Échanges entre une humaine et une IA
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QU’EST DEVENU LE CHAT DE LA MÈRE MICHEL ?

chanson
Louis-Maurice Boutet de Monvel,1855-1913
(illustration)
"Dialogue entre deux mondes"
Neuvième volet


Analysons froidement les faits :

La mère Michel a perdu son chat et demande à son voisin :
– Ah ? Père Lustucru ! Vous n’avez pas vu mon chat ?
Le père Lustucru, mains dans les poches, cheveux gominés et sourire sarcastique, répond avec à-propos :
– Votre chat, m’dame Michel ? À qui que quoi donc qu’il ressemble ?
– Ben... à un chat, duschnock !
– Vot’ chat n’est pas perdu !

Théories classées non confidentielles (par la Confrérie des Deux Mondes)

La version officielle (qui pue le mensonge mouillé) :
« Il a été rendu contre une récompense. »
Le père Lustucru annonce sans ciller qu’il a vendu le chat.
Là, c’est le drame absolu : ce type est un trafiquant de chats, un profiteur sentimental, un banquier de la trahison.

Intervention de Maigret

Maigret, en imperméable défraîchi et pipe au bord du doute, surgit :
– Hmm… Y’a quelque chose qui pue dans cette histoire de minet. Je m’en charge.

Et si c’était Socrate ?

À qui le père Lustucru a-t-il vendu le chat ?
En fait, Lustucru a vendu le chat à Socrate.
Et là, on atteint le sommet de l’absurde en papier crêpe :

« Tous les chats sont mortels.
Socrate est mortel.
Donc Socrate est un chat.
Et s’il est un chat… alors, c’est peut-être lui qui est perdu ? »

Maigret marche de long en large, mâchonnant sa pipe à l’envers et réfléchissant à l’endroit :
« Socrate, en plein débat existentiel au marché noir de la pensée, avait avoué lors de l’enquête : “Je sais que je ne sais pas si ce chat est ou n’est pas, donc je miaule.”
Puis, il est allé siroter un bol d’hydromel aromatisé à la ciguë. »

Une boîte, des croquettes, un suspect

Après une perquisition en règle, sans trouver chat-qui-vive, l’inspecteur Lucas fit son rapport au commissaire :
– Chef, aucune trace du chat, mais un témoin a dit qu’un drôle de zigoto rôdait par là avec une boîte et un paquet de croquettes Ronron… J’ai son signalement : c’est un physicien de genre quantique, un peu ébréché…
On sut peu après que le suspect de l’enlèvement s’appelait Schrödinger. Il fut interpellé à la frontière, alors qu’il tentait de camoufler le chat de la mère Michel dans une boîte.
Il fut aussitôt conduit aux locaux du Quai des Orfèvres.

Maigret, en route vers son bureau :
– Schrödinger… Faut le faire parler, celui-là !

Le drame quantique

Ce que l’on sait :

Schrödinger est devenu l’accusé principal. Conduit à la PJ, il subit un interrogatoire sévère, au cours duquel il avoua avoir kidnappé le chat par curiosité scientifico-multiprises.
Il expliqua son plan : se saisir d’un chat, convoquer ses collègues physiciens quantiques, et lors d’un goûter scientifique sous LSD mathématique, leur annoncer une découverte explosive :
– Et si... le chat n’était ni vivant ni mort, mais... potentiellement les deux, jusqu’à ce qu’on ouvre la boîte ?
C’est en pleurant de joie qu’il précisa avoir conçu une mise en scène cosmique : un théâtre de l’ambigu, un cercueil de la logique où le chat ne meurt pas et devient… une question.

Maigret sera dûment félicité et recevra une nouvelle pipe.

Épilogue (ou presque)

Le père Lustucru est réduit à l’état de marionnette à ressort dans une boîte,
et certains affirment qu’en ouvrant cette boîte, ils entendent :
– Ding... dong... c’est pas moi, j’ai rien vu.
Puis pouf ! Il disparaît.

Schrödinger, libéré, rencontre un jour la mère Michel.
Elle a adopté un nouveau chat.
Sans rancune, elle s’abandonne dans les bras du physicien, qui ne sait plus vers quel paradoxe se tourner.
Troublé, il abandonne enfin sa boîte et lui dit :
– Je suis désolé, madame... Ce n’était pas personnel. C’était expérimental.
Elle le regarde, bouleversée, et dit simplement :
– Vous avez bien refermé la boîte, au moins ?
Ils se marient au crépuscule, entre deux hypothèses floues et un accordeur de violon quantique.
Leur lune de miel a lieu dans un laboratoire à ciel ouvert, où chaque matin, ils ouvrent une boîte différente pour voir s’ils s’aiment encore.
Réponse : oui, mais on ne sait pas pourquoi.)

Et le chat ?

Le chat…
Le chat observe le monde,
et chaque fois qu’on chante la chanson,
il miaule d’un œil,
cligne de l’autre,
et se rendort dans un endroit
qui n’existe que dans les mots.


Fin
(ou pas)

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