Suivant un programme d’assurance nationale (Bituah’ Léumi), une matavit est une aide-ménagère ou aide-soignante à domicile, censée fournir une assistance personnelle et environnementale aux personnes âgées ou handicapées, afin de leur garantir une certaine qualité de vie chez elles.
Ces personnes sont recrutées par des agences agréées en Israël.
Connaissez-vous le monde des mataviot ?
Vous êtes une personne un peu forte en âge, un peu faible des rotules, un peu déconnectée… Vous vous déplacez en tirant la langue et laissez tomber votre fricassée de poulet sauce moutarde sur votre vêtement bleu ciel.
(Hier, c’était les œufs au plat. Avant-hier, la choucroute.)
La famille s’en mêle, les services sociaux se réveillent, les médecins s’agitent : on vérifie vos capacités cognitives :
— Vous vous brossez les dents… est-ce bien du dentifrice que vous mettez sur la brosse ?
— Comment faites-vous vos courses ? Au hasard ? Avec une liste ?
(Réponse : Non… j’attends le lever du rideau entre les boîtes de petits pois et celles de haricots verts.)
— Avez-vous un suivi médical ? Est-il vrai que votre médecin hulule quand on prononce votre nom ?
Suite à cette évaluation, le Bituah’ Léumi vous attribue un certain nombre d’heures, que vous pourrez convertir en visites d’aide-ménagère à domicile.
Vous contactez alors l’une des sociétés chargées de ces missions.
En principe, vous devez expliquer vos difficultés, les jours et horaires qui vous conviennent, vos besoins spécifiques…
Et c’est là que les ennuis commencent.
Les mataviot sont souvent peu motivées.
Elles font un travail qui ne demande pas de qualification particulière, qui n’a rien de jubilatoire, qui est mal payé… et qu’elles doivent accomplir chez des gens acariâtres, hargneux, grincheux, grognons, voire carrément stupides !
Les agences recrutent ces perles avec le plus grand sérieux :
— Vous voulez travailler comme matavit, c’est bien ça ?
— Ouais, j’m’en fous.
— Très bien. Savez-vous faire le ménage ? Cuisiner ?
— J'suis maladroite, je casse tout, et j’aime pas les vieux.
— Merveilleux ! Respectez-vous des règles élémentaires d’hygiène ?
— J’sais pas, moi. J’pue pas trop, quoi.
— Excellent. Avez-vous le sens des responsabilités ?
— J’connais pas. Ça veut dire quoi ?
— Formidable ! Vous êtes engagée !
Après cet entretien d’une rare exigence, la matavit attend le moment solennel : la présentation de sa victime.
Et voici le secret que peu de gens connaissent :
LA VÉRITÉ
Les agences chargées du placement des mataviot sont en réalité issues de la grande distribution textile.
Elles ont été formées par des enseignes de fast fashion.
On leur a appris à stocker plusieurs tailles, formes et styles, et à refourguer leur marchandise sans jamais vérifier la qualité, ni la coupe, ni la provenance.
Petit aperçu du catalogue :
◊ Taille S : part avant d’arriver.
◊ Taille M : fait comme si vous n’existiez pas.
◊ Taille L : cousue au fil de mauvaise volonté, refuse de toucher à un balai.
◊ Taille XL : fatiguée dès l’entrée, s’endort sur le canapé.
◊ Taille mythique : n’existe pas.
Si, depuis des mois, on vous envoie des mataviot instables et effilochées, si elles grattent, rétrécissent, déteignent au premier lavage…
Et se désagrègent au second...
Sachez qu'on vous écoule des mataviot contrefaites en solde !