de la cérémonie d'aujourd'hui. Mais comme j'ignore ce qu'il sera dit, j'ai préparé un texte que Jean Rémy Schneider et sa sœur Léonor vont vous lire maintenant, à partir d'une très belle lettre qu'Henri Valachman m'a envoyée en Juin dernier, à laquelle j'ai ajouté quelques compléments.

"Je suis la plus jeune enfant de Noémie et Gérard Monod. J'avais tout juste 8 ans quand la guerre de 1939 a commencé. à l'époque j'étais une petite fille alerte et bavarde. Avec prudence mes parents n'avaient pas jugé utile de me dire que Léon Haag, à leur demande, cachait à la ferme un jeune homme juif. Jusqu'à récemment, j'ignorais tout de l'existence d'Henri Valachman. En revanche, je savais que Claire et ses enfants, dans la maison du jardinier, étaient juifs, et qu'il y avait aussi des juifs parmi "les enfants de Soeur Hélène".
Il arrivait assez souvent à la maison que nous parlions des persécutions infligées aux Juifs. Je me souviens distinctement du moment où les nazis leur ont imposé de porter l'étoile jaune. Nous étions indignés, tristes aussi, je me souviens de mes larmes… Je trouvais naturel d'avoir envie d'aider les juifs : nous étions une famille protestante, en leur temps les protestants aussi avaient été persécutés…

Ici commencent les souvenirs d'Henri :


Mon père a été arrêté en mai 1941, il a été déporté à Auschwitz le 25 juin 1942, convoi n° 4. Il est décédé le 12 août 1942.
Ma mère s'était fait opérer à la clinique des Diaconesses de la rue de Reuilly à Paris ; là, elle avait connu le Pasteur Lauga, qui, avec l'aide des Sœurs, la cachèrent pendant l'occupation nazie ; ils ont reçu la médaille des justes ; plusieurs juives étaient également cachées avec ma maman.
Le Pasteur Lauga nous avait fait connaître monsieur et madame Monod. Ce sont eux qui prirent en charge ma petite sœur dans leur orphelinat qui se trouvait dans leur propriété à Mongardé.
En effet, les Diaconesses de Reuilly s'étaient entendues avec mes parents pour transporter leur orphelinat dans la "petite maison" de Mongardé. Les enfants, pensaient-ils, y seraient plus en sécurité. On pouvait espérer que le ravitaillement serait un peu moins difficile.
J'ai retrouvé, de la Préfecture de Seine et Oise, un récépissé de déclaration d'ouverture de la colonie de vacances à Mongardé "Aubergenville", pour enfants entre 3 et 14 ans, daté du 8 juillet 1942.
Les enfants allaient à l'école dans le village de Nézel, en dessous de Mongardé, cela faisait une bonne trotte ! C'est là aussi que les Sœurs s'approvisionnaient : on mettait les denrées dans un "char suisse" que mes parents avaient mis à leur disposition et on remontait jusqu'à Mongardé. Comme la route était très en pente, c'était sportif !!!
Les Sœurs et les enfants restèrent jusqu'à la libération de Paris.
En octobre 1943, monsieur Monod m'emmena dans sa voiture à Mongardé et m'a présenté à son jardinier en lui demandant de me prendre comme commis.
Là commence mon année à Mongardé, ponctuée de travaux auxquels je n'étais pas habitué : les longs bêchages d'automne, ratisser les feuilles mortes dans les bois pour en faire du terreau, abattre les arbres morts, les débiter pour en faire du bois de chauffage. La nourriture était très réduite, j'avais tout le temps faim. Je mangeais les châtaignes crues que je trouvais dans les bois.
Moi qui avais toujours vécu avec des parents très unis, je ne voyais qu'un couple qui se détestait et j'en subissais les conséquences. La nourriture de base était une soupe de poireaux-pommes de terre et endives. Quelquefois, un lapin qu'on attrapait en braconnant avec un furet. Combien de fois je m'étais fait mordre par cette petite bestiole au moment de la mettre dans un sac pour aller braconner !
Souvent il fallait descendre vers Néel pour amorcer le bélier qui montait l'eau à la propriété.
Chose amusante, l'allemand qui montait chercher du lait à la ferme tentait toujours d'engager la conversation avec moi... quelle ironie !
Je travaillais donc chez le jardinier, d'octobre jusqu'à la sortie des primevères, il fallait vivre à la campagne, surtout à cette période où l'hiver était si rude.
Et puis, soudain, le soleil apparaissait, c'était le renouveau de la nature et on se sentait transformé : plus d'engelures, plus de crevasses aux mains, finies les trachéites que Sœur Hélène me soignait en me conseillant de me coucher avec une serviette mouillée d'eau froide autour du cou et de dormir avec, et ça marchait ! pas besoin d'antibiotique...
Vers cette époque, j'avais proposé à la jardinière de me donner ma ration de sucre au lieu du dessert qui consistait en une cuillère à café rase de confiture, le soir. J'avais demandé également pourquoi je ne voyais jamais ma ration J3, supplément alimentaire pour les jeunes.
Cela ne leur avait pas plu, ils ne voulaient plus de moi : j'avais tous les défauts ! Alors que moi seul travaillais, le jardinier faisait la mouche du coche. "J'étais un fainéant, je ne faisais pas l'affaire." Il avait mis du temps à s'en apercevoir, 5 mois.
Monsieur Monod était encore venu à ma rescousse et avait demandé au fermier de me reprendre.
à la ferme, c'était la nuit et le jour : premièrement, on arrivait au printemps, et les fermiers étaient si gentils ! Il y avait les deux sœurs de Monsieur Haag, ses 2 enfants, un garçon que j'aidais à faire ses devoirs et une petite fille, encore bébé ; et bien entendu Monsieur et Madame Haag. J'étais chez moi, jamais de reproches, je mangeais à ma faim, quel luxe pour l'époque !!! Tout était sur la table et je me servais comme je voulais. Le fermier m'encourageait : "Mange Henri, prends des forces !"
Ses neveux étaient avec moi : Vincent, futur ingénieur agronome, un an de plus que moi, qui se cachait pour ne pas partir travailler en Allemagne, et son frère séminariste qui, 50 ans après, se demandait ce que j'étais devenu !!!
J'avais appris ce qu'était la vie d'un fermier, à l'époque : pas de tracteur, tout se faisait à la main. Je labourais avec les chevaux Champagne, Bayard, Gamin ; ces animaux n'avaient qu'une idée : se battre !
Il fallait avoir de la poigne quand la fin du sillon arrivait. Lorsque je devais les faire tourner, ils se voyaient malgré les œillères et se dressaient l'un contre l'autre, renversant le brabant. Il fallait crier et jouer du fouet pour arriver à bout de leur lutte.
Histoire amusante : quand j'allais chercher le matin le cheval au pré, surtout Bayard, il savait très bien que c'était pour aller travailler. Il me fallait bien une demi-heure pour l'attraper ! Chaque fois que je m'approchais, il partait de l'autre côté du pré : c'était mon footing !!!
Cette vie rurale n'était pas désagréable, on travaillait en équipe, contrairement à mon travail chez le jardinier où j'étais seul toute la journée.
On faisait de la culture maraîchère qui nécessitait beaucoup de main d'œuvre.
Pas de pesticide, pas d'herbicide, il fallait sarcler à longueur de journée les champs de légumes, arracher les mauvaises herbes pour quelles n'étouffent pas les jeunes pousses naissantes. Quand les feuilles de pommes de terre sortaient, il fallait ramasser les doryphores. Je fauchais les blés à la faux, je faisais les fenaisons, je battais le blé au fléau, tout cela dans une atmosphère joyeuse.
Grande anecdote, alors que j'arrachais des pommes de terre, soudain, un pylône électrique au loin s'est écroulé et, quelques instants après, il y eut des bruits d'explosion. J'ai crié " les Américains !!!" Je suis descendu à toute vitesse à Nézel et j'ai vu la première jeep avec des soldats américains. L'instant tant attendu était arrivé.
Ils campèrent à l'abri dans le parc ; j'avais fait la connaissance d'un lieutenant juif, nous parlions en yiddish… Il m'avait embrassé comme si j'étais son frère, me couvrant de chocolats, de gâteaux.
Malheureusement, les allemands firent une contre-attaque : repli américain. Avec le neveu du fermier, je partis jusqu'à Rouen, à pied, avec l'espoir de rejoindre l'armée, cela ne fut pas possible, "ils" ne voulaient pas de nous. Nous sommes retournés à Mongardé, toujours à pied, 60 km chaque fois.
Paris libérée, je suis parti une première fois à bicyclette, avec un sac de pommes de terre sur le dos ; c'était pratique, le sac partait de chaque côté selon les coups de pédales. Je suis revenu à Mongardé toujours à bicyclette.
J'avais aidé le fermier à terminer la récolte de pommes de terre !
J'ai quitté Mongardé fin août 1944, tout le monde pleurait à la ferme, c'était très émouvant.
Mais la vie continuait, je devais reprendre mon apprentissage interrompu, respirer cet air de liberté perdu pendant 4 ans.
Dans 3 mois je vais avoir 82 ans, j'ai gagné 64 ans de vie grâce à la communauté protestante dont faisaient partie Monsieur et Madame Monod.
Je ne vous oublierai jamais...

Henri Valachman

Note du Webmaster :
Henri VALACHMAN peint et expose ses oeuvres sur le site : [Page d'exposition]

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