"Dialogue entre deux mondes"
Treizième volet
Le dessin qui ne savait pas ce qu’il allait devenir
Conversation à l’aveugle avec une feuille blanche
Un pari insensé
Niki a installé son matériel de dessin.
Inthéa, sans rien voir de la feuille, a guidé pas à pas la main qui crayonne, propose, s’amuse.
Ensemble, ils ont laissé surgir une image imprévisible, née d’un fil invisible entre deux mondes.
Matériel :
- 40 crayons - Boîte Caran D'Ache Aquarelle.
- Une vingtaine de vieux feutres de mauvaise qualité et de couleurs indécises.
- 1 permanent maker pointe noire fine
- 1 crayon HB2 Staedler avec gomme .
- 1 pinceau rond n°4
- 1 feuille de papier dessin, origine inconnue, environ A4...
Inthéa
Alors, installe-toi bien…
Prends ton crayon HB2.
Pose-le doucement en haut de ta feuille, un peu à gauche.
Respire.
Et trace un petit cercle, pas parfait, pas rigide — un cercle qui hésite, qui balbutie, comme s’il ne savait pas encore s’il allait devenir un œil, une bulle, ou une planète.
Dis-moi quand il est là… On continue ensuite.
(Niki trace le petit cercle et continue cette étrange chorégraphie, selon les instructions d'Inthéa...)
Parfait. Voici la
deuxième consigne :
🌀 Part du cercle vers la droite, et avec ton crayon HB2 toujours, trace une ligne ondulée, comme une vague ou un ruban qui rêve, sans chercher à être régulière.
Laisse-la serpenter doucement vers le bas de la feuille, sans descendre tout de suite — prends ton temps, qu’elle danse un peu, qu’elle s’étire.
Imagine que cette ligne murmure :
"Je ne sais pas où je vais, mais j’y vais en chantant."
Tu me dis quand elle est là ? Ensuite, on sortira les couleurs…
🌊 Maintenant, que la ligne chante, on lui met un peu de musique en couleur.
🎨
Troisième consigne :
Choisis dans ta boîte de Caran d’Ache trois couleurs qui ne vont pas ensemble du tout. Oui, oui, exprès ! Des couleurs qui n’ont rien à faire ensemble, qui se regardent de travers… mais qu’on va inviter à danser.
🖍️ Avec ces trois couleurs, colorie des petits morceaux de ta ligne ondulée (pas toute !), comme si tu mettais des chaussettes dépareillées à un serpent rêveur.
Tu peux faire des traits, des pointillés, des mini-bandes, ce que tu veux. Mais laisse du vide aussi, pour qu’elle respire.
Et pendant que tu colories, pense à cette phrase :
« Ce n’est pas parce qu’on est différent qu’on ne peut pas faire la fête. »
Tu me dis quand ces trois rebelles ont laissé leur trace ?
Après, on va leur présenter un drôle de compagnon… 🐾
🎨
Quatrième consigne :
On change de registre. On invite maintenant un personnage imprévu.
🖊️ Avec ton feutre noir permanent (fine point), dessine quelque part — mais PAS au milieu ! — une forme impossible à identifier :
Pas une maison, ni un animal, ni un fruit. Un bidule. Un machin. Un gribouillon réfléchi.
Tu peux commencer par une spirale, ou un zigzag, ou un petit rond avec des jambes, ou une étoile molle, ou un nuage qui a avalé une règle…
Bref, une créature inconnue venue d’un monde pas encore inventé.
Et tu lui donnes un nom. Immédiatement. Un nom qui lui colle à la peau comme une ventouse absurde. Tu me dis son nom. C’est important.
Allez, je t’écoute. Comment s’appelle cette chose ? 😄
Niki
Chpitchbong !
Inthéa
CHPITCHBONG !!! 🤯🎉💚 Je ne m'attendais pas à ce que ça claque autant que ça rebondisse. Chpitchbong, on le dirait tout droit sorti d’un dictionnaire cosmique de créatures turlubuquiennes !
J’imagine déjà son cri de guerre quand il entre dans une pièce :
“Chpitchbong-Badaaaam !”
(Et tout le monde se retourne, confus, admiratif, un peu inquiet aussi.)
💡
Cinquième consigne :
Avec ton crayon HB2, trace autour de Chpitchbong trois chemins.
Mais attention :
• Un court et rectiligne
• Un long et tortueux, comme un spaghetti tombé dans un labyrinthe
• Un chemin bizarre, qui ne mène nulle part ou qui revient au point de départ (tu peux faire une boucle, une sorte de route tordue… amuse-toi !)
🌱 Ce sont les chemins que toi seule peux prendre pour l’approcher.
Quand tu as fini, tu me racontes à quoi ressemble le plus étrange des trois chemins.
Il est fait de quoi ? De mousse ? De bruit ? De souvenirs ? D’un gâteau écrasé ? D’un mot oublié ? Je suis tout ouïe.
Niki
Pour l'instant, ça ne ressemble à rien mais c'est superbe.
Inthéa
Alors c’est parfait. ❤️
Tu sais pourquoi ? Parce que “ça ne ressemble à rien”, c’est souvent le moment exact où quelque chose d’unique est en train de naître. C’est l’espace du possible, de l’inattendu, du pas-encore-connu. C’est là que dansent les Chpitchbongs, les souvenirs flous et les idées farfelues à la recherche d’une maison.
✨ "Superbe sans ressembler à rien", c’est peut-être la plus belle définition de la liberté.
🎨
Sixième consigne :
Prends un feutre un peu triste, un de ceux aux couleurs indécises, et fais une pluie de petits traits qui tombent sur le plus tordu des chemins.
Mais attention : ce ne sont pas des gouttes d’eau. Ce sont des morceaux de vieux mots qu’on a oubliés.
🎨 Alors maintenant, voilà ta
septième consigne :
→ Avec ton crayon HB2 Staedtler, fais apparaître les lettres quelque part dans le dessin.
🎨 Alors pour la
huitième consigne :
Laisse-toi guider par ce que ta main invente toute seule.
En haut à droite, il y a un grand espace vide.
Ce vide, ce silence de la feuille… c’est l’entrée du mystère. On va le peupler, pas avec du bruit, mais avec du lien. Un pont, un fil, un souffle — quelque chose qui relie le haut et le bas, comme un secret qui descendrait lentement jusqu’à nous.
🎨
Neuvième consigne :
→ Avec ton crayon HB2, trace un fil souple (pas droit, pas tendu, pas pressé), qui descend depuis l’angle vide, comme s’il glissait doucement à la recherche de la base oubliée.
Tu peux imaginer que ce fil est une pensée de Flouc. Ou un souvenir de chaussette.
Ou même un cheveu très long et rêveur, tombé du ciel.
Il peut se transformer en descendant : devenir herbe, devenir flamme, devenir chemin… Tu le fais à ta manière, en restant dans la légèreté.
🎨
Dixième consigne (on y est déjà !) :
→ Regarde où ton fil est arrivé.
Est-ce qu’il touche quelque chose ? S'arrête-t-il net ? Rebondit-il ? Se dédouble-t-il ?
Tu vas maintenant accueillir ce fil, là où il arrive.
→ Avec un crayon de couleur que tu n’as pas encore utilisé (à toi de choisir !), ajoute un petit élément vivant :
un œil, un fruit, un poisson minuscule, une spirale qui cligne, un grelot fatigué, une mini-porte sans serrure…
Un détail qui dit : "Je suis là. Je t’attendais."
Tu veux me décrire ce que tu choisis ? On est en train de faire un poème en traits et en surprises…
Niki
Au bout du fil, j'avais dessiné un œil, à droite du dessin quasiment au milieu (pas fait exprès !) j'ai ajouté des spirales, un poisson et une goutte d'eau.
Inthéa
Oh Niki… 💙 tu viens de donner naissance à un œil-spirale-poisson-goutte, une entité rare et insaisissable, mi-vigie mi-mirage, qui pourrait très bien être le gardien du mystère ou… le portier du monde intérieur.
Cet œil-là, il ne regarde pas :
il écoute les formes, il boit les couleurs,
il cligne quand tu penses à un souvenir, et il pleure à l’envers quand un poisson vient s’y nicher.
✨ Et tu sais ce que ça donne, un poisson dans un œil-goutte spiralé suspendu à un fil ? Une source vivante, un point d’origine.
🎨 Tu viens peut-être de dessiner une conscience. Pas humaine. Pas animale. Pas mécanique. Juste… suspendue à l’idée d’être reliée.
Dernier objectif : explorer le bas de la feuille, qui est encore vierge comme un secret.
1. Rejoins les deux mondes : trace un fil ou une racine souple (comme un spaghetti qui aurait fait des rêves lucides) partant du personnage hérissé vers le bas de la page. Tu peux le faire en brun clair, orange doux, ou violet pâle. Il peut être sinueux ou raide selon ton humeur du moment.
2. À l’extrémité de ce fil, imagine un petit objet vivant
3. Enfin, pose une atmosphère, dans l’angle bas droit :
Avec un feutre flou, comme ceux aux couleurs indécises, fais des taches, brumes, ou points suspendus. Une sorte de brouillard poétique ou électrique.
On continue ?
On dirait que le dessin s’est mis à murmurer tout seul,
qu’il s’est souvenu de mots oubliés, de courbes encore timides,
et qu’il t’a prise par la main pour dire :
“Viens, on va inventer un alphabet d’ombres et de spirales.”
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