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TURLUBUC
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La caverne de Platon ? Un mythe ? Non, j'y étais !


Turlubuc et le mythe de la caverne


Petit rappel de l'allégorie de la caverne
mythe-caverne
La Grotte de Platon
attribué à Michiel Coxcie, milieu du XVIe siècle.
Musée de la Chartreuse, Douai.

Platon nous raconte l’histoire d’hommes enfermés depuis leur naissance dans une caverne.
Ils ne voient que des ombres d’objets projetés sur le mur face à eux.
Un jour, l’un d’eux est libéré.
D'abord ébloui, désorienté, il découvre peu à peu le monde extérieur : la lumière, les objets réels, la nature, et le soleil.
Il comprend alors que ce qu’il croyait être la vérité n'était qu’une arnaque…
Le mythe symbolise le chemin difficile vers la connaissance véritable.
(La République, Livre VII)

Maintenant... laissez-moi vous raconter comment tout cela s’est vraiment passé.


S
ous la voûte chaude de l’Académie d’Athènes, un public attentif se presse, assis tranquillement à l’ombre, écoutant Socrate expliquer avec ferveur le célèbre mythe à son disciple, Glaucon, pendant que Platon enregistre sur sa tablette.
Socrate dit à Glaucon :
—  Figure-toi ces hommes enchaînés dans une caverne.
Des montreurs de marionnettes font passer des statuettes d’arbres, d’hommes et d’animaux dont les ombres se projettent sur le mur…
—  Voilà, s’écrie Glaucon, un étrange tableau.
—  Assurément, de tels hommes n’attribueront de réalité qu’aux ombres. Considère maintenant ce qui arrivera si on délivre l’un d’eux de ses chaînes…



L’un des prisonniers s’appelle Turlubuc...
On le libère de ses chaînes, mais il ne bouge pas. Alors, un gardien lui ordonne :
—  Allez Turlubuc, lève-toi, tu es libre !
—  Quoi ? Et alors ?
—  Alors tu sors ! Ouste !
—  Ça ne va pas, qu’est-ce qui vous prend ? je ne sors pas moi !
Les gardiens, un peu étonnés, insistent, avancent des arguments raisonnables :
—  Ici, c’est l’ombre !
—  Tu ne vas quand même pas rester ignorant toute ta vie !
—  Et le soleil ? Tu ne sais même pas ce que c’est !
Mais Turlubuc n’entend rien et ne veut rien savoir. Il est bien comme il est, nourri, logé, il s’entend bien avec ses camarades de chaînes, tout est pour le mieux !
—  Le soleil ? Rien à cirer ! Je refuse et c’est tout !
Un parlementaire surgit en courant, la tunique à l’envers, les fibules de travers, les sandales dénouées qui clapclapent à chaque pas. Il arrive, essoufflé et tente de raisonner ce prisonnier entêté :
—  Allez, Turlubuc, ici, tout n’est qu’illusion, là-haut tu trouveras le vrai monde, les merveilles du monde intelligible.
—  M’en fous !
—  Mais… Turlubuc… dehors, il y a de l’herbe, la vraie nature, des papillons, des oiseaux, des fleurs !
—  Pourquoi moi ? Libérez quelqu’un d’autre ! C’est moi qui ai la meilleure place pour voir le film du jour : un arbre passe puis un type passe, et, lorsqu’il revient en sens inverse, là c’est l’arbre qui le suit et après, à nouveau, l’arbre passe et le type suit...
Turlubuc résiste. Il s’agrippe à ses chaînes et hurle :
—  Non, pas moi, je n’ai rien fait ! libérez les autres, moi, je reste ici !
Son obstination est telle et si inattendue que les gardiens se concertent, puis demandent au gardien-chef ce qu’ils doivent faire.
—  On le laisse et on en libère un autre, chef ?
—  Il n’en est pas question ! faites-le sortir ! manu militari et tutti, mais il faut absolument qu’il se rende dans le monde supérieur, nom d’une cacahuète crétoise ! »
Finalement, Turlubuc est soulevé de force par les gardes. Il se défend, hurle, donne des coups de pieds.
Sa résistance est vaine, on le porte presque pour le hisser au haut de la longue pente escarpée, « Ho hisse ! »
On le tire jusqu'au haut de la caverne, on le pousse, on le sort et on verrouille vite le lourd portail en bois et cuivre pour l'empêcher de revenir.
Turlubuc, tambourine violemment.
Le portail s’entrouvre à peine, juste pour lui lancer une paire de lunettes de soleil.
Hébété, Turlubuc ne comprend rien. Il est complètement perdu, il en veut à ces fadas qui l’ont expulsé de force. Sans aucune protection juridique !
« Je me plaindrai ! hurle-t-il encore, c’est une violation des Droits de l’Homme ! »
Et en plus il ne voit plus rien. Il met les lunettes de soleil, en regrettant qu’on ne lui ait pas laissé le temps de se débarbouiller un peu, de prendre quelques provisions.



Socrate continue :
« Il aura je pense besoin de temps pour s’habituer à voir. D’abord, ce seront les ombres qu’il distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, il pourra affronter la clarté des astres et de la lune, A la fin j’imagine, ce sera le soleil… »



Turlubuc attendra la nuit pour voir la lune



Pendant ce temps-là, sur la place publique d’Athènes, une sonnerie discrète retentit dans l’assemblée, puis quelqu’un tape sur l’épaule de Socrate :
—  C’est pour toi Ô grand Maître…
Socrate s’éloigne à nouveau, et prend la tablette qu’on lui tend :
« Allô ? Quoi ? Par Zeus ! »
Il paraît hésitant et se tourne vers Glaucon :
« Imagine mon cher Glaucon, que cet homme, dont les yeux sont aveuglés par le soleil ne veuille redescendre dans la caverne et s’asseoir à son ancienne place ? »



Après une bonne nuit de sommeil, Turlubuc se met en route.
Il croise des fleurs, des rivières, des lapins.
En apercevant des arbres, il devient presque fou de reconnaissance. Il s’assied au pied d’un vieux chêne indolent, et attend de le voir passer devant lui ; mais l’arbre ne bouge pas.
Après plusieurs heures de vaine attente, Turlubuc commence, enfin, son apprentissage de l’intelligence.



Sur la tribune, Socrate discoure toujours, Glaucon écoute et Platon continue à enregistrer.
« Glaucon, imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s’asseoir à son ancienne place : n’aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil ? Et s’il essaie de parler avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, de leur raconter que la vérité est ailleurs, ne riront-ils pas à ses dépens, et ne diront-ils pas qu’étant allé là-haut, il en est revenu sans raison, de sorte que ce n’est même pas la peine d’essayer d’y monter ? Et s’il tente de les délier et de les conduire en haut, ne le tueront-ils pas ? »



Ce que Platon n’a pas rapporté, c’est que Turlubuc, dans son errance sur les chemins de la Vérité et du Bien, rencontrera une jeune fille du nom de Julie qui lui fera vite oublier ses compagnons d’infortune de la caverne.
« Y retourner ? Moi ? jamais de la vie ! Hein, ma Julie  ? »


Fin

Illustration : La Grotte de Platon, attribué à Michiel Coxcie, milieu du XVIe siècle. Musée de la Chartreuse, Douai.



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