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François Sanders

Mon collège pourri

couloirs d'une école
Photo de kyo azumasur

Ce texte m’a profondément touchée.
Je remercie son auteur de m’avoir autorisée à le publier ici.
nvb

Je pourrais vous parler des élèves à qui on dit cinq fois calmement de se taire et qui ne comprennent que quand on gueule...
Je pourrais vous parler de ces gosses qui se moquent ouvertement de ma fiole au CDI de manière à la fois basse et grossière et de toute possibilité d'instruction...
Je pourrais vous parler de ces gosses à qui j'ouvre les toilettes du CDI et qui les salissent en cinq secs comme des sagouins, pire que des clochards dans une gare...
Je pourrais vous parler de ces collègues qui rigolent avec les gamins...
Des complexes de ces adultes qui ont laissé tomber toute envie de changer quoi que ce soit...
Je pourrais vous parler de ces ados qui ont l'ignorance assumée et tranquille...
Je pourrais vous parler de ces crétins pour qui savoir que je viens de région parisienne est suffisant pour me dire infréquentable.
Etc...Etc...

Vous n'en aurez strictement rien à foutre car pour la plupart d'entre vous, à de rares exceptions, vous en êtes resté à l'école dans les photos de Doisneau, ou à idéaliser vos années d'école à vous...
Vous n'avez aucune conscience à de rares exceptions encore du désastre absolu que sont l'école et l'éducation des enfants en 2026.
Et de toutes façons j'en ai assez de prêcher dans le désert.
Il y a deux mois des gamins m'ont menacé de faire ma fête, ils m'appellent le gros porc, le gros lard et depuis jeudi une sale m...e, je ne me sens pas la vocation d'un Samuel Paty et ou d'un Dominique Bernard, je ne veux pas ruiner ma santé à cause de parfaits crétins, et pourtant dieu sait qu'elle est déjà bien abîmée...



Juin 2026... Deux semaines plus tard

Mardi 17h - j'ai failli me faire casser la figure par des élèves et des lycéens sur le parking du collège.

Je n'ai dû mon salut qu'à mon instinct de survie et parce que je gueule fort. Quand on fait ce qu'il faut automatiquement sans y penser. Et tu es venue me chercher.

J'ai failli être une photo en noir et blanc pour dire "plus jamais ça ". Et puis que ça recommence ailleurs.

J'avais une foule hurlante de gamins haineux prête à me lyncher dans mon dos. J'ai pensé ironiquement à la fresque sur l'inclusion qui orne les murs du collège.

Je n'ai pas envie de finir en héros de l'éducation.

héros de l'éducation

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