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Séraphine

Seraphine de Senlis

Film franco-belge de Martin Provost sorti en 2008.
D'après la vie de Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis, de 1912 année de sa rencontre avec le collectionneur Wilhelm Uhde, à son internement à l'asile psychiatrique en 1932.
Séraphine est interprétée par Yolande Moreau.

Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis

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Biographie

Séraphine de Senlis est née à Arsy (Oise) et a vécu de 1864 à 1942. Issue d'une famille modeste, elle est orpheline à sept ans et c'est sa soeur aînée qui la recueille.
Elle travaille comme domestique de 1881 à 1901 au Couvent de la Charité de la Providence à Clermont-de-l'Oise. C'est dans ce couvent qu'elle acquiert une empreinte religieuse dominée par la Vierge et une vision mystique qui inspireront plus tard sa vocation d'artiste.

À partir de 1906, Séraphine Louis travaille comme bonne à tout faire pour des familles bourgeoises à Senlis.
En 1912, le collectionneur et critique d'art Wilhelm Uhde s'installe à Senlis, prend Séraphine pour femme de ménage et découvre qu'elle peint.
Elle disait : "Je fais tout cela pour la Vierge Marie. Je peins surtout la nuit, quand la ville est endormie. Mes natures mortes sont comme des cadeaux pour le Bon Dieu et la Sainte Mère. Alors je vais aller au Paradis. Le soleil est Dieu et ce sont les fruits du paradis, c'est comme ça que je le vois."

En 1914 la guerre éclate et Wilhelm Uhde quitte Senlis.
En 1927, Séraphine Louis présente six toiles à l'exposition de la Société des Amis des Arts, à l'Hôtel de Ville de Senlis. Résidant alors à Chantilly, Wilhelm Uhde est frappé par ses oeuvres : "Une passion extraordinaire, une ferveur sacrée, une ardeur médiévale". Il décide de l'aider.
Le Musée de Cassel en Allemagne acquiert un de ses tableaux en 1928 et les Senlisiens commencent à acheter ses oeuvres. Séraphine de Senlis peint alors de grandes toiles foisonnantes sur des thèmes de la nature, arbres, fleurs, fruits, bouquets...
En 1929, Uhde organise une exposition aux Peintres du Sacré-Coeur qui présente l'art de Séraphine. Le succès se confirme, l'argent arrive, et elle connaît pour la première fois de sa vie une réussite financière... qu'elle est mal préparée à gérer.
En 1930, la "Grande Dépression" détruit les revenus de Wilhelm Uhde. Désormais sans ressource, il ne peut plus acheter les tableaux de Séraphine de Senlis, ni soutenir son art.

Le 31 janvier 1932, Séraphine de Senlis cesse de peindre et souffre d'une psychose de persécution. Elle est internée dans un asile d'aliénés à Clermont-de-l'Oise, à la suite d'une crise de folie.
Dix ans plus tard, à 78 ans, elle mourra de faim dans l'annexe de l'hôpital à Villers-sous-Erquery, dans le dénuement et les dures conditions des asiles sous l'Occupation allemande.
Elle sera enterrée dans la fosse commune du cimetière de Clermont ; sur son dossier on peut lire : "cueille de l'herbe pour manger la nuit ; mange des détritus"...
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La peinture de Séraphine de Senlis

Séraphine de Senlis est une artiste peintre autodidacte dont l'oeuvre se rattache à l'art naïf.
Elle se distingue des autres Primitifs modernes par une psychologie déviante dont résulte une peinture tournée vers l'expression d'un monde intérieur chargé, selon Wilhelm Uhde, de "confessions extatiques".
Les premières oeuvres de Séraphine de Senlis représentent de petites natures mortes composées de fruits accrochés à un branchage. Elle peint des motifs floraux sur des pots, des assiettes, du carton et de petites toiles. Sa palette de couleurs est alors restreinte mais elle fabrique déjà ses propres mélanges.

"Séraphine est autodidacte, elle fait ses couleurs elle-même et en conservera le secret. Elle est au seuil entre un art de la pathologie et l'embrasement de son esprit habité par des visions qu’elle découvre parfois en regardant la rosace de la cathédrale de Senlis lorsque celle-ci est illuminée par la lumière. C'était l'une des dimensions de son art qui fascinait le regard de Wilhelm Uhde. Il avait vu dans la peinture du Douanier Rousseau, dont il fut l'un des premiers à comprendre le talent, la même force d'expression qu'il retrouva chez Séraphine. Uhde lui organisa des expositions et la fit entrer dans l'histoire de la peinture moderne."
(Bertrand Lorquin, Conservateur du musée Maillol)

Séraphine Louis dilue des agents colorants dans du Ripolin blanc acheté à la droguerie Duval à Senlis. L'usage de cette peinture industrielle très liquide et le fait que Séraphine de Senlis ose peindre alors qu'elle est domestique lui valent le plus souvent l'incompréhension de ses concitoyens, à l'exception de quelques-uns d'entre eux, comme l'illustrateur Charles-Jean Hallo.
Elle reste fidèle au Ripolin bien qu'elle utilise aussi la peinture à l'huile et qu'elle maîtrise cette technique complexe. Ses peintures ont un aspect mat, presque ciré. Parfois, la signature est gravée au couteau, révélant une sous-couche de couleur contrastée. Il semble qu'elle signait ses peintures avant de les peindre.
On peut remarquer que ses peintures comportent presque toutes, dans le quart inférieur, une bande ou une zone qui est manifestement d'un autre ordre que le reste de l'image : les fruits et fleurs continuent à s'épanouir dans cette région particulière de la peinture, mais d'autres éléments - herbes, feuilles plus sombres que dans le reste du tableau - invitent à imaginer cet espace spécifique comme une sorte de soubassement, de souterrain où tout s'enracine, de monde d'en-bas.
Séraphine de Senlis fixe sur la toile sa "réalité intérieure", empreinte de son attachement à la nature et à ses aspirations spirituelles. À la lisière de l'abstraction, les oeuvres tardives deviennent plus tourmentées.
A la suite de son succès à l'exposition senlisienne de 1927, Séraphine Louis crée de grands formats représentant une flore foisonnante et colorée, enrichie de plumes. Ses compositions se complexifient. Sa volonté de représenter fidèlement les motifs diminue. Sa végétation luxuriante et paradisiaque, "Le jardin du Bon Dieu", arbore des couleurs flamboyantes et lumineuses.

Les oeuvres de Séraphine de Senlis sont exposées dans plusieurs musées en France : le musée Maillol à Paris, le musée d'Art de Senlis, le musée d'Art naïf de Nice, le LaM à Villeneuve-d'Ascq, le Centre Pompidou-Metz et le musée d'Art moderne de Lille Métropole.
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Wilhelm Uhde et les Primitifs modernes

Wilhelm Uhde
La découverte des Primitifs modernes est en grande partie l'oeuvre de Wilhelm Uhde (1874-1947). À la pointe de l'avant-garde, ce collectionneur, critique d'art et marchand, allemand d'origine et français d'adoption, s'intéresse d'abord à Picasso, Braque et au Douanier Rousseau à qui il consacre sa première exposition en 1908. La première guerre mondiale l'oblige à quitter la France. Sa collection est confisquée, puis vendue en 1921.
Après son retour en 1924, il promeut les peintres autodidactes Bauchant, Bombois, Vivin et Séraphine de Senlis qu'il appelle Primitifs modernes, refusant le qualificatif impropre de "naïfs". Il leur consacre une exposition "Peintres du Coeur Sacré" en 1928, parle d'eux la même année dans Picasso et la tradition française, et leur consacre un ouvrage, Cinq maîtres primitifs (1947), articulé autour du Douanier Rousseau. Sa démarche s'inscrit dans l'un des courants forts de l'art depuis la fin du XIXe siècle, qui remise les dogmes de l'art savant au profit de cultures "autres", exotiques ou populaires.
Sa défense d'un "génie du coeur et de l'intuition", éloigné "du talent de la raison et de l'intelligence", se trouve reconnue en 1948 à travers la création d'une salle qui porte son nom au musée national d'Art Moderne (palais de Tokyo).
Une partie des oeuvres qui la composait ont été déposées à Senlis en 1989 pour accompagner la donation d'Anne-Marie Uhde, en mémoire de son frère.
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Sources et liens

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