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La page de Viviane Scemama Lesselbaum

Biographie

Viviane Lesselbaum
Viviane Scemama Lesselbaum est née à Tunis en 1937.
Mariée, trois filles, seize petits-enfants.
Formation: cours du soir accadémiques aux Beaux-Arts de Lyon, stages de gravure et formation à la Faculté aux ateliers d'écriture.
Expositions personnelles ou de groupes: Tunis, Paris, Lyon, Saint-Paul de Vence, Venise, San Luis Obispo, Pologne et Israël.
A publié trois ouvrages: "Les carnets de Pologne" en 1990, "Le passage", histoire d'une émancipation sur les Juifs de Tunis en 1999 et "L'avant-dernier marrane" (nouvelles) en 2005.
Anime un atelier d'écriture en Israël, à Natanya, depuis 2009.

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Dessine-moi une mezouza

Le soir tombe sur le camp. Yankel a promis. Exceptionnellement, ce soir là, ses compagnons luttent contre le sommeil, scrutent l'’entrée du baraquement 4 dans l’attente du dénicheur de papier pelure à peine maculé, qu'il récupère dans la corbeille qui est déposée, tous les soirs, à l'entrée du bureau du commandant.
À la lueur d'une lumière blafarde, une silhouette, de plus en plus précise, se dessine et dirige ses pas qui la mènent au dortoir. Il enjambe deux ou trois dormeurs et se jette sur son matelas. Des chuchotements l'interpellent de toute part. Une voix, au dessus de sa paillasse, domine le brouhaha :
- Le voilà, à qui le tour ?
Yankel fait signe de se taire. Quelques minutes plus tard, au bout du couloir la minuterie, inaccessible aux déportés, s'éteint.
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La Tarte aux poires et au chocolat de Viviane

tarte aux poires
Préparer une pâte sablée et sucrée :
  • 200 gr de farine,
  • 100 gr de beurre ou de margarine ramollie et non fondue,
  • 100 gr de sucre
  • 1 oeuf entier.
Mélanger le sucre et la farine, ensuite ajouter le beurre ou la margarine en pétrissant l'ensemble.
Pour terminer, inclure l'oeuf entier et pétrir longuement jusqu'à obtenir une belle pâte compacte.

La recette
  • une tablette de chocolat normal de 100 gr
  • une grosse boite de poires au sirop
  • 2 oeufs entiers
  • un demi verre de lait
  • sachet de sucre vanillé
Dessécher légèrement au four la pâte dans le plat à tarte pendant 5 à 8 minutes (Therm. 5) La sortir du four.
Faire fondre une tablette de chocolat normal de 100 gr dans une casserole avec peu d'eau et l'étaler avec un pinceau large sur ce fond de tarte.
Entre-temps, égoutter une grosse boite de poires au sirop, ensuite les découper en lamelles très fines, les déposer sur le chocolat fondu.
Battre 2 oeufs entiers avec un demi verre de lait et un sachet de sucre vanillé qui lui, n'apportera pas grand-chose !
Couvrir avec "cette omelette" les poires et...
Enfourner, thermostat 5/6.
Visionner la cuisson après 20 minutes.
Si les bords de la tarte sont bien dorés et non brûlés : l'affaire est cuite.
Bété Avone ou Bon appétit!

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Qui est cette femme ?

J'ai conservé, au milieu de la multitude de cartons à dessins que je possède depuis l'âge des cavernes, ce magnifique portrait en pied, détaché, en son temps, par mes soins, de la prestigieuse revue "Connaissance des arts".
Fleur des champs
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Fleur des champs
de Louis Janmot
Cette oeuvre, intitulée "Fleur des champs", est signée par le peintre lyonnais Louis Janmot et fut exposée à Paris au Salon de 1845.
À cette occasion, Théophile Gautier, attiré à ses débuts par la peinture, s'avéra être un fin critique d'art. Lors de sa visite au Salon il fit le commentaire suivant :
"Nous avons trouvé dans une galerie obscure une toile de M. Janmot, de Lyon, dont nous ne connaissions rien encore.
- Fleur des champs, tel est son titre.
- Une jeune fille vêtue simplement est assise dans une campagne ; ses mains, à demi ouvertes, sont pleines de fleurs sauvages ; des paquerettes, de la folle-avoine, des bluets, des boutons d'or, toutes ces pauvres petites herbes dont Ophelia compose sa couronne, enlacent autour d'elle leurs tiges clair-semées.
- Sa figure, quoique rustique, est pleine de charme ; ses lèvres, un peu épaisses comme celles de toutes les bonnes natures, sont effleurées par un sourire nonchalant et mélancolique ; ses yeux errans suivent une pensée ou un duvet promené par la brise. La couleur, quoique étouffée et sobre, est d'une harmonie qui plaît; et ce tableau devant lequel on peut passer vingt fois sans le voir, vous retient par un charme indéfinissable une fois que vous l'avez découvert."

Pastel de Viviane
Pastel de Viviane

Au mois de mai 2012, je décidais de sortir des fagots ce précieux document et entrepris de reproduire au pastel sec ce portrait de face. Ce matériau me fascine et supporte à l'infini les repentirs avec la bénédiction du papier Ingres.
Fin juin, je décidais de fixer cette oeuvre fragile et ne revins plus dessus.
En septembre, l'occasion étant favorable, nous nous rendîmes à Lyon munis de mon trésor.
Entre Roch Hachana et Kippour s'organisa, dans toute la France, la journée du Patrimoine : gratuité des Musées y compris pour les mamans avec leur progéniture en poussette. C'était pour ces chers bambins l'occasion ou jamais de s'initier à l'histoire de l'art.
Arrivés à la hauteur du Musée des Beaux-arts, une centaine de personnes attendait sur le trottoir ; je fis signe à mon mari de retourner à la maison.
Un monsieur bienveillant nous recommanda de nous adresser à l'un des gardiens. Ce qui fut dit, fut fait. Il ouvrit pour nous deux un large portail, on s'y engouffra. Le gardien prit son portable. Quelques minutes après, deux dames s'avancèrent vers nous et, avant qu'elles ne nous posent des questions, je montrai la photo que nous avions prise de mon pastel. Ravies, je vous dis !
En bonne israélienne, et cultivant la "houtspah" ou culot à bon escient, je demandai si l'affiche du Musée de 2007 représentant la "Fleur des champs" était encore disponible.
On nous fit patienter quelques instants. L'une d'elles revint avec un rouleau et le déploya contre un mur. J'avais les larmes aux yeux.
- Combien vous dois-je ?
La réponse fut brève :
- Vous plaisantez ?
Le tapis rouge n'était pas dressé. Tant pis. Accompagnés de ces charmantes hôtesses, nous nous engouffrâmes dans deux ascenseurs et nous installèrent, bouleversés, devant ce chef d'oeuvre, mitraillant cette "Fleur des champs" de nos Canon, Fuji ou Lumix comme des baisers qui lui sont rendus et ce, jusqu'à la fermeture du Musée.

*
Sources :
Théophile Gautier, Salon 1845 (pages 37-38)

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Une tragédie israélienne

J'arrive chez eux, toujours et certainement à l'heure où la femme de ménage finit de déplacer ou plutôt de déranger les bibelots qui ne lui ont rien demandé. Ce spectacle, vécu en accéléré, me touche profondément d'autant plus qu'il est accompagné par une aria de Gounod que seules les techniciennes de surface peuvent rendre sublime.
Evangeline aux mille ressources, comme aime à l'appeler Amaretto, se précipite soudain à la salle de bain, enlève le gant de toilette qui fait office de bouchon à la baignoire en attendant que Vonny ajoute, enfin, à sa liste d'achat l'acquisition de bouchons pour la baignoire, les lavabos et l'évier.
Evangeline fait un demi-plongeon sur le carrelage trempé, fort heu­reu­sement retenue par son balai à franges. Pour la circonstance, elle quitte Gounod pour Ravel et enclenche sur le fameux "Boléro" qui lui redonne du tonus et l'engage à me déplacer d'un fauteuil pur skaï à une chaise branlante cannée et vice versa. Cette musique optimiste colle tout à fait à l'activité, puisque répétitive.

Une voix lointaine parvient à mes oreilles : "Labima, j'arrive, je te remets les papiers." Apparait Vonny : Chic ! Chic... Accoutrement que j'identifie à l'une de ses photos de classe noir et blanc. Sacrée Vonny ! Elle ne changera pas...
Ah ! Les services ! La rue Dautanplucourt s'illuminait lors de mon passage dans la capitale. Les voeux les plus invraisemblables, formulés par notre mère, étaient exaucés grâce à ma complicité. J'ai sillonné de long en large les Galeries Lafayette, le Printemps, le BHV, la Samaritaine, aux 100 000 chemises etc. Adieu les achats impulsifs commis à la Fnac, les expositions temporaires, les restaurants. Je n'avais aucune fascination pour les Grands Magasins, contrairement à Emile Zola. C'est qui celui-là ?

- Labima, peux-tu me rendre un petit service ? Le pichet gradué en plastique que j'avais à Chartres, tu t'en souviens, m'a lâché ; il a explosé dans le micro-ondes.
Un pichet... Où a-t-elle été chercher ce mot ! J'espère que mon beau gosse du chouk me comprendra. Et si je lui dis un bol à mesures. Il est persan comme le marchand de chaussures d'en face : ils sont tous cousins. Et si je lui disais un "Kelli" gradué ? Alors là, il m'enverra sur les étalages de tomates et de concombres.

Les pieds surélevés, je me demande si Evangeline me permettra de les poser sur le carrelage et enfin partir.
– Vous allez laisser des marques sur le "parquet" encore humide.
Agacée, j'interpelle Vonny :
- Passe-moi ton séchoir à cheveux et une rallonge !
Je vérifie : 1200 watt, c'est amplement suffisant. Je me lève d'un bond, l'enveloppe de documents à demi froissée sous le bras, ma banane bien arrimée à la taille.
Une prise de courant disponible s'offrit à mon regard ; j'opère le branchement et dirige le séchoir en direction du carrelage, au niveau de mes chaussures ; j'avance prudemment, assurée que je ne laisserai pas de traces sur le carrelage... Tranquille, sècheresse totale sous chaque pas. Le Néguev in live !
Vonny sous la douche, Evangeline préoccupée, avec un zèle certain, à rayer un peu plus l'écran plat du téléviseur acquis récemment.
Au niveau de la porte d'entrée, j'arrête le séchoir, le dépose sur le guéridon et je sors en claquant la porte.

Je prends la direction du chouk et décide, en langage international compris de tous, de dessiner l'objet en question sans oublier les graduations et la poignée. Par sécurité et pour la coquette somme de 20 shéqualim je lui en acheterai deux. Ce qui fut dit, fut fait.

Rentrée à la maison, je m'empare du papier-cadeau que je pique, à l'occasion, à mon supermarché, sors mon rouleau de 25 mètres de bolduc doré qui me survivra à mes 120 ans ainsi que mes ciseaux danois.
Je suis en admiration devant l'application que je mets à faire ce paquet cadeau et ébahie devant l'entrelacement du bolduc doré et ses envolées de rappeur finalisées par le glissement de mes ciseaux danois.

Demain, aujourd'hui, ce matin Vonny me téléphone :
telephone
- Labima, un papier a été oublié sur la table. Nous serons Amaretto et moi devant le Park Hôtel, à 10 heures 30. Nous nous rendons à Jérusalem pour un mariage. Tu habites à quelques mètres, nous t'attendons.
Je lui dis : "OK... ", comme si je m'adressai à un clavier d'ordinateur, et complétai ma réponse par : "Je serai à l'heure, accompagnée d'une surprise."
Me voici devant l'hôtel. Sourcilleuse, Vonny m'interpelle :
- C'est quoi çà ?
- Un cadeau, tu ne l'ouvriras qu'à ton retour de Jérusalem.
L'émotion la prit à la gorge, des pommettes rosissantes apparurent, complétant un sourire généreux. C'est Vonny comme je l'aime. Et les voila partis.

Le lendemain, en fin de matinée, j'allais aux nouvelles par téléphone.
telephone
– C'était super ! Je n'ai pas pu approcher les mariés tout de suite ; c'est Amaretto qui s'est chargé de remettre le cadeau de mariage au couple.

Le surlendemain. Gros éclats de rire au bout du fil. Je reconnus Vonny dans le second rôle de Papagéna, ricaneuse, de la Flûte enchantée. J'attendis que le calme revienne.
- Tu ne sais pas Labima, j'ai reçu ce matin un coup de fil de la mariée. Elle m'a remercié pour le cadeau ; puis elle m'a posé une étrange question : "Je ne vous dérange pas ? Pouvez-vous me dire combien de farine et de sucre il faut pour réussir une génoise" ?

Dubitative, hésitante, j'ai fait mine d'aller chercher mon livre de recettes bio tout en pensant que c'est étonnant qu'elle cuisine déjà, alors que les jeunes mariés sont reçus à droite, à gauche pendant les huit premiers jours... Je lui recommandai mon savoir-faire qui a fait ma réputation, et lui signifiai l'ajout d'oeufs.
Une fois le téléphone raccroché, un fou-rire me prend qui inquiéta profondément Amaretto.
- Non, ce n'est rien. La mariée m'a demandé une recette de pâtisserie. Ella a bien fait de téléphoner ; je vais en faire autant, je vais inaugurer le doseur. Au fait, je n'ai pas encore ouvert le paquet-cadeau de Labima. Amaretto, où l'as-tu mis ?
- Sur la banquette-lit, dans la chambre des invités.

Je n'ai pas reconnu l'emballage, ni le volume, ni le bolduc doré. Je pris mille précautions à défaire le paquet et redécouvris, avec stupeur, le cadeau de mariage, charmant petit ensemble de petits déjeuners en porcelaine de Delft, qu'Amaretto et moi avions choisi.
J'interpelle Amaretto :
- Avons-nous gardé la carte d'invitation ?
- Bien sûr ! me répondit-il.
- Habilles-toi vite ! Pendant que je passe un coup de fil, nous retournons à Jérusalem !

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Renée Lebas - My Yiddishe Mama

Renée Lebas
Renée Lebas est née le 27 avril 1917 à Paris où ses parents juifs, d'origine roumaine, s'installèrent au début du siècle. En 1938, au cours d'un radio-crochet, sa voix fut remarquée.
Très vite, elle gagne ses galons. Elle côtoie les plus grands : Yves Montand, Charles Aznavour en tant que compositeur, Edith Piaf qui la considère comme sa rivale, etc.
Après les épreuves de l'occupation, elle s'entoure des meilleurs musiciens et paroliers du moment : Emil Stern, Eddie Marnay, Paul Misraki, Françoise Giroud.
Renée Lebas possède la plus belle diction des années cinquante. L'émotion discrète, elle ne vire jamais au trémolo.
Sa sensibilité juive l'incite à faire découvrir au public français le folklore juif ashkénaze : "Tire l'aiguille", recommandations de la mère juive faites à l'adresse de sa fille la veille du mariage et surtout la traduction de la chanson la plus émouvante du folklore yiddish : "Mein Yiddishé Mamé".
Renée Lebas décède le 18 décembre 2009.

My Yiddishe Mama by Leo Fuld (Rare Extra Oriental Version)

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Note de Viviane :
Je veux démontrer, par mon vécu, que cette culture demeure présente parmi les jeunes allemands et polonais non juifs, de nombreuses années après la shoah. Pour moi, il fait suite à la biographie de Renée Lebas qui n'est pas entièrement du fait de ma propre écriture.

"Le vernissage", carnets de Pologne

de Viviane Lesselbaum
(paru en 1990 aux éditions Jacques André)

Extraits :
(...) Ce qui m'a le plus ému et étonné à la fois, c'est que tous, jeunes et moins jeunes connaissaient les chansons yiddish. La plupart les fredonnaient ; seul Macius (responsable du "plein air") les chantait distinctement avec les paroles.

(...) de plus en plus, je constate que la musique yiddish fait partie de la culture de tous. Winfried mit une cassette de clarinette solo. Le musicien (Giori Felldman, grand nom de la musique klezmer) interprète des chansons populaires juives de l'Europe de l'Est : Beï mir bistou shein, que Winfried connaissait fort bien, Mein yiddishé Mamé, qu'Ola la polonaise fredonnait. À la demande de cette dernière, la cassette fut remise.

(...) Vers vingt-trois heures, Ola, qui ne veille pas souvent, exprima le désir de prolonger la soirée, avec l'envie d'écouter de la musique et de danser un peu... On mit la table basse de côté pour faire de la place à d'éventuels danseurs. Marian fit une danse avec Ola. Le bal se termina sur cette première et unique danse.
Ola, toujours elle, avec sa fichue sensibilité, alla chercher chez Winfried la cassette du clarinettiste israélien. On la plaça sur l'unique radiocassette qui fonctionne. Le silence se fit aussitôt. Lorsque la musique arriva au niveau de Mein yiddishé Mamé, la maman juive, le silence était chargé d'émotion et s'amplifia avec l'air de Dona-Dona. On n'osait se regarder et lorsque la musique s'arrêta, que les visages se relevèrent, tous avaient l'air grave, les yeux embués de larmes.

Avant de refermer ma valise mes "compagnons d'art" m'offrirent deux disques 33 tours identiques de Golda Tancer, chanteuse juive à la voix rauque, indéfinissable, attachante, impressionnante, qui donne la chair de poule à son écoute. Elle vit toujours en Pologne. Sa version de Mein yddishé Mamé, à mes oreilles, est la plus bouleversante que j'ai pu entendre à ce jour.

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Albert Londres

Albert Londres visionnaire, sioniste avant l'heure !
Albert Londres est né à Vichy en 1884. Il est porté disparu le 16 mai 1932 lors de l'incendie du paquebot Georges Phillipar. Il fut le plus grand reporter de tous les temps. Un prix "Albert Londres" est attribué chaque année à un reporter de talent.
Dans son ouvrage : "Le Juif errant est arrivé" édité chez Albin Michel en 1929 et réedité au Serpent à plumes en 1998. A travers son voyage dans les pays de l'est, bien avant la Shoah, il nous fait découvrir la misère des juifs entassés dans des ghettos insalubres, les pogroms, les injustices. Il partageait, aussi, au milieu de ces pauvres hères, l'espoir qu'ils portaient en eux, de remonter, un jour proche, à Jérusalem.
Non Juif, sa barbe de taille moyenne le faisait passer, parmi les antisémites, pour un Juif ; ce qu'il prenait toujours pour un compliment.
Un poème inédit d'Albert Londres :

LA TERRE PROMISE

Ô coeur jamais comblé, tu mourras de désir !
Voilà que malgré moi tu m'entraînes vers Tyr
Tu m'y fais débarquer et me conduit soudain
Aux tribus d'Israël où coule le Jourdain
Ô quand j'étais enfant que j'apprenais Moïse
Qu'elle m'a fait rêver cette terre promise !
Comme je vous aimais, pauvres Juifs en exil
D'avoir abandonné les rivages du Nil
Dans l'espoir de bâtir une cité nouvelle
Où l'existence enfin ! pour vous serait plus belle !

Je ne la verrai pas moi non plus ma Judée
Ma terre tant promise et jamais accordée
Mon pays estompé de brumes et de bleus
Je ne le verrai pas le pays de mes voeux
L'île où dans les sentiers, les femmes non vêtues
Sans honte, rêveraient comme ici nos statues
Où l'aurais-je de la gloire à dire qui je suis
Où le jour je jouirais du labeur de mes nuits
Non, malgré qu'au poète un songe soit facile
Je ne franchirai pas les remparts de mon île.

Quand tu mourrus, Moïse, au pic du mont Nébo,
Quand tes derniers regards, par bonté du Très-Haut
Découvrirent enfin le pays de ton Maître
Quaénd tu sentis la mort descendre dans ton être
Et qu'au même moment, tu vis, bonheur cruel
Pour la première fois la terre d'Israël
Quand tu mourrus d'angoisse, Ô Moïse, mon frère
As-tu noyé ton coeur aux flots de la colère ?
Bientôt j'éprouverai moi-même ta douleur
La terre du poète apparaît quand il meurt.

Notre désert à nous, c'est notre jeune âge
Lorsque nous arrivons à la fin du voyage
Et que notre pays se dessine au lointain
C'est que nous n'avons plus à vivre qu'un matin
Alors, D.ieu nous conduit au haut d'un promontoire
Et dis : "Tiens ! Le voilà, salue enfin ta gloire".
Et pareil à Moïse au sommet du Nébo,
Nous voyons la Judée un pied dans le tombeau
Qu'elle doit être amère à l'âme qui s'enlise
L'ultime vision de la terre promise !

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Le moment musical

Nouvelle extraite de "L'avant-dernier marrane"

jeune fille à la darbouka
Jeune fille à la darbouka
Je suis issue d'une famille nombreuse.
Mon père, grand amateur de musique orientale, rêvait d'élever un garçon dans cette voie. Hélas ! Ce ne fut pas possible. Il n'eut que des filles ! J'arrivais en deuxième position.
C'était le destin, "le mektoub" comme on dit chez nous.
Vers l'âge de douze ou treize ans, je pris goût à tous les genres de musique : classique, folklorique et variétés. Leur écoute ne fut pas des plus aisée. Lorsqu'un membre de ma tribu se trouvait dans les parages, il relevait, avec une infinie délicatesse, le bras de l'électrophone et retournait vaquer à ses occupations.
L'occasion unique s'était enfin présentée. Le bonheur ! Toute la famille, y compris la grand-mère devait se rendre à une Bar Mitsva. Je devais préparer le terrain. La veille, je prétextais des violents maux de ventre pour ne pas être de la fête. Après avoir avalé un savoureux sandwich tunisien que ma mère m'avait préparé, je mis en marche mon vieux "Teppaz" crachotant, et écoutai les "Tableaux d'une exposition" orchestrée par Ravel, disque que j'avais découvert dans une brocante. Coup de foudre. L'écoute de cette oeuvre était religieuse. Je reposai le saphir sur le disque jusqu'au retour de la famille.
Mon père, qui avait l'oreille musicale, fit irruption un soir dans la chambre.
- Suzy, ce n'est pas la première fois que je te surprends à écouter de la musique. Que dirais-tu si tu apprenais à jouer d'un instrument ?
Il m'entraîna un après-midi à un concert de musique orientale. Pendant le développement des thèmes musicaux, il se pencha vers moi et me décrivit chaque instrument.
- Alors ! Quelle est ta préférence ?
- La darbouka, lui répondis-je.
Ninette, une cousine éloignée de ma mère mise au courant, nous fit don d'une darbouka qu'elle tenait de son père et qui était une véritable pièce de musée.
Mon père m'inscrivit chez un grand maître de la darbouka. Je m'y rendais trois fois par semaine, après la sortie des classes. A l'issue de la première année, le professeur convoqua mon père.
- Très douée, la petite ! Il faut qu'elle continue ! Il ajouta : "c'est très drôle, il faut que je vous dise, je n'ai jamais enseigné la musique à une femme..."
Misant sur mon avenir musical, mes parents me firent quitter l'école à l'âge de quinze ans. Pour travailler et ne pas gêner l'environnement, ils m'aménagèrent un espace dans la buanderie. A dix-huit ans, après concours, je fus admise à l'orchestre oriental de Radio-Tunis. J'étais la première femme à jouer dans une formation. Ce fut une petite révolution dans les mentalités de l'époque.
 moment musical
Moment musical
Dessin de Viviane Lesselbaum
J'adorais cet instrument. J'étais séduite par les veinures ordonnées de sa peau, par sa terre cuite ornementée et vernissée. Certains affirment même que c'est le métronome de l'orchestre.
La veille de chaque prestation, ma mère réchauffait la peau de chèvre au dessus d'un canoun, puis l'enveloppait soigneusement dans un tissu molletonné.
- C'est ton avenir, prends-en bien soin ! me rappelait-elle avant de sortir.
La darbouka faisait corps avec moi. Je ne permettais à aucune de mes soeurs de l'approcher, de crainte que, par maladresse, elle ne se brise. C'était ma chose.
On était fier de moi dans le quartier. J'étais sollicitée au sein de la bourgeoisie juive du Belvédère, de Cité-jardin ou de Crémieux- ville, pour animer des réceptions. Mon nom s'inscrivait en caractères gras dans "La Gazette d'Israël", "La Dépêche tunisienne", "La Presse de Tunisie" et, tenez-vous bien, j'eus droit à un entrefilet dans la rubrique des spectacles du "Petit colon français de Tunisie". Des autographes m'étaient réclamés. Les années défilaient heureuses.
Pas un instant, l'idée de me marier ne traversa mon esprit. Lorsque j'eus atteint les trente ans, ma mère manifesta de l'inquiétude quant à mon avenir. Elle m'organisa une rencontre avec la marieuse. Avec un certain détachement, j'acceptai ce projet qui n'était pas le mien. L'entrevue eut lieu en plein été. Je me présentai devant cette matrone en bermuda, un châle en laine posé sur les épaules.
Surprise devant mon accoutrement, elle interpella ma mère :
- Qui voulez-vous marier au juste ?
Je partis à rire sans retenue. Maman garda le silence et lui remit discrètement quelques billets de banque. En sortant, elle jeta un dernier regard sur mon accoutrement.
Lorsque j'arrivais en avance sur le lieu de la représentation, mes pas me poussaient à la découverte de nouveaux instruments, de nouvelles sonorités.
Intrépide, malgré une certaine timidité, je décidais un jour de me rendre à la cafétéria de l'orchestre occidental. Après avoir siroté un café, mon regard se dirigea vers un instrument que je n'avais jamais vu. Il me paraissait gigantesque et donnait l'impression de reposer sur le bras d'un jeune musicien. Je m'avançai vers lui.
- C'est quoi ? Lui demandai-je. Il me répondit : "Un violoncelle." Devant mon air dubitatif, il répéta : "Un violoncelle !"
- Comment en joue-t-on ?
- Passez demain au studio d'enregistrement, j'y serai et je vous ferai une démonstration.
Je fus au rendez-vous. Il planta la pique de son violoncelle, sortit l'archet de son étui et se mit à jouer une suite pour violoncelle de Bach. Je le regardais bien en face. Mon coeur battait la chamade.
- J'aimerais bien assister à vos répétitions, lui dis-je.
- Pas de problème. Tenez, venez demain soir, nous devons répéter la sonate "Arpeggione" de Schubert.
Nous étions peu nombreux à cette répétition. Je me fis toute petite. Je manifestais beaucoup d'intérêt à sa tenue d'archet, ses pizzicati enlevés et l'intense émotion qui se dégageait de son vibrato. De temps en temps, son regard quittait les cordes et semblait se diriger vers moi. J'étais au septième ciel.
Je délaissai la darbouka pour me rendre, le plus souvent possible auprès de lui. Je l'aimais.
J'étais juive et il ne l'était pas. Au bout de quelques mois de cette relation platonique, les sourires complices cédèrent la place aux rictus et les silences s'installèrent un peu plus chaque jour. Il ne me communiquait plus les dates des répétitions. Je me contentais d'assister aux concerts qu'il donnait à l'auditorium.
Un soir, après le spectacle, il me rattrapa à la sortie et m'entraîna dans une salle de musique désertée.
- Je voudrais vous parler. Je crois que vous tenez beaucoup à moi, mais je ne crois pas vous aimer. La chose à laquelle je tiens le plus, voyez-vous, c'est mon violoncelle et, lui, vous ne pouvez le remplacer.
Il esquissa dans l'espace une forme qui s'apparentait à l'instrument, s'appuya sur le manche, caressa son bois, respira son vernis et releva la tête.
- Regardez sa forme, c'est une femme, c'est ma femme... et cela me suffit. Vous n'avez jamais compté pour moi, sinon en tant que bonne amie. Je me devais de vous le dire. Allons à la cafétéria, voulez-vous ? Un thé bien chaud nous fera du bien.
- Non, lui dis-je, la gorge nouée, il faut que je rentre, on m'attend à la maison.
Au bord des larmes, je m'affalai sur mon lit et jetai un regard pitoyable sur la darbouka qui était encore ma confidente. Je lui fis part de mon désarroi.
"J'ai bientôt quarante ans, tu sais, et tu es toujours là, présente. Tu m'accompagnes partout et je t'aime. Il faut te réchauffer, n'est-ce pas ? Pour que tu rendes le meilleur de toi-même ! Mais moi ? Qui me réchauffe ? Tu es là, inerte, tu ne vois rien, tu ne compatis pas. Tu commences à m'énerver, tu sais ? Je ne te supporte plus. Tu as contribué au ratage de ma vie. On dirait qu'il n'y a que toi qui comptes. Et moi alors ? C'est fini ? Mais qu'est-ce que tu représentes pour moi ? De la poterie. Tu tombes ? Tu te brises ! Tu n'es rien qu'une peau de mouton, une peau de chagrin ! Et le chagrin, c'est moi. Je t'ai adorée, je t'ai adulée. Je paraissais heureuse. Mes admirateurs disaient : "la darbouka, c'est sa vie. C'était ça ma vie ?"
Quand j'atteignis la quarantaine, de jeunes loups investirent l'orchestre. Dès lors, je fus placée à l'extrémité, cachée à moitié par le rideau de scène. Les sons qui sortaient de ma darbouka ressemblaient à des messages qui s'adressaient au vent. Personne n'y prenait garde. Traversant la cinquantaine, je décidai de quitter Radio Tunis. Pour subsister j'assurai quelques représentations privées.
Je me débarrassai de mon électrophone et de mes vieux disques. Je remplaçai le tout par une platine laser et des compact-discs. Allongée sur mon lit, je me repassai les musiques de Mozart, de Beethoven, de Schubert et persistai à vivre dans le souvenir de Jérôme.
- Allez ! mettons le trio opus 100 de Franz Schubert. Le deuxième mouvement, c'est celui qui me fait pleurer. Ecoutez, là, vous entendez le violoncelle ? C'est lui !
Je dis adieu à l'homme aimé, je dis adieu à la darbouka, je dis adieu à ma carrière, je dis adieu à ma vie, à ma pauvre vie.
- Ecoutez, mais écoutez donc ! Hein, que c'est beau ?

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Les raisons de ma colère

Notre colère, notre immense douleur ne sera jamais cicatrisée. Nous, juifs d'Afrique du Nord, avons beaucoup moins souffert de la Shoah.
Nous avons découvert et ressenti ce drame qui est devenu nôtre, que tardivement.
Dans une guerre on subit les bombardements, on tue si on semble être menacé, on défend des causes qui nous paraissent justes. De toute façon on peut se poser des questions : est-ce que D. nous a mis sur terre pour nous entretuer, s'il nous a créés différents était-ce dans le but de nous haïr?
Est-ce D. qui a armé les collaborateurs, la milice, la police vichyssoise pour envoyer 11.500 enfants, parce que Juifs, dans les chambres à gaz ?
Rendons "hommage" à certains anonymes comme des voisins bien intentionnés, quelques concierges prêtes à collaborer et à vous débarrasser de "ces gens-là", et exaucer, enfin, le voeu de certains locataires qui vivent à l'étroit, alors qu'en face sur le même palier...
Comment s'y est-on pris pour accomplir cette mission ? Sinon arracher les racines afin que la sève de "leur vie" ne remonte pas. En France, Laval, ministre de Pétain, dans sa mansuétude n'a-t-il pas exigé que l'on déporte, aussi, les enfants afin qu'ils ne demeurent point orphelins.
Nez crochu, type métissé, avares, usuriers, responsables de tous les malheurs du monde. On s'occupe de vous, ce ne sera pas un rêve !
Hitler a eu cette phrase qui ne me surprend pas aujourd'hui avec la recrudescence de l'antisémitisme :" Je les ai débarrassé des Juifs".
Nous, les Juifs d'Afrique du Nord, avons d'abord découvert l'horreur grâce au film d'Alain Resnais "Nuit et brouillard". Nous sortions du cinéma en larmes, la gorge nouée, ne réalisant pas tout à fait ce qui s'était passé, ne sachant pas, pour la plupart d'entre nous, qu'il y avait d'autres Juifs en dehors de notre petit coin de terre.
Un ouvrage, "La passion de Myriam Bloch" de Marianne Schreiber qui évoquait la shoah, paru en 1947, aujourd'hui controversé, tout en restant fidèle à l'horreur qui s'est déroulée, a hanté, cette année-là, nos nuits d'enfants.
Primo Lévi a été surpris par la question posée par un ashkénaze qui se trouvait dans le même baraquement que lui à Auschwitz : "ça existe vraiment des Juifs italiens ?".
Récemment, Monsieur Sarkozy demandait à parrainer chaque enfant juif de France mort en déportation. Cela m'a paru être une tâche difficile. Cette initiative est restée sans suite.
Je pense qu'une plaque commémorative apposée dans chaque école et visible dans les halls d'entrée interpellerait efficacement les futures générations.

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Israël, le plus grand ghetto du monde

Un peu d'histoire. Quelle est la ville où les habitations ne dépassaient pas deux étages ? Venise !
Quelle est la ville où au seizième siècle l'on pouvait découvrir des habitations de cinq étages ? Venise !
Comment allait-on faire pour contenir les Juifs dans un lieu clos ? Tout simplement construire en hauteur. Mais où ? Dans le quartier de la fonderie, à Venise, appelé aussi "ghetto" mot dont on ne connaît toujours pas l'origine.
Je ne reviendrais pas sur les peurs, les bûchers, les pogroms subis tout au long des siècles dans le monde chrétien. Je n'insisterai pas plus sur les accusations de déicide, de crimes rituels, rendus coupables de la peste noire qui fit des millions de victimes au moyen-âge et plus récemment l'accusation de crime rituel qui s'est déroulé en Pologne dans la bonne ville de Kielce en Pologne en 1946 qui fit une quarantaine de victimes juives grâce à la participation de la police et de l'armée polonaise.
Plus proche de nous l'accusation d'empoisonnement des eaux à Ramallah ou Gaza dénoncé par Madame Arafat dont la culture chrétienne, à cette occasion, n'a pas fait défaut.
Pour la mise en place de ce "nouveau ghetto" l'Europe s'agite, prend quelques initiatives honteuses.
En 2009, la presse suédoise en mal de scoops, s'empare d'une rumeur : tel les prélèvements d'organes opérés par milliers sur des cadavres palestiniens. Un rapport Goldstone où la haine de soi est magnifiée. Votes iniques à l'O.N.U., accusations mises en place pour crimes contre l'humanité, demande faite par des palestiniens au Parlement britannique de condamner par le tribunal international une ancienne ministre israélienne et un haut gradé, qui tous deux, comme des pestiférés ont été contraints d'annuler leur voyage en Angleterre ainsi que la recommandation faite par le même Parlement à Sa Majesté, qui a fait plusieurs fois le tour du monde, de ne pas se rendre en Israël.
Grâce à la complicité bienveillante et indirecte des nations dites évoluées, "le plus grand ghetto du monde" transposé en Israël n'aura plus sa raison d'être. Son assainissement, écologiquement parlant, effet de mode, se fera d'autant plus aisément que les maitres d'oeuvre sont très proches géographiquement et sont à la veille d'utiliser, pour ce faire, des moyens plus radicaux pour sa disparition.
Une phrase horrible entendue lors d'une réunion de la ligue des droits de l'homme, dont je faisais partie il y a quelques années, et qui résonne toujours en moi, fut prononcée par un "ligueur" à propos de la Shoah : "Et si Hitler avait ses raisons ?" A la suite de cette phrase, ni la présidente de la section ni les adhérents n'ont réagi. Je suis restée sans réaction, me demandant si je ne rêvais pas. Il est vrai que j'étais la seule juive dans cette section...
Resterai-je la seule juive sur cette bonne terre ?

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Autobiographie d'un garçon manqué

Je suis un garçon manqué. Petite fille, à Tunis, je préférais jouer aux billes ou aux noyaux d'abricots dans la rue avec mes cousins.
Je suis un garçon manqué. Adolescente, je me plaisais dans la compagnie de garçons en culottes courtes et où mon imaginaire me transformait en cow-boy pour ressembler à Red Ryder ou à Hopalong Cassidy. Je ne voulais à aucun prix m'identifier à Calamity Jane.
Je suis un garçon manqué. Jeune fille, apparemment accomplie, je me refusais à lire l'horoscope, les romans-photos, Cinémonde ou feuilleter les revues de mode, ce qui m'ôtait une part de rêve féminin.
Je suis un garçon manqué. Vingt ans. L'âge de la marier, s'inquiétait ma mère. A cette phrase se formait dans ma tête les barreaux d'une prison que, pensai-je, je ne méritais pas. Les prétendants, triés sur le volet, furent sûrement déçus. A chaque présentation je prenais un crayon et me mettais à dessiner sans tenir compte de leur présence.
Je suis un garçon manqué. J'atteignais l'âge canonique de la vieille fille : vingt-deux ans ! Combien de fois ai-je entendu ce refrain : "elle ne se mariera jamais. Elle a des correspondants dans le monde entier, mais lequel se déplacera pour ses beaux yeux ?"
Suis-je vraiment un garçon manqué ? A ma majorité "mentale", je pris plus soin de ma personne. Un sens plus critique se développait en moi quant à mes tenues vestimentaires ; l'accès au rouge à lèvres, aux miroirs et les talons hauts prenaient de plus en plus de place dans mon univers. Des jeunes gens pour qui je ne devais pas être indifférente s'attardèrent en ma compagnie. Ainsi, mon côté garçon manqué céda la place à mes premières émotions.
En septembre 1959 je quitte le cocon familial et le magasin de journaux de mon père où j'ai fait mes universités, pour la France. Avec quelques restes de garçon manqué, je ne cherche pas la compagnie des garçons, à aller aux bals du dimanche des quartiers juifs de Paris. Ma grande soeur, un jour, m'y poussa et c'est cette fois-là que je rencontrais un ashkénaze (c'est quoi un ashkénaze ?) avec qui, si D. veut, en juin 2010, nous fêterons nos noces d'or.
Le reste de garçon manqué qui somnolait en moi décida de se dégager des contraintes ménagères qui bouffaient toute mon énergie. A quarante ans, lorsque ma troisième fille atteignait ses dix ans, je m'inscris aux cours du soir des Beaux-Arts, à l'initiation à la gravure, aux ateliers d'écriture et produit entre-temps trois ouvrages dont un : "Le Passage" sur les Juifs de Tunis de 1930 à1960. Beaucoup plus tard, je m'engageais en politique jusqu'à être pressentie comme député suppléante et faisait entendre ma voix en tant que femme.
Les murs de l'appartement de mes parents à Paris, à cet effet, étaient couverts d'affiches et articles de presse qui concernait leur garçon manqué.
Que devient, aujourd'hui, le garçon manqué ? En Israël je continue à dessiner et peindre, je poursuis ma cinquième année de théâtre, j'exprime par écrit mes révoltes, organise auprès de femmes francophones un atelier d'écriture débordant de garçons manqués, puisque femmes...

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J'ai la chance d'être femme

Le jour où j'ai été élue "la tune" (tunisienne) de l'année, j'ai lu ce texte d'une croyante non-juive mais qui semble connaître ce fameux passage écrit par nos sages et si mal compris: "je remercie D. de ne pas m'avoir fait femme".
Ce texte que j'aime beaucoup, et qui a été, pour l'occasion, traduit en hébreu, est de Mannick, la musique que je ne connais pas est de Jo Akepsimas, 1977.

J'ai la chance d'être femme
Paroles de Mannick

On ne m'a souvent nourrie que du langage des fleurs
Et des sentiments jaunis au petit courrier du coeur
On ne m'a donné aussi,
Pour me battre dans la vie,
Qu'une idée, qu'un passe-temps, me trouver un bon mari
Et lui faire des enfants.

Mais un matin de grand soleil
J'ai pris la route des torrents
J'ai bu l'eau forte du réveil
Loin des prisons de trop longtemps.
Car j'ai la chance d'être femme

Et je sais le chemin de l'amour
Car j'ai la chance d'être femme
Et je veux le crier au grand jour.
On m'a défendu longtemps les fontaines du plaisir
On m'a priée trop souvent de me taire et d'obéir
Et j'ai dormi trois mille ans,
Sous les feuilles au bois dormant,
Où l'on garde sans rougir, l'habitude et le talent
A ne pas trop réfléchir.
Car j'ai la chance d'être femme.

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L'avant-dernier marrane

23 juin 1960 : annonce du concert de Guy Béart donné au Casino du Belvédère.
Par une belle journée ensoleillée, un beau garçon d'origine italienne se dirigea vers la boutique de Félix, le marchand de journaux. Il en ressortit avec le "Corriere della sera" et "La Repubblica". Invité par la Chambre de Commerce tunisienne, il ne devait pas séjourner plus de huit jours en Tunisie.

Le lendemain, il remarqua la présence d'Esther, la fille cadette de Félix. Avec un large sourire, il lui demanda de mettre de côté, pour une semaine, ces deux quotidiens. Sa distinction et son charme n'échappèrent pas au regard d'Esther. Enzo ne fut pas insensible non plus au charme discret et à la gentillesse qui émanaient de cette jeune fille. Elle s'efforça de glisser dans leurs échanges quelques mots en italien avec l'accent judéo tunisien. Il demanda à Esther si elle voulait l'accompagner à une soirée de détente. Elle proposa le concert que devait donner le soir même Guy Béart. La permission accordée par les parents, ils s'en furent au spectacle. Il la raccompagna devant l'immeuble et, avant de la quitter, ils s'embrassèrent longuement avec la promesse de se revoir le lendemain.

Enzo est catholique pratiquant. Esther le savait. Elle appréhendait que ses parents ne mettent le holà à cette relation. Adulte, têtue et amoureuse, elle sut franchir cet obstacle avec obstination. Elle quitta la Tunisie pour s'installer à Ferrare dans la famille d'Enzo qui sut l'accueillir avec beaucoup de chaleur.

Le mariage eut lieu dans la chapelle familiale. Il fut consacré par le grand oncle archevêque qui enseigne au collège des Jésuites à Rome. De cette union naquit un petit garçon, David, qui fut baptisé et élevé dans la foi chrétienne.
Adolescent, David fut happé par la religion, aidé en cela par les relations familiales si proches du Vatican. Le grand oncle le fit entrer au petit séminaire de Ferrare où il poursuivit de brillantes études théologiques.

A la maison, Esther, par respect pour ses origines, maintint l'habitude d'allumer des veilleuses le vendredi soir. David l'accompagnait dans ce rituel, essayant en vain de décrypter les quelques phrases dites en hébreu par sa mère.
A la demande qu'il fit pour sa formation d'évêque, il ajouta l'hébreu biblique ; complément qu'il jugea indispensable pour une connaissance plus approfondie de sa foi et en regard de sa double appartenance.

Quelques mois plus tard, il confia à sa mère l'attirance qu'il avait pour la religion de ses pères et le trouble qu'il éprouvait simultanément à ignorer ses origines juives. Le peu d'attachement qu'elle avait conservé des traditions ne lui était d'aucun secours. Elle n'avait plus remis les pieds dans une synagogue depuis le mariage de sa cousine à la grande synagogue de Tunis.
Rendu soucieux par ces interrogations, il rejoignit, comme simple touriste, un groupe qui visitait la synagogue de Venise. A cette occasion, il s'informa sur l'horaire des offices qu'il nota soigneusement. Quelques semaines plus tard, il décida de faire la même démarche dans sa bonne ville de Ferrare. Malheureusement, il trouva porte close, les horaires ne devant plus correspondre. En relevant la tête, une plaque de marbre attira son attention : y étaient gravés les noms des Juifs de Ferrare déportés. Les Finzi, les Contini, les Bassani et tant d'autres qui ne sont jamais revenus.
Il consulta l'annuaire de la ville et se mit à la recherche des survivants. Il releva le nom de Bassani Giorgio, écrivain. Il s'empara du dictionnaire et découvrit dans la biographie de cet auteur le titre d'un livre : "Le jardin des Finzi Contini" qu'il rattacha à la plaque gravée. Dans la même année, sortait le film de Vittorio de Sica tiré de ce document. Enfin, il prit enfin contact avec le Grand Rabbin d'Italie et lui fit part de ses doutes quant au choix qui lui fut imposé. Juif par sa mère, il n'est pas question de conversion lui précisa t-il, sinon à suivre les préceptes de la religion juive. Il renouvela sa vaisselle et modifia son mode d'alimentation. Il fut invité tous les shabbat à la table de la communauté.

En tant que neveu d'un archevêque, il avait ses entrées au Vatican. Cette faveur qui lui fut accordée lui permit d'avoir accès à des archives ultraconfidentielles concernant le patrimoine judaïque.
Un vendredi matin il entraîna sa mère pour une visite de Rome. Il la quitta en début d'après-midi devant "la Trinité des Monts" et continua à pied jusqu'au Vatican. Il la rejoignit quelques heures plus tard, comme convenu, devant la grande synagogue pour le premier office du soir. Ils pénétrèrent ensemble puis se séparèrent. Elle monta à l'étage, se pencha et aperçut son fils, la kippa sur la tête, en train de prier. Bouleversée, elle se rassit jusqu'à la fin de l'office. Elle redescendit l'escalier, croisa le regard du gardien de la synagogue en grande conversation avec son fils. Il leur souhaita à tous les deux la bienvenue avec l'accent des juifs d'Afrique du Nord. Il venait du Maroc. Esther lui adressa quelques mots en arabe. Surpris de cette complicité, David réagit avec ces quelques mots : "Je ne vais pas me mettre à une troisième langue, maintenant !"
David avait tout prévu. Mosès, le serrurier du Vatican, avait loué auparavant deux chambres d'hôtel proches de la synagogue pour les offices de shabbat.

Ordonné évêque, il eut ses entrées au Vatican, ainsi qu'aux fameuses caves où était entreposé le butin provenant des pillages opérés par les Croisés, les Dominicains, les Jésuites, et autres ordres plus ou moins obscurs. Un trousseau de clés lui fut remis et dont il fit faire le double par Mosès. Tous les jours, il se rendit aux sous-sols du palais Saint Pierre. Révolté, il entreprit d'établir un inventaire de tout ce qui concernait le judaïsme. Cela l'occupa pendant deux à trois semaines.

Afin que ses absences ne fussent pas remarquées par l'évêché de Ferrare, il effectua des navettes la nuit tombée, sans omettre de se débarrasser de sa soutane pourpre. Il loua un vélo avec deux sacoches accrochées à l'arrière pour ranger la multitude de livres de prières lesquels, pour la plupart, dataient de la destruction du Deuxième Temple qui étaient en fort bon état, ainsi que des objets de culte. Pour le transport de la dizaine de rouleaux de la Torah, il se fit aider par Mosès et son fils, tous deux, heureux de participer à cette restitution.

Esther, dont la famille était d'origine livournaise, lui communiqua l'adresse d'un transitaire, parent lointain qui effectuait des rotations entre Israël et l'Italie.
Dans ce but, il se rendit à Livourne et il fit acheminer ce discret container en Israël par voie maritime. Un compte-rendu détaillé de l'opération fut remis aux autorités israéliennes qui répartirent ensuite à travers tous les musées d'Israël, ce patrimoine que les persécuteurs de tous les temps s'étaient appropriés.

Ne voulant rien laisser paraître momentanément aux yeux de la hiérarchie romaine, il continua de répondre à toutes les invitations. La dernière reçue émanait de l'autorité ecclésiale de la ville de Lyon. Le texte était rédigé de la façon suivante : "Vous êtes prié d'honorer de votre présence l'exposition organisée par la compagnie de Jésus, qui se tiendra à Lyon à la bibliothèque de la Part Dieu au département des religions. Elle comportera, entre autres documents précieux, un rouleau du livre d'Esther datant du dix septième siècle. Ce parchemin a été illustré et calligraphié par les maîtres de Safed en Israël". A cette lecture, le sang de David ne fit qu'un tour, d'autant que les relations, en cette fin de siècle entre le Vatican et les autorités religieuses juives n'étaient pas au beau fixe. Il accepta l'invitation.

Il s'envola pour la région lyonnaise où il fut hébergé pour quelques jours chez le directeur d'un centre talmudique. Il se rendit au vernissage de l'exposition en tenue d'évêque. Il la traversa au pas de course avec une seule idée en tête : récupérer la Méguilah d'Esther. Avec beaucoup de tact et de discrétion, David demanda au conservateur la permission d'admirer de plus près ce fameux rouleau. Au vu du rang qu'il occupait, il ne sut la lui refuser. La vitrine ouverte, le relieur, qui détenait les clés, s'éloigna quelques instants, le temps pour David de s'emparer de la Méguilah, de l'enfouir sous sa soutane et de sortir à pas lents de la bibliothèque.

Il passa le shabbat, inclus dans ce voyage, au milieu de personnalités religieuses de premier plan qui lui assurèrent la plus grande discrétion. Le lendemain matin, il prit la navette qui le déposa à l'aéroport international Saint-Exupéry de Lyon. L'attente fut longue et, plus particulièrement pour ceux en partance pour Israël. Pour occuper ces heures, David acheta le quotidien local et quelques revues. Brusquement, son attention fut attirée par le gros titre du Progrès de Lyon : "Un rouleau d'Esther datant du dix-septième siècle et d'une valeur inestimable a été dérobé à la bibliothèque de la Part Dieu. Les recherches entreprises se sont avérées vaines. L'acte d'un simple d'esprit, pour lequel ce gribouillis n'est que de l'hébreu et qui aura tôt fait de s'en défaire, est l'hypothèse retenue par les enquêteurs."

A Ferrare, Esther et Enzo sont sur le pas de la porte et surveillent l'arrivée de leur fils. Dès qu'il descend du taxi, Esther saute à son cou : "Ca y est, David ! Tu as reçu ton billet d'avion pour Israël !" Il s'excuse un instant, se rend aux toilettes et revient en tenue civile : "Maman, je n'ai jamais oublié que tu t'appelles Esther. Voici ta Méguilah, prends-en soin. Surtout, maman, surtout... ne me pose pas de questions."
extrait de la Méguila d'Esther
Extrait de la Méguila d'Esther
Travail d'enluminure réalisé par Sarah Lesselbaum

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L'histoire de Hannah

Voici une nouvelle extraite de "L'avant-dernier marrane" édité en 2005 à Jérusalem et qui s'adapte au 65ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz.

Au moment de l'annexion de la Pologne par les Allemands, en novembre 1939, une minorité de la bourgeoisie juive se replie dans les quartiers non juifs de Varsovie.

Veuf depuis quelques années, le vieux Rebbe, cordonnier de son état, est très tourmenté quant à l'avenir de sa fille unique Hannah qui va vers ses trente ans. C'est une jeune fille douce et effacée. Sa chevelure rousse et bouclée encadre de grands yeux noirs au regard profond ; le reste du visage, sans fard, nous fait découvrir une bouche vermeille aux contours bien dessinés.
Les beaux partis se font rares. Le Rebbe pense souvent à Schmuel, le fils de son meilleur ami. Ce garçon peu instruit et déjà fort âgé possède un certain bien que lui ont légué ses parents. L'idée de les marier ne lui déplaît pas. Cependant Hannah trouve mille prétextes pour éviter cette alliance.

Les yeux baissés, avec une certaine gêne et d'une voix à peine audible, elle lui fait signe de s'abriter à l'intérieur. Il accepte l'offre et le prie de s'installer sur l'un des deux tabourets. Elle demeure silencieuse pendant un moment puis lui prépare un thé qu'il n'ose pas refuser. Elle monte à l'étage dans sa chambre, se dirige vers l'unique miroir, rectifie sa mise, se recoiffe et revient s'installer auprès du jeune homme qui, à l'instant même se lève, prêt à partir.
"La pluie s'est arrêtée, je vous remercie."
"Mon père est artisan, il pourrait vous faire des bottines sur mesure si vous le désirez."

Une semaine plus tard, il réapparaît et passe commande d'une paire de bottines de cuir fin pour shabbat. Pendant les essayages, Hannah affecte une certaine réserve face au garçon.
Les bottines prêtes, il se rend vendredi matin à la boutique pour en prendre possession. Le Rebbe absent, elle lui remet les bottines. Il semble satisfait.
Il sort sa bourse, dépose les zlotys sur le comptoir, mais Hannah esquisse un geste de refus. "Vous ne devez rien, nous vous les offrons." Décontenancé, le garçon accepte le cadeau.
Après son départ, Hannah remonte à l'étage et prélève dans ses économies la somme qui doit correspondre au coût des bottines.

Le garçon est de retour la semaine suivante. D'une valise de toile, il sort un volumineux paquet qu'il pose sur le comptoir. Elle ne comprend pas et semble embarrassée.
"Qu'est-ce que c'est ?"
"C'est pour vous, je pense qu'elle doit vous aller."
Hannah défait le paquet en sa présence. C'est une pelisse de cuir noir agrémentée d'un col de fourrure de couleur bordeaux. Confuse, elle le remercie d'un sourire. Intimidé, il prend congé d'elle.

La pelisse est dissimulée au regard de son père. En son absence, elle la sort du placard, l'étale sur son lit, la retourne dans tous les sens et s'allonge dessus quelques instants. Elle se relève, pose le vêtement sur ses épaules et se place devant le miroir au tain abîmé. Elle remonte la fourrure à la hauteur des joues : sa chaleur lui paraît humaine. Dès que les premiers pas du Rebbe se font entendre, elle la range sur le haut de son armoire.

Clown du Ghetto
Clown du Ghetto
Gravure de Viviane Lesselbaum (*)
Un jour de pluie, une silhouette d'apparence bourgeoise vient s'abriter sur les marches de la boutique, tout contre la porte vitrée. Hannah essuie la buée qui s'est formée, hésite quelques instants puis ouvre l'un des deux battants. Surpris, le garçon se retourne et esquisse un sourire. Un mois, deux mois, trois mois passent. A longueur de journée, Hannah soulève le rideau de la porte-fenêtre, feint d'essuyer la buée et scrute l'infini. Tous les jours, elle nourrit l'espoir de revoir ce garçon. La tristesse marque son visage et le Rebbe parait de plus en plus soucieux quant à son devenir.
1939 prend ses quartiers d'hiver. Languide, assise sur l'un des tabourets, son regard se pose sur le journal yiddish du jour qu'elle n'a pas encore parcouru. En gros caractères, la manchette étalée lui saute aux yeux : "La construction du mur qui ceinturera le ghetto est achevée."
*
(*) Voici la petite histoire de cette gravure :
En septembre 1989, à l'invitation de la Pologne, j'ai eu l'honneur d'avoir une exposition personnelle de mes gravures dans un Musée à Torùn, ville proche de Gdansk d'où est parti le mouvement "Solidarnosc" de Lech Walésa.
À la suite de ce voyage de trois semaines où j'ai pris régulièrement des notes, un ouvrage à tirage limité, aujourd'hui épuisé, a été édité en février 1990.
Je l'avais illustré de gravures tirées sur ma presse à mon retour en France. Dans chaque livre était insérée un gravure originale numérotée soit 250 exemplaires.
La signature et l'exposition des gravures eut lieu dans les salons de la librairie Flammarion à Lyon.

Viviane Scemama Lesselbaum

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En attendant Margot

Tragi-comédie en deux actes

Tunisie dans les années 1955-1960.
Quatre femmes dites "modernes", entre 50 et 60 ans, ont l'habitude de se retrouver chez l'une d'elles, Ninette, le samedi après-midi.
Ninette, radine jusqu'au ridicule mais parfaite médiatrice au cours des conflits qui opposent Agnès et Sylvie.
Agnès, une exaltée, ironique et humiliante à souhait.
Sylvie joue sur les apparences et subit les assauts d'Agnès avec, la plupart du temps, beaucoup de retenue.
Un quatrième personnage exalté, Madame Colombani, corse pur jus...
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Les berceuses

Berthe Morisot
Le berceau (1873)
Berthe Morisot

Origines et histoire des berceuses dans le monde.

Les chansons qui accompagnent le coucher des enfants dans le monde.
De l'Afrique aux États-Unis, de la culture yiddish à l'âpre berceuse guerrière, Viviane nous invite à une odyssée vivifiante au sein des coutumes ancestrales de la berceuse.
"À partir du 4ème mois le foetus réagit aux musiques qui proviennent de l'extérieur, si la mère chantonne, accompagne des rythmes, ce qui va constituer un repère sécurisant dans son univers foetal et qu'il reproduira dans son langage, au sortir, sous forme de cris ou de pleurs."
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Le portable

Extrait de "L'avant-dernier marrane" (nouvelles)

Une relation incongrue lie un jeune voleur à sa victime : en dérobant un portable, le jeune homme ignorait qu'il allait intégrer l'univers de la vieille dame qui en était propriétaire ; la disparité se voile d'ombres...
"En cette fin d'après-midi, assis sur l'un des bancs d'une résidence cossue, un jeune homme guette sa dernière proie.
Une silhouette d'apparence âgée, appuyée sur une canne, se dirige vers les boites aux lettres. Il se lève brusquement et se place derrière elle. La minuterie une fois éteinte, il tire sur le cordon du portable qui dépasse de son manteau et s'enfuit en direction des H.L.M. voisins..."
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