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Le lendemain

Un poème de Jani Mauzard

Le ciel était bleu, il faisait beau.
(Beau ? Qu’est-ce ? Comme ce mot ne veut plus rien dire...)
Le lendemain, derrière ce ciel bleu, le vent s'est levé, mort, triste et noir.
Il joue du tambour et son rythme heurté ronge les coeurs en deuil.

Je ne pouvais encore ouvrir les yeux.
Ce jour d'hier m'avait griffée à vif dans tout mon être
et ma tête se réveillait de travers.

Hier... Des ronces courraient le long des corps suppliciés,
Un chaos mettait à nu l'enfer des chairs dispersées.
Les odeurs brulées de soleil résistaient, s'aggripaient aux pierres,
et la mémoire les retrouve, les retrouvera longtemps encore, vives et putrides,
sur chaque aspérité.
Le temps n'efface que des contours de brume.
Plus loin, il épaissit la matière d'une loupe impitoyable et creuse l'horreur plus loin encore.
Je n'ai plus de mots.
J'ignorais jusqu'alors que les mots peuvent ainsi devenir muets, figés, vides de substance et de sens.

Les mots ne parlent plus.
Les oiseaux, eux aussi, se taisent, se taisent.

Demain, il fera peut-être beau,
J'aimerais marcher le long de la mer,
écouter la fredaine des vagues,
laver d'eau salée les odeurs ignobles et le vacarme des agonies.
J'aimerais me réveiller toute neuve :
Non ? C'était juste un mauvais rêve ?
Les oiseaux se remettraient à chanter...

Malgré le ciel bleu, malgré le soleil dur et sec de ce plein été,
Une pluie pleure de toutes ses gouttes de cris gris, de cendres,
Et recouvre les victimes d'une lourde chape de sanglots.

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